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AndrŽ-Jean Arnaud

 

Critique de la raison juridique, 2. Gouvernants sans frontires, entre mondialisation et post-mondialisation

 

Paris, LGDJ, 2003, 433 p

 

 

 

Le postulat ˆ la base de cet ouvrage repose sur le constat que la mondialisation ou globalisation dans le champ Žconomique et des marchŽs financiers et dans celui des relations internationales implique un bouleversement des certitudes et une rŽvolution dans le champ dĠexercice, le mode de production et de mise en Ïuvre dĠune rŽgulation par le droit. Il sĠagit donc au prŽalable de prendre acte de la fin de lĠordre juridique ancien rŽvolu caractŽrisŽ par la souverainetŽ des Etats-Nations et de lĠaltŽration de la raison juridique ˆ travers la Ç dilution des lignes territoriales face ˆ lĠinvasion des technologies qui se moquent des espaces bornŽs È.

LĠauteur discerne dans les mutations contemporaines, une reconfiguration des relations entre les deux raisons qui sĠopposent dans le droit : lĠŽconomique (part de jeu, de prise de risque, mouvement) et le symbolique (protecteur de la communautŽ restreinte, sŽcuritŽ) ˆ travers le retour dans le droit dĠune raison plurielle et projective fondŽe sur le jeu, plus segmentŽe que fractionnŽe.

Il axe son analyse sur des couples dĠoppositions, dĠantinomies : central/ pŽriphŽrique, ludique/ providentiel, homogne/ hŽtŽrogne, simple/ complexe, conflit/ nŽgociation, reprŽsentation/ participation en montrant comment les mutations du droit contemporain affectent les principes directeurs et les concepts recteurs fondamentaux sur lesquels sĠest fondŽe la rationalitŽ juridique moderne.

LĠouvrage est conu comme Ç une histoire racontŽe par couches successives une suite de panneaux coulissants È qui illustrent le fait que si lĠobjet demeure le mme, le regard change. Il est au cÏur de son temps et des problŽmatiques actuelles et convie ˆ une analyse ˆ la fois rigoureuse et foisonnante dĠun monde contemporain hyper complexe ˆ travers le prisme du droit et de ses mutations.

On retrouve lĠŽrudition ˆ la laquelle nous a habituŽ AndrŽ-Jean Arnaud, une connaissance intime de lĠhistoire des idŽes ˆ laquelle il a en outre participŽ lui-mme et dont il fait volontiers une auto-critique qui appara”t comme particulirement rafra”chissante soulignant en creux lĠimportance quĠil accorde ˆ la visŽe critique qui sert de fil conducteur ˆ cet ouvrage. Une certaine facŽtie aussi dans le maniement des paradoxes et des concepts. Un affinement progressif de la pensŽe vers plus de nuances qui fait que cĠest dans la dernire partie de lĠouvrage quĠapparaissent les avancŽes significatives aprs une montŽe en puissance savamment orchestrŽe.

Cet ouvrage est basŽ sur une axiologie complexe : lĠauteur fait preuve dĠun optimisme prudent et lucide dans le cadre duquel il expose et pse soigneusement les rŽcupŽrations possibles notamment autour de la question de la Ç bonne gouvernance È conue en rŽalitŽ sur le modle nŽo-libŽral. A-J Arnaud vise ainsi ˆ affronter une rŽalitŽ dans laquelle il constate un dŽcalage entre la thŽorie de la globalisation et sa mise en pratique (notamment la primautŽ de la globalisation de contr™le sur celle des droits de lĠhomme quĠil illustre notamment avec les politiques de tolŽrance zŽro). Il insiste sur les risques de rŽcupŽration de la globalisation, sur les intŽrts sous-jacents et notamment la volontŽ de faire prŽvaloir un modle Žconomique et dĠinstaurer la suprŽmatie de certains acteurs particulirement puissants et souligne les effets pervers possibles de la globalisation ˆ travers le renforcement des dŽsŽquilibres et des inŽgalitŽs entre les acteurs. 

Il sĠagit dĠune belle thse qui sĠarticule sur quatre propositions :

- La rationalitŽ ludique caractŽristique de la globalisation repose sur des fondements philosophiques Žquivoques.

- La globalisation emporte une segmentation de la raison juridique ˆ travers la reconfiguration des lieux de production, de rŽgulation et une redŽfinition des protagonistes qui rŽclament le pouvoir en partage et ne se contentent plus de revendiquer, de contester, de protester, dĠexercer une pression. Bref, une qute de participation ˆ la production des normes (et lĠauteur dĠajouter aussit™t, Ç ce nĠest pas la rgle È, un paradoxe de plus)

- LĠapparition dĠune rŽgulation de type interactif entre ce qui est produit par la reprŽsentation et ce qui est ŽlaborŽ au travers de la participation avec lĠoutil appropriŽ pour donner forme au dŽsir de participation : la Ç gouvernance È.

- Et enfin, lĠŽmergence dĠun nouveau projet de sociŽtŽ qui nŽcessite un schme thŽorique adŽquate et respectueux de la complexitŽ. Il propose un projet de participation citoyenne au dire droit permettant dĠorienter lĠaction et de donner ˆ chacun une place et assurant le passage dans lĠre de la post-mondialisation.  

Le plan de lĠouvrage comprend cinq chapitres: I. la fin dĠun ordre (de la presse ˆ la puce), II. Un jeu subverti (de la Providence au jeu), III. Dire le droit : une dŽclinaison irrŽgulire (dĠune reconfiguration des lieux de rŽgulation), IV. le pouvoir en partage (dĠune redŽfinition des protagonistes : des acteurs diffŽrenciŽs), V. rŽinventer un projet : le long chemin vers la post-mondialisation (les limites du dire droit en rŽgime de reprŽsentativitŽ.   

 

LĠauteur commence par dresser, dans la description de la fin dĠun ordre (I), un Žtat du monde en retraant les ruptures et les brches ˆ lĠorigine de la globalisation : le choc pŽtrolier de 1973 et la chute du mur de Berlin, le passage des accords de Brettons Woods ˆ lĠOMC, lĠŽchec des nŽgociations de lĠUruguay Round dans le cadre du GATT avec comme rŽsultant la nŽcessaire confrontation au choix entre le maintien du protectionnisme Žtatique et lĠouverture des frontires ˆ lĠŽconomie de marchŽ.

Il dŽcrit la remise en question des frontires nationales et lĠŽrosion de la souverainetŽ des Etats ˆ travers la soumission ˆ la rationalitŽ Žconomique  notamment dans le domaine des marchŽs financiers, de lĠŽcosystme, de la criminalitŽ et du terrorisme. Il montre comment la contractualisation des Žchanges a impliquŽ un remplacement progressif de la suprŽmatie de lĠautoritŽ publique par celle de la nŽgociation privŽe ˆ travers notamment le passage de la rŽglementation ˆ la rŽgulation.

Il analyse le marchŽ comme champ transnational Žchappant aux droits nationaux et internationaux ; ainsi il montre que la globalisation est une rŽalitŽ, un fait, et que si elle doit son apparition ˆ des conditions dĠŽmergence particulires, elle est aujourdĠhui incontournable ; ses causes sont multiples, ses affinitŽs avec lĠŽconomique Žvidentes ˆ travers lĠintroduction du jeu, du mouvement, du risque, du projet.

A-J Arnaud fait le constat quĠil nĠexiste pas aujourdĠhui de fondements philosophiques permettant de donner ˆ la globalisation la rationalitŽ dont elle manque: les rŽponses du droit et du politique sont inadŽquates, les gouvernants dŽsorientŽs, les chercheurs et intellectuels dŽpourvus dĠoutils conceptuels. Cette place vide permet le dŽveloppement et lĠŽpanouissement dĠune orientation voire dĠune rŽcupŽration visant ˆ instaurer lĠhŽgŽmonie du libŽralisme en matire de relations Žconomiques ˆ travers la rŽintroduction en force et sans alternative sŽrieuse des doctrines nŽo-libŽrales et hŽgŽmonique du marchŽ : il sĠinterroge en creux sur les conditions intellectuelles et politiques pour que la globalisation soit autre chose, un potentiel et une chance de repenser le droit et avec lui une sociŽtŽ globale plus juste É

A-J Arnaud instille au fur et ˆ mesure de lĠavancement de sa rŽflexion, des ŽlŽments de nature ˆ contrer la rŽcupŽration nŽo-libŽrale de la globalisation : la nŽcessitŽ de comprendre les enjeux, de tourner la page et de mobiliser une capacitŽ dĠinvention, de crŽativitŽ, en bref dĠaffronter la bte; lĠintroduction de la complexitŽ ˆ travers la dialectique du global et du local ; la prise en compte des nouveaux acteurs et avec eux notamment lĠŽmergence de la notion de gouvernance.

 

Il montre dans la deuxime partie (Un jeu subverti), les soubassements philosophiques et ŽpistŽmologiques de la globalisation se fondant sur la rationalitŽ marchande ˆ travers une prŽsentation des pensŽes dĠauteurs nŽo-libŽraux comme Nozick, Rawls et surtout Hayek et montre que, face ˆ ces thŽories, aucune critique constructive du marchŽ nĠest vŽritablement proposŽe. Il sĠinterroge ˆ ce propos sur la question troublante de savoir pourquoi certains penseurs, en citant notamment lĠÏuvre de P. Bourdieu, nĠaient fait quĠalimenter la rŽsistance?

Tandis que Rawls tente une rŽconciliation entre les deux traditions politiques opposŽes de la libertŽ (Locke) et de lĠŽgalitŽ (Rousseau), Nozick fait lĠapologie de lĠEtat minimal et du dŽsengagement de lĠEtat rejoignant ainsi les travaux dĠHayek et sa thŽorie de la main invisible avec la valorisation de lĠordre spontanŽ auto-organisŽ, auto-gŽnŽrŽ du marchŽ conu comme lĠarchŽtype du kosmos par opposition au taxis (organisation). Dans ce modle, lĠEtat tire sa lŽgitimitŽ exclusivement dan la protection collective des intŽrts individuels en lĠabsence dĠautre entreprise susceptible de prendre en charge cette protection induisant une rŽduction du r™le de lĠEtat et le dŽveloppement de celui du juge, gardien des rgles de bonne conduite. Hayek propose une critique de la toute puissance illusoire de la raison et du mythe du lŽgislateur suprme, ˆ laquelle il prŽfre la tradition, la coutume et lĠhistoire. Ainsi, pour ces auteurs la rationalitŽ qui caractŽrise la rŽgulation est axŽe sur le jeu du marchŽ tempŽrŽ par le recours ˆ des standards comme lĠŽquitŽ sĠopposant ˆ la justice sociale et consistant dans la soumission aux mmes rgles abstraites, la dŽmocratie et les droits de lĠhomme.

Il montre Žgalement comment le libre jeu du marchŽ est sensŽ tre freinŽ par dŽveloppement dĠune  dŽmocratie globalisŽe comprenant les Droits de lĠhomme et le modle dŽmocratique reprŽsentatif dĠune raison humaniste, (Lex humanitatis) tout en montrant les risques de vŽhiculer un  nouvel expansionnisme de lĠordre occidental et du libre Žchange favorisŽ par un  rŽgime dŽmocratique.

LĠauteur souligne la mise en scne du temps (raison chrono-logique) dans la globalisation ˆ travers la notion de durŽe  et de durable et lĠidŽe de risque. Mais ici aussi, il pointe les ambigu•tŽs liŽes aux relents ethnocentriques ˆ travers la prŽdominance des Žconomies des pays dŽveloppŽs dans ce Ç marchŽ È.  

La Justice nĠest pas ˆ lĠabri de ses mutations ˆ travers le retour ˆ un droit dĠessence judiciaire. Le juge occupe une place cruciale comme gardien de rgles de juste conduite qui assurent le respect de lĠordre spontanŽ avec comme rŽsultat global escomptŽ de faire en sorte que le plus grand nombre possible dĠanticipations se trouvent confirmŽes. Ainsi apparaissent ˆ la fois lĠadaptation de la Justice aux mutations des sociŽtŽs contemporaines et la globalisation dĠun modle de justice, celui de la Common Law.

Quant aux tendances contemporaines ˆ la dŽjudiciarisation, dŽlŽgalisation, et dŽrŽglementation, lĠauteur souligne quĠil ne sĠagit pas dĠun dŽsengagement de lĠEtat mais dĠun passage ˆ un autre type de rŽgulation sous lĠŽgide dĠun systme normatif diffŽrent dans lequel lĠEtat participe ˆ son propre dŽcentrement (par exemple ˆ travers la promotion des modes alternatifs de rŽsolution des conflits). Le r™le de lĠEtat est Žgalement rŽaffirmŽ ˆ travers lĠexercice dĠune souverainetŽ accrue dans les institutions rŽgionales et internationales et la protection quĠil est seul en mesure dĠassurer contre lĠordre global qui sĠintroduit par la voie notamment des Žchanges Žconomiques.

 

Dans sa troisime partie (Dire le droit, une dŽclination irrŽgulire), lĠauteur dŽveloppe son argument quant ˆ la segmentation du pouvoir de dire le droit ˆ travers lĠapparition aux c™tŽs du droit Žtatique, dĠautres modes de rŽgulation juridique. Les divers centres dĠŽlaboration de normes et de rgles et leurs nouveaux acteurs forment des niveaux diffŽrenciŽs, dans le cadre dĠune Ç polycentricitŽ È juridique qui fait Žcho au pluralisme juridique et qui suppose une porositŽ entre les diverses autoritŽs susceptibles de produire des actes de rŽgulation. Il insiste sur la nŽcessitŽ de diffŽrencier les diffŽrents niveaux de dŽploiement de la globalisation ˆ partir du centre de gravitŽ que constitue lĠEtat, chaque domaine dĠaction spŽcifique correspondant ˆ un champ de rŽgulation partiellement autonome.

La globalisation par en dessus sĠexprime au niveau rŽgional par lĠintermŽdiaire des blocs rŽgionaux qui visent pour les plus aboutis dĠentre eux et notamment la CommunautŽ EuropŽenne ˆ lĠharmonisation et ˆ lĠintŽgration, le principe de subsidiaritŽ Žtant destinŽ ˆ permettre la constitution dĠun droit communautaire intŽgrŽ tout en offrant une incontournable juxtaposition et intŽgration des rgles juridiques. Au niveau mondial, les instances internationales classiques conues sur le mode dĠententes entre Etats souverains sont de plus en plus supplantŽes par les entreprises transnationales, des institutions puissantes comme le FMI, la Banque mondiale, le G7, lĠOMC ainsi que par les gouvernements des pays centraux.

Quant aux instances globales telles que dessinŽes par le rapport de la Commission sur la gouvernance globale instituŽe par lĠONU et sur lequel lĠauteur sĠappuie, (notamment le projet de crŽation dĠun Conseil de SŽcuritŽ Economique) elles auraient vocation ˆ intervenir lˆ ou les processus internationaux ŽprouvŽs ne parviennent pas ˆ trouver de solutions notamment pour des motifs humanitaires ou de sŽcuritŽ globale ˆ la rŽserve prs notamment du caractre indŽpassable des Etats Nations chargŽs de mettre en oeuvre les dŽcision prises au niveau global.

La globalisation sĠeffectue Žgalement par en dessous ˆ travers la dŽmocratie globale et le dŽveloppement des droits de lĠhomme sous plusieurs formes : celle de pouvoirs dŽlŽguŽs par lĠEtat ˆ travers la dŽlocalisation, dŽconcentration, dŽcentralisation ou par la constitution dĠautoritŽs rŽgulatrices chargŽs de la rŽgulation dĠespaces rendus ˆ la libertŽ de commerce et dans des domaines en mutation technologique mais aussi ˆ travers lĠauto-rŽgulation du secteur privŽ et la gŽnŽralisation des codes de bonne conduite et le mode de gestion principalement contractuel de la vie associative.

La globalisation au travers est symbolisŽe, quant ˆ elle, par le rŽseau internet, les marchŽs financiers ainsi que par les entreprises transnationales Žchappant aux rŽgulations nationales et internationales. Elle sĠexprime Žgalement ˆ travers une criminalitŽ au sens large Žchappant aux rŽgulations et aux contr™les conus pour un monde passŽ et exploitant les moyens technologiques pour ˆ la fois la maximisation des opportunitŽs criminelles et la minimisation du risque.

La globalisation sur les bords recouvre les hypothses de pluralisme juridique, de lŽgalitŽ poreuse sous la forme dĠalternatives informelles se dŽveloppant soit dans le cadre du droit de lĠEtat ˆ travers les voies para-judiciaires de rŽglement des litiges soit hors du cadre du droit de lĠEtat avec lĠexemple du mouvement des juges alternatifs au BrŽsil. Ce type de globalisation exprime selon lĠauteur lĠŽmergence de la notion de communautŽ (justice informelle, populaire, gouvernement privŽÉ) et ˆ travers elle le dŽsir de participation des acteurs de la sociŽtŽ civile.

Et enfin, la globalisation par delˆ dŽpasse le droit Žtatique sans pour autant relever dĠune instance supŽrieure. Il sĠagit des droits de lĠhomme et de la tendance contemporaine ˆ leur protection globale ˆ travers le r™le accru des ONGs mais sans oublier de souligner la dŽlicate question du contr™le juridictionnel. 

 

Cette segmentation nŽcessite un ensemble dĠacteurs diffŽrenciŽs et implique le partage du pouvoir de dire le droit (IV : le pouvoir en partage). Elle implique la prise en compte de la sociŽtŽ civile comme acteur ˆ part entire et lĠauteur de constater que les organisations du tiers secteur sĠimposent comme des interlocuteurs de plus en plus incontournables, porteurs aujourdĠhui dĠune rationalitŽ Žthique majoritairement anti-mondialisatrice utilisant les moyens dĠinformation des nouvelles technologies pour se dŽvelopper.

Un certains nombre de questions se posent quant au contours de cette sociŽtŽ civile et quant ˆ sa lŽgitimitŽ. LĠauteur insiste sur le caractre composite de la sociŽtŽ civile o lĠon trouve des revendications diffŽrentes : droits crŽances, revendications territoriales, des groupes divers : minoritŽs, identitŽs collectives et culturelles, des objectifs diffŽrents : affinitŽs Žconomiques et identitŽs rŽgionales É 

La sociŽtŽ civile se caractŽrise par une volontŽ de participer ˆ la vie publique, ˆ travers la gestion nŽgociŽe des normes juridiques qui peut tre qualifiŽe sous le nom de gouvernance qui requiert selon lĠauteur deux conditions : la volontŽ de participation ˆ lĠŽlaboration des dŽcisions et lĠaptitude de la gouvernance ˆ faciliter cette participation. Ainsi la rationalitŽ juridique se dŽcline dŽsormais au pluriel : droit hors la loi ˆ travers  la marge de manoeuvre dont dispose lĠadministration dans lĠapplication de la loi, normes hors le droit ˆ travers la participation des groupes dĠintŽrt dans la prŽparation des politiques publiques et les modes alternatifs de rŽsolution des conflits, grve du droit  sous la forme dĠun regain du contrat et de la responsabilitŽ, droit hors des nations qui suppose une approche pluraliste seule ˆ mme de saisir les rapports complexes entre ordres juridiques interne et droit europŽen...

Il sĠagit dans le cadre de la gouvernance non pas de faire la critique systŽmatique du politique mais au contraire du projet de rŽinventer le politique en pr™nant la diversitŽ des formes de gouvernance.

LĠauteur souligne que si, la notion de gouvernance vient des Etats-Unis et notamment de la gouvernance dĠentreprise, il convient de concevoir la gouvernance globale comme le dŽpassement du bilatŽralisme et lĠimplication dĠinstances non titulaires dĠune souverainetŽ Žtatique. Ainsi, malgrŽ une pratique diversifiŽe, lĠauteur montre que la gouvernance est devenue un paradigme impliquant un certain nombre dĠŽlŽments: la coordination des diffŽrents acteurs dans lĠaction publique, la gestion collective, des buts propres discutŽs collectivement, lĠarticulation entre des logiques dĠaction divergentes, la construction dĠun consensus, lĠŽlaboration de programme dĠaction et de politiques publiques concertŽes.

LĠauteur souligne les limites et dangers propres ˆ la conception et ˆ la mise en Ïuvre de la gouvernance en termes notamment de sensibilisation, de cožt, de reprŽsentation de la participation, de compŽtence notamment par rapport au r™le des experts, de qui dŽcide en fin de compte et au nom de quoi et surtout la question centrale de la lŽgitimitŽ en lĠabsence de normes constitutionnelles. Ainsi, selon lĠauteur les questionnements et les dŽrives possibles concernant la gouvernance ne pourront trouver de rŽponse que dans le cadre dĠune thŽorie crŽdible notamment des rapports entre gouvernement et gouvernance. (V. RŽinventer un projet politique : le long chemin vers la post-mondialisation)

 

CĠest autour du concept clef de gouvernance que lĠauteur formule sa thse autour de plusieurs axes :

  1. La gouvernance doit tre dŽfinie, prŽcisŽe : il faut cerner ce que ce quĠelle nĠest pas ; elle se caractŽrise par une dimension tŽlŽologique qui substitue le projet ˆ lĠobjet. La sociŽtŽ civile formule ou participe ˆ la formulation du projet de sociŽtŽ.
  2. La gouvernance doit aller de pair avec le gouvernement : dŽmocratie reprŽsentative et participative sont complŽmentaires.
  3. La gouvernance transforme le gouvernement et la conception du r™le de lĠEtat notamment en transformant les gouvernants en trustees, en administrateur. La t‰che du dŽcideur est de sŽlectionner pour sa dŽcision lĠun des plans dĠaction ŽlaborŽ par les experts sur la base du projet formulŽ par la sociŽtŽ civile.   

4. La gouvernance doit tre reconnue Ç juridiquement È constitutionnellement comme mode de rŽgulation. Soit dit en passant, ne sĠagit-il pas ici dĠune rŽapparition fugace dĠune posture positiviste ˆ travers cette idŽe que la lŽgitimitŽ ultime provient nŽcessairement de la ratification par lĠEtat et du systme reprŽsentatif.     

 

Cette formalisation dĠune pluralitŽ de niveaux autonomes et spŽcifiques correspondants au trois sous-systmes quĠil a identifiŽ (projet de sociŽtŽ/ plans dĠaction/ sŽlection des dŽcisions) dans lĠŽlaboration de la dŽcision politique, permettrait selon lĠauteur de dŽjouer les faiblesses identifiŽes auparavant dans la mise en Ïuvre de la gouvernance.

 

A-J Arnaud insiste sur lĠurgence de penser lĠŽpoque contemporaine en terme de rupture et non dĠŽvolution et de la nŽcessitŽ de construire une nouvelle cathŽdrale en Žcho aux propos de Paul Valery. On peut considŽrer, en particulier ˆ la lumire de la modification radicale du r™le de chercheur quĠil dŽcrit, boussole ˆ la fois au service de la sociŽtŽ et de ses gouvernants,  quĠˆ travers son ouvrage il a posŽ une pierre.   

 

 

Carole Youns