La mthode anthropologique comme plaidoyer pour une relle harmonie entre Common Law et droit civil en contexte canadien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anthropologie Juridique

Acadmie Europenne de Thorie du Droit

Automne 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jennifer Beaulieu

jbeaulieu2003@yahoo.com

17 Janvier 2008

 


Introduction

 

Lanthropologie juridique envisage le Droit comme  ce qui met en forme et met des formes la reproduction des socits dans les domaines quelles considrent comme vitales[1].   Cette approche prend donc le parti des acteurs dans leurs pratiques et envisage le  phnomne juridique , notion qui englobe beaucoup plus que le simple droit tatique des juristes.   Bien plus quune discipline scientifique, pour plusieurs, lanthropologie juridique est envisage comme un vritable itinraire vers lAutre (le regard Autre), cet itinraire nous conduisant tout droit sur les chemins de laltrit, de la complexit et de lapproche diatopique et dialogale[2].   

 

Lanthropologie est souvent mise contribution dans des contextes exotiques, lorsque lon cherche comprendre des socits qui relvent darchtypes et de logiques fort diffrentes[3].  Or, force est de constater que mme lorsque lon se situe dans un mme archtype et dans la mme logique, tablir un vivre-ensemble sur la base dun partage nest pas toujours ais.  Cest ce que nous enseigne quelques pages noires de lhistoire humaine, histoire de guerres et de gnocides tels le Rwanda et lArmnie, dont latrocit demeure indicible et impensable. 

 

De manire beaucoup moins dramatique, le rejet de lAutre, qui, pourtant nous ressemble, sorchestre parfois dans le silence, prenant la forme souterraine et pernicieuse de lindiffrence la plus totale.  La volont de dialoguer tant absente, le vivre-ensemble se prsente au mieux comme une forme de co-habitation rsigne, dnue dharmonie vritable.  Or, cest prcisment ce scnario qui caractrise le contexte canadien et qui fait que plusieurs auteurs parlent dsormais des solitudes du bijuridisme canadien[4]. 

 

Des brumes de Bruxelles, de lautre ct de lAtlantique, lanthropologie juridique a donc clair nos rflexions sur le pays de notre enfance et sur la possibilit douvrir le dialogue entre deux cultures.  En posant un regard priphrique, dcal du centre, nous avons tent de dmystifier cet univers que nous pensions connatre en profondeur.  Pour faire part de ces rflexions, nous nous entretiendrons donc, comme lexige les consignes, de  la question du lien entre altrit et complexit (I).  Puis, dans un second temps, nous explorerons lapproche diatopique et dialogale et nous expliquerons en quoi cette approche enrichit nos rflexions sur le Droit (II).  Lexemple canadien servira bien sr illustrer cette dmarche.

 

1.     De laltrit la complexit ou la difficile rencontre de lAutre en contexte canadien

 

Dans cette section, nous nous attarderons dans un premier temps aux deux ples de la dmarche anthropologique, soit laltrit et la complexit.  Nous nous intressons plus spcifiquement au passage dun ple lautre (1.1).  Puis, dans une deuxime partie, nous dcrirons comment cette altrit et cette complexit sont vcues en contexte de bijuridisme canadien (1.2).

 

1.1      De laltrit la complexit

 

Avant dexpliquer notre perception du passage de laltrit la complexit, il apparat opportun de sattarder quelque peu ce que signifie dire lAutre dans une perspective anthropologique.  La connaissance de lAutre ncessite dabord et avant tout lՎlaboration de comparables.  Mais cette entreprise comporte plusieurs piges quil faut savoir viter.   Notamment, afin de ne pas sombrer dans lethnocentrisme, lintgrationisme et loccidentocentrisme juridique quՎvoquent Robert Vachon, mfions-nous tout particulirement de la tentation de dfinir lAutre par les mythes de la culture occidentale et moderne, savoir le monisme unitariste et le totalitarisme du logos[5].  

 

En effet, lorsque nous devenons le point de rfrence universel et que nous procdons ds lors dune logique soustractive pour connatre lAutre, nous tombons dans le pige de lenglobement du contraire, notion dveloppe par Louis Dumont[6].  LAutre se comprend en termes de ``non-nous``, un ``non-nous`` jug infrieur puisque le ``nous`` est universel.  Cette attitude en dfinitive nous empche de nous ouvrir rellement lexprience de laltrit.  En ne reconnaissant pas lAutre dentre de jeu son originalit, nous ne le prenons pas au srieux.

 

De plus, si la Raison et la conceptualisation savrent utiles, elles se rvlent galement insuffisante lorsque nous voulons entrer en dialogue avec lAutre.  Il faut que nous nous dpartissions de lemprise de la Raison, laquelle objectivise la Ralit et nous fait croire que cette dernire peut tre entirement connue par les seules lumires de cette Raison.   Car les sujets font partie intgrante de cette Ralit.  Ils la faonnent travers leurs interactions avec le monde.  Or, le cur des hommes ne sauraient tre ramen quelques concepts.  Si nous rencontrons lAutre, nous devons abandonner le dialogue dialectique au sens o lentend Panikkar[7] pour entrer dans lunivers du mythos et du dialogue dialogal.  Ce dernier envisage le sujet comme personne et le dialogue comme processus de dvoilement mutuel.

 

De cela dcoule limportance de se munir des bons outils de comparaison pour comprendre ce mythos.  En fait, la mise en forme de lAutre sinscrit dans des logiques et des visions du monde qui relve dun mode dintelligibilit qui lui est propre et qui senracine dans un topos spcifique.  Il sagit donc ici dapporter des explications et de noter ce qui unit ou ce qui spare les deux cultures sans en altrer sa spcificit, ma vision du monde et celle de lautre se rvlant donc intrinsquement diffrente, ne se mesurant plus en fonction dun talon universel[8].  La thorie des archtypes sociaux dvelopps par Michel Alliot illustre bien ce propos[9]. 

 

Ainsi, lorsque nous nous trouvons en prsence de socits trs diffrentes, nous nous tournerons vers la mthode diatopique et dialogale et mettrons profit les quivalents homomorphiques.  Nous approfondirons cependant cette dmarche dans la seconde partie de notre expos. 

 

Ayant ds lors bien cern en quoi consiste dire lAutre, il importe maintenant de souligner le fait que la dcouverte de ce dernier ne se rduit pas une thorie ou un modle.  Lautre nest pas fig et statique.  mon avis, le passage de laltrit la complexit se conoit dabord comme une r-introduction dans lՎquation du mouvement, de la ngociation, de lincertitude[10] et nous prserve ds lors du pige de lessentialisation de lAutre.  Passage oblig donc pour quiconque tudie lHomme dans sa totalit.

 

La complexit, selon mon point de vue, nous renvoie dune part au multijuridisme tel que conu par tienne Le Roy.  Ce multijuridisme sՎlabore autour de la notion de Droit tripode qui marche sur les trois pieds que constituent les rgles gnrales, abstraites et impersonnelles, les modles de conduites et de comportements et les habitus, systmes de dispositions durables fonds sur un ordre accept.  D'autre part, et cest l que selon nous elle prend toute son importance, la complexit nous renvoie au jeu social, au Droit tel que pratiqu par tous les acteurs qui sinscrivent dans une multiplicit de rseaux, de processus et dinteractions complexes.  Cest travers ce jeu de dix cases (le statut des acteurs, leurs ressources, leurs conduites, les logiques employes, le replacement des processus dans leurs chelles spatiales et temporelles, les processus, les forums du jeu, les ordres sociaux, les enjeux du jeu, les rgles du jeu) tel quՎlabor par tienne Le Roy que nous dcouvrons dans la dernire case, les rgles du jeu[11]. 

 

Ayant bien pos les jalons de la dmarche, nous procderons ds maintenant lapplication de ces principes au contexte canadien (1.2).

 

1.2     La difficult de rencontrer lautre en contexte de bijuridisme canadien

 

Appartenant toutes deux au mme archtype social occidental de soumission lordre prtabli, les traditions civiles et de common law nenvisagent toutefois pas le monde de faon identique.  Ces diffrences, pourtant non radicales, deviennent source de malentendus en contexte canadien.  Alors quen droit civil, le texte de loi constitue la source par excellence, pour le common lawyer, cest le juge qui assume ce rle de crateur ultime des rgles, lesquelles sont tablies de manire hirarchique.  Or, tout se passe, du moins au Canada, comme si le juge possdait un quelconque pouvoir magique.  Lorsque le juge incorpore un concept de droit civil en common law, ce dernier se transforme automatiquement en concept de common law sans quaucune rfrence ne soit faite quant son origine civile.  On nՎvalue ni la compatibilit du concept avec lՎconomie de la common law, ni les raisons sous-tendant lexistence et lutilisation dun tel concept dans sa tradition dorigine[12].   On ne se soucie donc pas de loriginalit de lautre.  On ne prend pas lautre au srieux.

 

Par surcrot, les juristes canadiens nont malheureusement pas rsist la tentation de dfinir lautre par rapport soi.  En effet, aux yeux des common lawyers canadiens, le droit civil du Qubec est contamin par la common law.  Ce droit mixte, qualifi dimpur par rapport au vrai droit civil, ou mieux encore, par rapport la pure common law, est donc dvaloris par les juristes au point que mme ce qui sՎcrit en droit public qubcois, relevant de la common law, perd de son intrt[13].  En contexte canadien donc, la puret du droit est oppose son impuret et nous assistons la curieuse formation de ce couple fort inattendu de pur/impur appliqu au droit.  Partant, louverture cette exprience de laltrit semble fort difficile, voire repousse. 

 

Cest dans cette optique de la sparation voire du cantonnement des traditions que se comprend le bijuridisme structurel.  Ce bijuridisme, tel que dfini par les termes de la Constitution canadienne, renvoie la coexistence des traditions civiles et des traditions de common law dans les rapports interprovinciaux en droit priv mais surtout, dans les rapports entre le droit priv des provinces et le droit public fdral. Or, la complexit faisant assurment partie de la ralit canadienne, le bijuridisme doit aussi tre envisag sous langle culturel. 

 

La rflexion porte alors sur les acteurs et sur leurs pratiques.  Or, dans cette perspective, la croyance dun territoire compos de neuf provinces anglophones appartenant toutes la tradition de common law et pratiquant le droit de faon uniforme, sՎvanouit.  En y regardant de plus prs, nous nous apercevons dune part que les common lawyers du Nouveau-Brunswick sont francophones.  Dautre part, une telle conception oublie que la Cour suprme du Canada conoit les traditions juridiques de manire interdpendante et que ces jugements sont donc loccasion dinfluence rciproque[14]. 

 

Par surcrot, alors que le juriste qubcois pratiquant en droit des contrats se dfinit dabord et avant tout comme un civiliste, ds lors que le contrat prend des proportions interprovinciales, ce dernier revt galement son chapeau de common lawyer.  Le juriste qubcois, dans les faits, pratique donc dans les deux traditions.  Ceci dit, duqu dans les deux traditions et puisant donc lune et lautre de celles-ci, il se sentira plus laise avec lune ou lautre de ces traditions, cette aisance pouvant tre le fruit de facteurs tel que le domaine de pratique.  Mais cette affinit ne revt pas un caractre dfinitif et peut changer plusieurs fois dans une carrire.  Ce caractre mouvant de lidentit des juristes qubcois est galement mise en vidence lorsque nous nous balladons dans les couloirs du Palais de Justice de Montral do un dialecte de langues et de cultures juridiques merge[15]. 

 

Par consquent, la rceptivit au bijuridisme culturel par les acteurs dpend notamment de la frquence des interactions des acteurs avec les traditions de droit civil et de common law.  Leur sensibilit au bijuridisme est essentiellement dynamique, la rceptivit tant surtout une question de degr susceptible de varier dans le temps, les juristes ne formant pas par surcrot un groupe homogne[16].  Mais cette rceptivit dpend galement des rapports de force qui sՎtablissent dans un contexte national et international.  Dans le cas du Canada, si dans un contexte national, le poids de la culture et de lidologie de common law, en raison de sa position historiquement dominante, risque dՐtre plus important, ce sera, en dfinitive, la position de force du voisin amricain qui, sur le plan international, influencera la valorisation de la tradition civiliste et la reconnaissance dun bijuridisme culturel de la rencontre[17].  Do la complexit de cette ralit.

 

2.     Lapproche diatopique et dialogale pour cultiver la Paix en contexte canadien

 

Abordant sans plus tarder la deuxime partie de cet expos, nous nous attarderons encore une fois la dmarche anthropologique.  Il sagira ici dexpliquer lapproche diatopique et dialogale (2.1).  Puis, nous terminerons sur quelques rflexions sur le contexte juridique canadien et sur la possibilit douvrir le dialogue afin de btir une paix durable (2.2)

2.1     Lapproche diatopique et dialogale

 

Comme nous lavons mentionn prcdemment, chaque vision du monde senracine dans un lieu prcis, un topos, avec une logique, un mode dintelligibilit qui lui est propre.  Or, que faire lorsque nous nous trouvons en face dune culture radicalement diffrente de la ntre?  Autrement dit, comment comparer ce qui semble incomparable?

 

cette interrogation, Panikkar rpond par lutilisation dՎquivalents homomorphiques, lesquels nous assurent que les notions jouent des rles similaires dans leurs systmes dorigine.  Ainsi, si la question du Droit appartient plutt au monde occidental, en Inde, ce sera lՎquivalent homomorphique de la Dharma qui jouera ce rle[18]. 

 

Ds lors, munis des outils adquats, nous sommes invits surmonter cette distance spatiale qui nous spare de lAutre.  Nous nous transportons ainsi dans un nouveau topos, le topos inconnu de lAutre, en gardant lesprit notre topos, celui par lequel nous comprenons le monde.  Cette dmarche exige que nous prenions donc conscience des postulats de notre topos et des mythes qui nous habitent pour voir si lautre les partage[19]. 

 

Nous sommes ds lors appels dialoguer, cest--dire traverser le logos et le dialogue dialectique pour nous propulser au cur du mythos.  ct du logos se trouve donc le mythos.  Sensuit un dialogue entre sujets par lequel les rvlations/ transformations de lautre prennent aussi le visage de rvlations/transformations de nous-mmes et de nos mythes, lesquels sont enfouis au plus profond de nous[20]et dont nous ralisons alors les limites et les possibilits. 

 

Ainsi, en dfinitive, nous dcouvrons la part de lautre en nous.  Cest dans notre cur que se produit cette rencontre vcue comme une exprience existentielle.  Cette exprience permet lՎmergence dun nouveau mythe, un mythe commun et partag dans un langage commun[21]. 

 

Ce partage nous semblant primordial pour la paix durable, nous enchanerons de ce pas avec lanalyse de la situation canadienne pour voir ce qui en est entre civiliste et common lawyer lheure actuelle (2.2).

 

2.2     Lamorce du dialogue pour la Paix en contexte canadien

 

Lapproche diatopique et dialogale nous a entre autres permis de dmystifier (au moins partiellement) le contexte juridique canadien.  Voyant que dans la ralit factuelle canadienne, les deux cultures juridiques se rencontraient, nous nous expliquons mal pourquoi les juristes ne reconnaissent pas cet tat de fait.  Cest dabord le mythe de la ``Main``, ce boulevard qui traverse Montral du Nord au Sud et qui spare dans limaginaire collectif le Montral anglophone du Montral francophone, qui nous a fourni un premier semblant dexplication[22].  Ce mythe, malgr sa localisation montralaise, vaut aussi, nous lavons bien vu, pour lensemble du Canada. 

 

Cest ensuite lorsque nous nous sommes penchs sur le concept de rfrence identitaire des deux traditions juridiques que nous avons trouv quelques lments qui lucidaient encore davantage le mystre.  En effet, si dun ct, du ct qubcois, nous sommes confronts un nationalisme qui saffiche avec son agenda de la socit distincte et son Code civil vcu comme une constitution sociale[23], de lautre, il sagit plutt dun nationalisme qui fait la sourde oreille.  Comme la si loquemment crit le professeur Gaudreault-Desbiens :

 

 ()  Je ne parle pas ici dun nationalisme qui chercherait consciemment exclure toute altrit de la rfrence identitaire juridique, mais bien dun nationalisme tranquille et polic, celui des juristes appartenant une tradition majoritaire bien en selle et qui, pour la plupart, ne tireraient aucun avantage individuel ou collectif ``rouvrir`` les termes de la rfrence identitaire constitutive de leur Canada juridique.  Par ailleurs, prcisment du fait de leur association la tradition majoritaire, ces juristes sont au surplus en mesure de se permettre le luxe de lindiffrence.  Il sagit peut-tre l dun nationalisme ``qui ne dit pas son nom``, mais ce silence voulu nen change pas la nature.  De surcrot, ce nationalisme majoritaire ne rend pas moins frileux face laltrit juridique, il brouille tout simplement plus efficacement les signes de frilosit. [24]

 

 

Ainsi, comme le problme rside dans cette absence de volont de dialoguer[25], nous avons tent de trouver dans la mthode anthropologique un moyen pour ouvrir le dialogue.  Nous envisageons donc le dtour par les lieux de lautre comme avenue de solution.  Plus spcifiquement, il serait appropri, notre avis, de sintresser larchtype africain de diffrenciation, lequel voit cette diffrenciation comme rsultat de lunit.  Se diffrencier dans cette perspective, cest se rendre indispensable lautre.  Dans ces socits, cest la conciliation et le fait de trouver une proposition acceptable pour tous plutt que la loi de la majorit qui prime[26].  Tous ces enseignements nous sembleraient utiles aux juristes canadiens comme outil pour repenser leur espace juridique.  Notamment, lorsque nous y rflchissons bien, cest justement ce bijuridisme qui vaut au Canada sa place dans bon nombres de forums internationaux o il joue un rle important[27]. Ainsi, si la diffrence qubcoise civiliste tait perue comme indispensable lidentit canadienne, peut-tre cela ferait-il du Canada un tat encore plus en vue?  Nous entrevoyons donc une lueur despoir. 

 

De plus, nous avons vu dans la mthode diatopique et dialogale la possibilit de construire un mythe partag.  Ceci, nous lavons dj soulign, nous apparat dune importance capitale pour le Canada.  Nous sommes fermement convaincus de la ncessit pour les Canadiens de repenser leur univers juridique ensemble afin quՎmerge un mythe fondateur mtisse et accept de tous. 

 

Or, il y a de cela quelques annes, le lgislateur fdral adoptait de la Loi dharmonisation n 1 du droit fdral avec le droit civil de la province de Qubec[28].  Cette marque de respect, si apprcie ce point de lanalyse, nous porte croire que le dialogue samorce lentement, tout le moins en ce qui concerne le dialogue entre le gouvernement fdral et le lgislateur provincial.  Le lgislateur fdral a donc rsist la tentation de limprialisme juridique et semble faire preuve douverture. 

 

Cest cette marque de respect, combin au positionnement dans cette loi des textes anglais et franais, lun en face de lautre et spar par une marge, qui fait dire Nicholas Kasirer que cest peut-tre dans cette marge que sՎcrirait loutre-loi, loutre-tradition mtisse dans laquelle la voie de lautre sentend[29].  Cest en dfinitive cette dernire piste de rflexion que nous retenons et dans laquelle nous voyons un grand potentiel pour lՎtablissement dun mythe commun.

 

Conclusion

 

Le Canada est peru sur la scne internationale comme un pays o il fait bon vivre.  En effet, les Nations Unies le classe depuis 1994 dans les dix premiers pays au monde pour sa qualit de vie[30].  Pourtant, comme nous la dmontr ce court expos, les Canadiens prouvent quelques difficults composer entre eux, que ce soit entre juristes de tradition civile et common lawyers ou entre juristes et les diverses Nations autochtones. Paradoxalement, les Canadiens se dfinissent en fonction du multiculturalisme[31].  Peut-tre le Canada gagnerait-il tablir une paix vritable plutt quapparente avant de sidentifier ces valeurs?

 

Il savre dautant plus essentiel pour le Canadien douvrir le dialogue avec lAutre.  En effet, la mondialisation entrane un ``rtrcissement`` du monde et consquemment une multiplication des interactions avec des cultures trs diffrentes de la ntre.  Or, apprendre conjuguer des cultures diffrentes exige que lon se dpartt de son ignorance pour apprendre connatre lAutre, rencontrer lautre comme partie de soi.  Afin que rgne une harmonie vritable, le juriste est donc invit se rapproprier lespace fondamental, l o lincertitude du mouvement lՎmancipe de la  violence lgitime  du droit statique.  Cest dans cet espace quՎmerge louverture et lՎcoute de soi-mme, des autres et du monde[32].  Cest dans cet espace que le droit se mue en un vritable trait de paix.  Il est alors ngoci limage rflchie des uns et des autres.  Cest de cette faon que la paix sera reue.  Car, comme la si bien formul Robert Vachon :

 

 () La Paix nest pas simplement question de prserver nos cultures traditionnelles, ni de nous ouvrir la modernit ou la postmodernit, ou mme daccepter nos diffrentes faons de vivre, de co-exister dans lindiffrence mutuelle ou dans la tolrance rsigne.  Elle requiert la rencontre, la comprhension (understanding, i.e. standing under), un horizon commun, une vision nouvelle.  Mais cela requiert que nous reconnaissions ensemble un centre un cercle qui transcende lintelligence quon en a ou peut en avoir, un moment donn de lespace et du temps.  Bref, pour avoir la paix, on ne saurait partir du prsuppos quon sait ce quest la paix.  Ni avant, ni pendant, ni aprs notre dmarche de paix.   (Vachon 1995, liens entre interculturalit et paix)[33]

 

           

            ``On ne peut dfinir le droit, mais seulement le penser``[34].  Cette citation de Norbert Rouland nous interpelle.  Nous nous sentons lenvie mais surtout, nous sentons la responsabilit qui nous incombe de prendre la parole[35] pour repenser le Droit.  Nous plaidons donc pour le dialogue, pour la voie mtisse, pour loutre-loi.  En route vers la Paix

 


Bibliographie

 

Lgislation

 

Loi dharmonisation n1 du droit fdral avec le droit civil, L.C. 2001, c. 4.

Monographies et articles

 

ALLIOT, Michel,  Anthropologie et juristique.  Sur les conditions de lՎlaboration dune science du droit , (1983) n6 Bulletin de Liaison du Laboratoire dAnthropologie Juridique de Paris 83.

 

BLOOM, Casper M.,  Access to Justice in English in the Judicial District of Montreal A Unique Experience , (2006) 32 S.C.L.R. (2d) 61.

 

BRIERLEY, John E.C. et MACDONALD, Roderick A., Quebec Civil Law : An Introduction to Quebec Private Law, Toronto, Edmund Montgomery, 1993, 728 pp.

 

EBERHARD Christoph,  Le regard de lanthropologue , dans EBERHARD Christoph, Le Droit au miroir des cultures. Pour une autre mondialisation, Paris, LGDJ, Col. Droit et Socit, 199,  la page 15.

 

EBERHARD, Christoph,  Ouvertures pour la paix.  Une approche dialogale et transmoderne. , (2000) 25 Bulletin de liaison du Laboratoire dAnthropologie Juridique de Paris 97.

 

EBERHARD Christoph,  Prrequis pistmologiques pour une approche inteculturelle du Droit.  Le dfi de laltrit , http://www..dhdi.free.fr/recherches/theoriedroit/articles/eberalterite.htm

 

EBERHARD Christoph & NDONGO Aboubakri Sidi,  Sur les traces d'Amadou Hampat B pour une approche africaine du Droit , dans EBERHARD Christoph, Le Droit au miroir des cultures. Pour une autre mondialisation, Paris, LGDJ, Col. Droit et Socit, 199 p.

 

EBERHARD Christoph,  Towards an Intercultural Legal Theory - The Dialogical Challenge , 2001 n 10 (2) Social & Legal Studies. An International Journal 171.

 

Interculture,  Diagrams on Culture , (1995) n 127 Interculture 36-37, 52-53, 56-57.

 

GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, Les solitudes du bijuridisme canadien: essai sur les rapports de pouvoir entre les traditions juridiques et la rsilience des avatismes identitaires, Montral, ditions Thmis, 2007, 166 pp.

 

GLENN, Patrick H.,  La Cour suprme du Canada et la tradition du droit civil , (2001) 80 The Canadian Bar Review 151.

 

KASIRER, Nicholas,  Loutre-loi , dans BEAUTHIER, Rgine, CASTONGUAY, Lynne, KASIRER, Nicholas, VANDERLINDEN, Jacques, tudes offertes Jacques Vanderlinden: tudier et enseigner le droit: hier, aujourdhui et demain , Collections Centre de recherch en droit priv et compare du Qubec.  Universit de Moncton. Centre international de la common en franais, Cowanswille, ditions Yvon Blais, Bruylant, 2006, 520 p.

 

KRIEGER, David J.,  Fondements mthodologiques pour le dialogue interreligieux , (1998) 35 Interculture 76.

 

LE ROY, tienne,  Bricolages anthropologiques pour promouvoir, en Afrique et ailleurs, un dialogue entre univers juridiques , (2005) 50 Revue de droit de McGill 951.

 

LE ROY, tienne, Le jeu des lois.  Une anthropologie  dynamique  du Droit, 1999, France, LGDJ, Coll. Droit et Socit, Srie anthropologique, 415 pp.

 

LE ROY, tienne,  Lhypothse du multijuridisme dans un contexte de sortie de modernit , dans LAJOIE, Andre, MACDONALD, Roderick A., JANDA, Richard, ROCHER, Guy, Thories et mergence du droit : pluralisme, surdtermination et effectivit, Bruxelles, 1998, Bruylant/ Thmis, 266 pp. la page 29.

 

PANIKKAR, Raimon,  The dialogical dialogue , dans WHALING, F., The World`s Religious Traditions, 1984, Edinburgh, T & T Clark, 311 pp., la page 201.

 

ROULAND, Norbert,  Penser le droit , (1989) n10 Droits 77.

 

VACHON Robert,  The Study of Legal Pluralism, A Diatopical and Dialogical Approach , (2003) n 144 Interculture 33.

 

VACHON Robert,  Western and Mohawk Political Cultures: A Study in Contrast , (1992) n 114 Interculture 2.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Voir EBERHARD Christoph,  Towards an Intercultural Legal Theory - The Dialogical Challenge , 2001 n 10 (2) Social & Legal Studies. An International Journal 171, 176-177.

[2] EBERHARD Christoph,  Le regard de lanthropologue , dans EBERHARD Christoph, Le Droit au miroir des cultures. Pour une autre mondialisation, Paris, LGDJ, Col. Droit et Socit, 199 pp.,  la page 15.

[3] ALLIOT, Michel, ``Anthropologie et juristique.  Sur les conditions de lՎlaboration dune science du droit``, (1983) n6 Bulletin de Liaison du Laboratoire dAnthropologie Juridique de Paris 83.

[4] Nous avons emprunt cette expression de la monographie suivante : GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, Les solitudes du bijuridisme canadien: essai sur les rapports de pouvoir entre les traditions juridiques et la rsilience des avatismes identitaires, Montral, ditions Thmis, 2007, 166 pp.  De plus, en contexte canadien, la notion de multijuridisme semblerait plus approprie puisque les civilistes et les common lawyers partagent aussi le pays avec plusieurs Nations autochtones.  Mais nous nous en tiendrons pour les besoins de cet expos aux traditions civiles et de Common Law.  Pour une illustration des logiques dune de ces Nations, voir VACHON Robert,  Western and Mohawk Political Cultures : A Study in Contrast , (1992) n 114 Interculture 2.

[5] VACHON Robert,  The Study of Legal Pluralism, A Diatopical and Dialogical Approach , (2003) n 144 Interculture 33, 33-34.

[6] EBERHARD Christoph,  Prrequis pistmologiques pour une approche inteculturelle du Droit.  Le dfi de laltrit , http://www..dhdi.free.fr/recherches/theoriedroit/articles/eberalterite.htm, Voir galement ce sujet EBERHARD Christoph, op. cit., note 2.

[7] Voir ce sujet larticle de Panikkar, PANIKKAR, Raimon, ``The dialogical dialogue``, dans WHALING, F., The World`s Religious Traditions, 1984, Edinburgh, T & T Clark, 311 pp., la page 201.

[8] VACHON, Robert, loc. cit., note 5, 164.

[9] ALLIOT, Michel, loc. cit., note 3.

[10] LE ROY, tienne, ``Lhypothse du multijuridisme dans un contexte de sortie de modernit``, dans LAJOIE, Andre, MACDONALD, Roderick A., JANDA, Richard, ROCHER, Guy, Thories et mergence du droit : pluralisme, surdtermination et effectivit, Bruxelles, 1998, Bruylant/ Thmis, 266 pp., la page 29, 37.

[11] LE ROY, tienne, Le jeu des lois.  Une anthropologie ``dynamique`` du Droit, 1999, France, LGDJ, Coll. Droit et Socit, Srie anthropologique, pp. 35-47, 189 203.

[12] GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, op. cit., note 4, pp. 40-41.

[13] Idem, pp. 44-46.

[14] GLENN, Patrick H.,  La Cour suprme du Canada et la tradition du droit civil , (2001) 80 The Canadian Bar Review 151, 168.

[15] BLOOM, Casper M., ``Access to Justice in English in the Judicial District of Montreal A Unique Experience```, (2006) 32 S.C.L.R. (2d) 61.

[16] GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, op. cit., note 4, p. 18.

[17] Idem, p. XIV.

[18] EBERHARD Christoph, loc. cit., note 1, 186.

[19] VACHON, Robert, loc. cit., note 5, 167-168.

[20] Sur la question du mythe, voir notamment Interculture,  Diagrams on Culture , (1995) n 127 Interculture 36-37, 52-53, 56-57.

[21] KRIEGER, David J.,  Fondements mthodologiques` pour le dialogue interreligieux , (1998) 35 Interculture 76, 80-81, 92-93.

[22]KASIRER, Nicholas,  Loutre-loi , dans BEAUTHIER, Rgine, CASTONGUAY, Lynne, KASIRER, Nicholas, VANDERLINDEN, Jacques, tudes offertes Jacques Vanderlinden: tudier et enseigner le droit: hier, aujourdhui et demain, Collections Centre de recherch en droit priv et compare du Qubec.  Universit de Moncton. Centre international de la common en franais, Cowanswille, ditions Yvon Blais, Bruylant, 2006, 520 p.

[23] Voir cet effet, BRIERLEY, John E.C. et MACDONALD, Roderick A., Quebec Civil Law : An Introduction to Quebec Private Law, Toronto, Edmund Montgomery, 1993, p. 34.

[24] GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, op. cit., note 4, p. 128.

[25] Le fait quun faible pourcentage des juristes canadiens pratique le bilinguisme ne facilite pas la communication.  Mais dans lՎtat actuel des choses, nous croyons que cela constitue une excuse plus quune explication valable.

[26] ALLIOT, Michel, loc. cit., note 3, 290-292, 297-299.

[27] GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, op. cit., note 4, Avant-Propos.

[28] Loi dharmonisation n1 du droit fdral avec le droit civil, L.C. 2001, c. 4.

[29] KASIRER, Nicholas, op. cit., note 22.

[30] Rseau des CC, ``Pourquoi tudier au Canada``, http://www.studycanada.ca/french/pourquoi_etudier_au_canada.htm

[31] GAUDREAULT-DESBIENS, Jean-Franois, op. cit., note 4, p. 26.

[32] Idem, 108 -109.

[33] Idem, 109.

[34] ROULAND, Norbert, Penser le droit, (1989) n10 Droits 77.

[35] Sur limportance de la parole et la responsabilit qui sensuit voir EBERHARD Christoph & NDONGO Aboubakri Sidi,  Sur les traces d'Amadou Hampat B pour une approche africaine du Droit , dans EBERHARD Christoph, Le Droit au miroir des cultures. Pour une autre mondialisation, Paris, LGDJ, Col. Droit et Socit, pp. 32-33.