
Olivier Barrire
& Catherine Barrire, Un droit inventer. Foncier et environnement dans
le delta intrieur du Niger, France, IRD ORSTOM, 2002
Espace
partag entre plusieurs systmes dĠactivits (agriculture, pche, levage), le
delta intrieur du Niger au Mali est aussi un espace conflictuel. La pression
dmographique et les scheresses ont accru la comptition pour lĠaccs aux
ressources naturelles dont dpendent les populations. Pour rsoudre des
conflits fonciers incessants et grer lâensemble de ces ressources, quel droit
appliquer? Ni le droit tatique, directement issu d'une conception occidentale,
ni les systmes traditionnels, ni la pratique locale ne parviennent apporter
de solutions pertinentes et durables. La dcentralisation, malgr ses
promesses, nĠa pas encore restitu aux acteurs locaux la matrise de leurs
ressources naturelles. Ds lors, il faut repenser, et mme inventer, un modle
juridique qui soit la fois lgitim par les populations et lgalis par
lĠtat. Telle est lĠambition de cet ouvrage.
Rsultat
dĠun double travail, juridique et anthropologique, il allie la connaissance des
pratiques foncires et environnementales dans le delta lĠanalyse des droits
existants. Par le recours aux concepts dĠespace-ressource et de foncier-environnement,
il dveloppe une approche juridique novatrice pour une gestion foncire et
environnementale qui soit participative et responsable et il invite repenser
le devenir des droits africains.
Olivier
Barrire, chercheur de lĠIRD, est docteur en droit, juriste de lĠenvironnement
et anthropologue du droit. Il poursuit actuellement ses recherches sur la
gouvernance des ressources naturelles et de lĠenvironnement.
Catherine Barrire est docteur en
anthropologie, spcialise en anthropologie de lĠenvironnement et en
anthropologie religieuse. Dans le cadre des relations entre les socits et
leur environnement, elle mne des recherches sur lĠlaboration des
reprsentations mentales, les pratiques et les stratgies quĠelles induisent
chez les acteurs sociaux.
Problmatique juridique de la gestion
dĠune vaste zone humide au Sahel
Ç Que
dois-je faire ? Appliquer le droit coutumier et aller l'encontre de mes
principes, ou bien m'en remettre aux textes de loi, c'est--dire moi-mme
puisque, en matire de foncier, le juge est livr lui-mme. De toute faon,
la loi elle-mme me renvoie au droit coutumier. Le problme est de savoir en
quoi peut consister la rgle coutumire applicable ce cas prcis. Le propre
de la coutume, c'est l'oralit. La rgle change en fonction de l'ethnie, de la
localit et bien souvent en fonction de critres trs difficiles apprhender
de l'extrieur. Dans ces conditions, il est impossible d'avoir une
jurisprudence fiable. Je plonge encore une fois dans le code domanial et
foncier. Je n'ai pas rv : part l'article 127 qui m'indique que
Ç les terres non immatricules dtenues en vertu des droits coutumiers
font partie du domaine priv de l'tat È, je ne vois rien d'autre mettre
dans la balance. Allez expliquer au paysan du Delta que ses terres ne lui
appartiennent pas puisqu'il n'a pas de matricule. Il vous rira au nez, vous
traitera de faux frre. Ici, on ne fait pas immatriculer ses terres, parce
qu'on ne sait pas qu'il faut le faire, parce que de toute faon la dmarche est
trop complique et qu'en plus on est dj propritaire ou utilisateur, devant
les siens, devant les anciens, et devant Dieu. Voil. È (Propos de Skou
Kon, prsident du tribunal Mopti, in Noray
et al.,
2000).
La
question pose par ce magistrat du sige qui doit la fois dire le droit et en
constituer une source par sa jurisprudence est celle que se posent les juges
dans les nombreux pays o l'crit ne s'est pas vraiment impos ni gnralis
dans la pratique. Cette ralit dcline Mopti fait surtout apparatre la
difficult du pluralisme juridique : la cohsion est rarement de mise
entre diffrents systmes de droits prsents sur un mme lieu et une mme
poque. Le prsident du tribunal de premire instance de Mopti souligne bien
dans ses propos l'opposition entre le rgime de droit national, qui fait des
terres cites une proprit de l'tat, et un droit plus local, connect un
autre type de rapport l'espace et dpendant d'un contexte historique et
social rgional. Pour celui-ci, la terre est une ressource objet de droits,
elle s'imbrique dans un espace qui autorise souvent une pluri-activit et qui
se caractrise par une superposition de droits. On comprend ainsi la situation
trs embarrassante du juge, qui est tenu de trancher sous peine de dni de
justice, tout en tant coinc entre la lgitimit locale et la lgalit
nationale. S'il ne nous appartient pas de faire un choix entre l'oralit et
l'crit, en revanche les lments d'analyse apports partir du cas de la Rgion
de Mopti nous permettent de contribuer la rflexion par le dveloppement d'un
mode de lecture, de concepts et la proposition de rponses.
Bien
au-del des conflits constitutifs de l'espace pathologique du droit qui
intresse directement le juge, la question se pose galement dans le domaine de
la gestion de l'environnement, o un mode de rgulation juridique est appel
fixer les rgles du Ç jeu environnemental È constitutif des rapports
socit/nature.
Ce
que nous nommons le droit est quelque chose de vivant, qui est qualifi de
Ç positif È lorsqu'il est appliqu. Il est situ au cÏur de la
dynamique sociale laquelle il participe et dont il dpend. Le rapport entre
oralit et crit s'inscrit dans une dmarche politique o l'tat croit trop souvent
Ç possder È le droit, en raison de la violence lgitime dont il
dispose. Cette vision produit des drives : l'unicit d'un droit
Ç pos È par le lgislateur, qui considre le reste dans une
formulation Ç coutumire È et qui est port par la conviction que
l'univers juridique ne se dcline qu'en normes. Nous partons du postulat que le
droit dpasse le cadre de la rgle, qui n'est que le sommet de l'iceberg du
champ juridique. Les faons de faire, de penser et d'agir participent
l'difice juridique, au sein mme de chaque groupe social, afin de permettre la
prise en compte de la diversit culturelle dans un milieu faisant l'objet de
plusieurs activits diffrentes. La problmatique juridique de la gestion
environnementale entrane innover par lĠlaboration d'une alternative
contribuant la construction d'un droit de l'environnement africain.
De
fait, lĠinteraction trs forte entre les hommes et leur environnement naturel
conduit trouver un mode de rgulation des rapports entre homme et milieu. La thorie
de la juridicisation, dveloppe par Michel Alliot et le laboratoire
d'anthropologie juridique de Paris, met en vidence l'ide que Ç le droit
est moins un type particulier de relations sociales qu'une qualification
spcifique que chaque socit dcide de donner certaines relations sociales
et qui dtermine la variabilit du juridique È (Rouland, 1988 : 147). Certains secteurs de la vie
sociale sont juridiciss, alors que dĠautres ne font pas lĠobjet dĠune
apprhension juridique. Le problme de cette qualification revient ainsi
diffrencier ce
qui est du droit de ce qui ne l'est pas. Les coles de juristes s'affrontent
sur ce domaine. En effet, une bonne partie du systme normatif n'est pas
considr comme du droit par l'approche positiviste, contrairement la
sociologie et l'anthropologie juridique, qui ont une conception beaucoup plus
large de ce quĠest le droit.
La
gestion viable des ressources naturelles peut faire lĠobjet dĠune
juridicisation de certaines pratiques, en partant de lĠobservation des faits
pour construire la thorie juridique, ce qui ne peut manquer dĠoffrir des
garanties en termes de lgitimit. En outre, la prise en compte des
reprsentations divergentes du milieu permet de cerner les enjeux vritables
des conflits fonciers environnementaux et donc de ne pas heurter la logique
inhrente aux acteurs.
La
ralit cologique est souvent ignore des catgories juridiques et
gnralement leur critre
dominant est celui de lĠappropriation. Il conviendrait donc dĠadapter le droit
lĠcologie, en sĠinterrogeant sur la rponse quĠil apporte aux dgradations
anthropiques ou naturelles du milieu. Le droit dont il est question dpasse le
domaine des normes de fond, il intresse aussi les rgles de procdures et
lĠorganisation institutionnelle (les rouages et niveaux de dcisions). Mais,
comme nous l'avons nonc, lĠtude de la pluralit juridique ne se limite pas
la norme, quĠelle soit dĠorigine lgislative ou coutumire. Au-del des
formulations, notre dmarche intgre les pratiques, les schmas de conduite et
les reprsentations qui concourent la formalisation des modes de rgulation
des rapports sociaux vis--vis de la gestion de lĠenvironnement. Il
conviendrait galement de transformer la confrontation du droit tatique aux
systmes locaux en un systme qui intgre la pluralit des contextes au sein
dĠun schma juridique cadre, initiateur dĠespaces de ngociations sociales
locales. La remise en cause du critre de lĠappropriation de l'espace est
essentielle et conduit lui substituer dĠautres critres.
Le
droit de proprit peut se scinder en plusieurs droits diffrents, qui
intressent le mme bien attribu divers titulaires. La pleine proprit est
susceptible dĠtre dissocie physiquement, car le sol fait simultanment
lĠobjet dĠun droit de superficie et dĠun droit du trfonds (sous-sol), ou
dissocie juridiquement par le dtachement dĠun droit de jouissance plus ou
moins tendu ou dĠune servitude. Les prrogatives du droit de proprit peuvent
susciter un grand nombre de dcoupages possibles. En effet, la liste des
droits rels nĠest pas limitative et le droit de proprit peut se dcomposer
en une quantit infinie de dmembrements diffrents. Les trois attributs de la
proprit, runis dans une seule main, sont constitutifs de la pleine
proprit. En associant lĠusus et le fructus, on dfinit lĠusufruit, tandis que lĠabusus seul dfinit la nue-proprit.
La proprit ne peut tre considre comme un bloc, car elle se traduit par un
ensemble de droits de jouissance, de servitudes et de superficie, rassemblant
toutes les utilits possibles et imaginables dĠun Ç espace-fonds È.
Le
modle propritariste nĠest pas rdhibitoire et ne peut tre considr comme
une solution universelle ou une fatalit. Le rgime gnral du droit des biens
correspond une culture juridique, reflet dĠune conception du monde, qui ne
peut justifier une vocation uniformiser les rapports socits/nature. La
gnralisation du systme de lĠappropriation de lĠespace nĠest pas inluctable
si l'on tient compte du caractre inalinable des fondements culturels de la
gestion de cet espace.
2. Une problmatique foncire
ouverte sur une perspective environnementale
Les rapports fonciers peuvent se dfinir comme tant l'expression des rapports sociaux sur le sol, qui Ç n'existent pas par eux-mmes et sur la carte mais seulement comme l'expression d'un rapport entre la dimension sociale et la dimension physique de l'espaceÉ Le droit foncier est alors la somme des virtualits ralises et ralisables de matrise et d'utilisation de l'espace È (Le Roy, 1983 : 27). Le foncier est surtout conu dans l'Afrique traditionnelle comme Ç une relation Ç imagine È entre les hommes propos de l'espace et qui n'existe que selon des conventions qui s'inscrivent dans les systmes d'ides avant d'tre matrialises dans l'espace social È (Le Roy, 1991 a : 11).
Les
rapports fonciers ont constitu notre point de dpart en raison du lien troit
entre le statut des sols et la gestion cologique des espaces. LĠimportance du
foncier pour un dveloppement durable est maintenant reconnue par la communaut
scientifique. Certains dveloppeurs et chercheurs le soulignent :
Ç Du dbut la fin de sa dure de vie, le paysan demeure trs attach
sa terre qui, plus qu'une ressource naturelle, est tout un symbole, un culte
qui renvoie son identit dans le temps et l'espace È (Coulibaly et Magassa, 1994).
Se
reprsenter le foncier comme tant assign au seul rapport la terre
reflterait insuffisamment la porte relle des actions des hommes sur le
milieu, indispensable intgrer dans la recherche d'une gestion
environnementale. Il est ncessaire de considrer en mme temps le rapport de
l'homme la ressource et l'espace. LĠtude de la conjonction du fonds, en
tant que support, et de la Ç superficie È permet dĠaboutir une
combinaison de droits portant sur lĠespace, la ressource et lĠcosystme. Sur
cette base, il est possible de rflchir un rgime qui ne repose pas sur
lĠappropriation du fonds mais qui est contenu dans une dualit espace/milieu.
Cette approche dfinit une forme de gestion patrimoniale de lĠenvironnement,
dsigne par le nologisme Ç foncier-environnement È.
Nous entendons par l dpasser une vision ruraliste du
foncier, qui restreint son analyse aux rapports dĠaccs aux ressources et
leur distribution entre les diffrents acteurs car elle occulte la prise en
compte des processus cologiques et de tous les lments naturels. Le foncier
ne peut plus se dfinir uniquement en termes de rgles affrentes aux
ressources renouvelables ou en termes de construction dĠespaces ; il
doit intgrer une dimension environnementale.
Dans ce sens, on peut dire que les rapports fonciers expriment dans une dynamique spatiale et temporelle les modes de rgulation, les formes de reprsentation et de pratique existant aux diffrentes chelles dĠintervention des acteurs sur leur milieu. Ils prennent aussi en compte les processus et les composantes des systmes cologiques. Le foncier traduit un jeu dĠacteurs organis qui tmoigne de lĠenjeu que reprsentent les relations entre socits et nature.
LĠimbrication
mutuelle du foncier et de l'environnement a t expose par Bernard Crousse en
1991 la manire d'une prophtie : Ç Travailler sur la prise en
compte rgulatrice des contraintes environnementales par les systmes fonciers
traditionnels, chercher en vrifier ou en infirmer la ralit, analyser les
diffrents facteurs qui ont exerc et exercent encore un effet sur la prise en
compte de l'environnement par ces systmes, valuer si, ventuellement,
certains lments traditionnels peuvent aider les socits grer les
nouvelles situations environnementales qui se manifestent, voil des pistes de
recherche qu'il faudrait explorer systmatiquement È (Crousse, 1991 : 155).
Le
foncier-environnement relve d'une approche interdisciplinaire, de nature
holistique, qui rpond au besoin de responsabiliser tous les acteurs aux
diffrentes chelles dĠintervention sur lĠenvironnement. Mais, tout comme le
concept de dveloppement durable qui nĠest pas juridicis, lĠenvironnement, en
tant quĠensemble conditionnant la vie dĠun groupe biologique, nĠa pas de
dfinition juridique dans sa globalit. En effet, il nĠexiste pas de
propritaire de lĠenvironnement et ce dernier nĠest pas un bien susceptible
dĠappropriation.
Pendant longtemps, le rapport de l'homme la terre a t
plac uniquement dans le registre agraire. Cependant, depuis quelques annes,
on commence entendre parler de foncier pastoral, halieutique et forestier (Le Bris et al., 1991). Il est temps d'adopter une
approche foncire moins restrictive qui se justifie par les relations
imbriques qui caractrisent la dynamique spatio/environnementale. Les rapports
fonciers sont effectivement pluriels, dans la mesure o ils prennent en compte
toutes les ressources naturelles, le sol, la faune, la flore, les ligneux et
lĠeau. Il devient ncessaire dĠemployer une appellation tenant compte de cette
dimension environnementale, ce qui nous conduit parler de
Ç foncier-environnement È.
Le delta intrieur du Niger constitue
une vaste zone humide gnratrice d'interfrences de toutes sortes dans un
milieu sahlien. Pendant la saison des pluies, les troupeaux pturent
l'extrieur du delta, en zone exonde, dans un Sahel recouvert de prairies
vertes. Peu de temps aprs la fin de la dernire pluie, l'herbe commence
scher et les mares disparaissent lentement. C'est alors que le delta devient
une opportunit exceptionnelle pour les pasteurs qui, au lieu d'effectuer des
dplacements vers le sud la recherche d'autres zones exondes pturables,
entrent dans les espaces devenus accessibles grce la dcrue. Les troupeaux
sjournent ainsi dans le delta pendant la saison sche, jusqu' l'arrive des
pluies, moment partir duquel les animaux sont contraints de sortir en raison
de la monte des eaux, des dangers parasitologiques et de la prolifration d'insectes.
Dpassant le cadre de lĠorganisation
autour dĠune ressource, cette tude sĠintresse la pluri-activit dans un
espace. Au cÏur dĠune dynamique pastorale sahlienne, le delta se prsente
comme un espace dĠenjeux, de conflits o se conjuguent toute une srie de
pouvoirs, parfois susceptibles de transformer un lieu en arne meurtrire
autour dĠune ressource agraire, pastorale ou halieutique. Mais le delta ne doit
pas tre peru sous un angle uniquement conflictuel ; cĠest un espace
territorialis o la problmatique foncire sĠapprhende dans une dimension
environnementale.
Le delta, un espace dĠenjeux [appliquer 3e
niveau de titre]
Situ au Mali, le delta intrieur du fleuve Niger
constitue la plus grande zone humide de toute l'Afrique de l'Ouest, jadis
appele la Msopotamie nigrienne (Bernard A., 1939, cit par Gallais, 1967, t. 1 : 11). Son
altitude varie de 263 271 mtres. Orient SO-NE, il s'tend en moyenne sur
425 km de long et 87 km de large. Localis dans le milieu sahlien, le delta
s'organise en une pluralit d'arbres hydrographiques raccords latralement par
des chenaux de jonction, formant chacun un delta lmentaire et se collectant
sur des nÏuds de confluences (Gallais,
1967, t. 1 : 12). Ce systme gnre environ 30 100 km2
de zones inondes (plaines et tertres) et exondes (ceinture priphrique) (ibidem : 16). Il est
l'origine d'une confluence de plusieurs activits humaines (agriculture, pche,
levage bovin transhumant, etc.) et d'une grande diversit biologique.
Le
delta intrieur du Niger se trouve de nos jours confront au problme de la
prennisation des ressources naturelles renouvelables et celui de la
conservation de la biodiversit. Dans un contexte pluviomtrique longtemps
dficitaire, les transformations cologiques et socio-conomiques remettent en
cause la gestion traditionnelle du milieu naturel. Fonde sur une rpartition
trilogique de systmes d'exploitation pastorale, agricole et halieutique qui
correspondent aux principales ressources naturelles du delta, lĠherbe, la terre
et le poisson, la gestion pratique ne sĠadapte pas ou trop peu aux nouvelles
donnes environnementales. Il sĠensuit une comptition exacerbe pour lĠaccs
aux ressources, gnratrice de conflits. Ë son tour, la biocnose en subit directement
les effets : sa survie et la prservation de sa diversit se trouvent
menaces par une pression anthropique excessive et par lĠabsence dĠune
conscience cologique.
L'intrt cologique du delta intrieur du Niger provient
de sa caractristique de zone humide. Il constitue un biotope de reproduction,
de frayres et de nurseries de premire importance pour les espces
ichtyologiques qui y pondent et y demeurent jusqu' la dcrue o elles peuvent
crotre en tant protges des prdateurs. Les biotopes offerts par la
bourgoutire sont galement favorables l'avifaune migratrice qui s'y
reproduit et aux mammifres comme l'hippopotame (Hippopotamus amphibius) et le lamantin (Trichechus
senegalensis),
menacs d'extinction.
Pour
leur nidification, un certain nombre d'espces, comme les hrons, dpendent des
bosquets d'acacias. Sur les vingt-cinq sites anciens connus dans le delta, six
seulement sont encore occups en 1986/1987. La rarfaction des hronnires
sĠexplique par la suppression du couvert arbor deltaque et dans la rduction
de l'importance des crues (Skinner,
1987 b). Enfin, selon Hughes (1992 : 366), plus de cent espces de
poissons ont t captures dans le delta, mais seule une minorit d'entre elles
est endmique.
Le
delta central du Niger comprend trois sites de protection rattachs la
convention relative aux zones humides d'importance internationale
particulirement comme habitat des oiseaux d'eau : les lacs Walado et Dbo
(103 100 ha), les plaines de Seri (40 000 ha) et le lac
Horo (18 900 ha).
Le Mali a
adhr la convention de Ramsar en juillet 1985 ; il lĠa ratifie en mai
1987 et en est en est devenu membre part entire en septembre 1987. Aucun des
sites inscrits par le Mali nĠa de statut juridique particulier.
SĠimpose
donc la ncessit de concevoir une gestion viable long terme pour lĠensemble
des ressources renouvelables qui soit axe sur la conservation de la
biodiversit. Dans cette perspective, et afin d'aboutir une coexistence
pacifique entre les diffrents systmes d'exploitation et d'viter notamment
l'extension agricole sur l'espace pastoral, il sĠavre ncessaire de scuriser
les rapports des diffrents types dĠexploitants au milieu, dans le but de
circonscrire leur contrle sur l'espace et leur accs aux ressources.
Il sĠagit de responsabiliser les usagers du milieu au
moyen dĠun rgime juridique qui soit la fois lgitim par les populations et
lgalis par lĠtat, et qui permette de dgager des modes de conservation des
ressources et de la biodiversit. [EX]
Le delta, un espace territorialis
Le
delta est caractris par diffrents niveaux de territorialisation qui se
superposent de faon diachronique et synchronique. Si lĠespace est
Ç fini È, ses limites bien relles tendent fluctuer au gr des
alas climatiques. Dans ce contexte, le rapport juridique des hommes au milieu
se traduit davantage en termes de contrle spatial et de droit dĠaccs aux
ressources quĠen termes dĠappropriation. De fait, rien nĠest absolu au sein de
cet espace deltaque multifonctionnel, qui se territorialise en fonction des
ressources convoites, exploites ou prleves. Ici peut-tre plus quĠailleurs,
le territoire se dfinit en fonction dĠun rapport lĠespace qui est garant
dĠune survie quotidienne. Dans cette synergie de rencontres, de
complmentarits et dĠoppositions, la notion de territoire embote des espaces
de pouvoirs traditionnels et modernes.
La
question de la gestion dĠun espace renvoie la politique foncire adopter.
La cohabitation de diverses activits dans un mme milieu conduit la
problmatique de la gestion dĠun Ç systme dĠactivits È (Gastellu, 1997 : 701), notion qui
largit celle de Ç systme de production È.
Cette
problmatique conduit s'interroger sur les relations entre les modes
dĠexploitation du milieu pour une gestion globale de ce dernier. La logique
pastorale peut-elle fdrer de multiples usages ? Et faut-il la domination
dĠun groupe social pour organiser lĠaccs aux ressources et une gestion conservatrice
du milieu ?
Une
approche patrimoniale constituerait une alternative la conception capitaliste
hgmonique des rapports homme-milieu. De fait, tout ne peut tre montaris,
en particulier les systmes et processus cologiques ainsi que les lments
naturels nĠintgrant pas le caractre de Ç ressource È. Les
cosystmes et la diversit biologique nĠont pas seulement une valeur dĠordre
conomique, elle est galement dĠordre patrimonial, ralit que le droit
apprhende actuellement surtout au niveau international.
Dans les faits, la logique pastorale peut conduire
faire merger dĠun espace partag la ralit des rapports de force dont elle
fait lĠobjet entre des acteurs ayant des intrts divergents au point parfois
dĠexploser en litige. De cet espace caractris par des fonctions, acteurs et
intrts multiples, nous aborderons les lments structurants et fonctionnels
dans le cadre des enjeux fonciers. Nous irons aussi plus loin en nous
interrogeant sur la gestion mme de cette multifonctionnalit dans la
perspective dĠun dveloppement viable long terme, dĠune durabilit
construire. Dans ce but, lĠanalyse a ncessit plusieurs chelles de lecture
indispensables pour apprhender les dynamiques locales et rgionales connectes
au niveau national, qui lui-mme sĠinsre dans un cadre international.
Plusieurs tapes, constitutives chacune d'un chapitre, se
succdent dans une dmarche qui dcline les enjeux fonciers environnementaux
avant de dgager les perspectives d'un droit foncier environnemental. Dans un
premier temps, nous allons nous intresser l'expression territoriale des
socits dans leur milieu, espace de jeux de pouvoirs sur la terre. Puis,
l'exemple du leydi
Wuro Neema permettra de rendre compte d'une ralit deltaque de la gestion
environnementale avant que soit aborde l'tude des conflits dans l'ensemble du
delta, expression d'une dysharmonie profonde. Cela nous conduira la
question fondamentale que se posent quasiment tous les acteurs du delta :
quel droit appliquer ? [eX]
Les rponses apportes par l'tat autoritaire puis dmocratique vont nous
inviter dvelopper une approche juridique novatrice, diffrente de
l'orthodoxie du droit classique.
Le
delta intrieur du Niger pose la problmatique des rapports entre les socits
et leur milieu, o celui-ci
dfinit un espace interculturel sollicit par des usages multiples. Outre la
diversit biologique du systme cologique, il existe une diversit culturelle
que toute politique dĠintervention doit absolument prendre en compte, a
fortiori dans
la perspective dĠun dveloppement durable.
De
la lgitimit la lgalit pour une gestion patrimoniale de la diversit
deltaque
Entre
un rgime coutumier et un rgime dĠappropriation, il semble bien quĠil nĠy ait
pas jusquĠ prsent dĠautre alternative que de considrer la primaut dĠun
droit de proprit, priv ou public, sur un droit traditionnel praeter legem ou confin dans une clause
prfrentielle, sĠil sĠavre plus protecteur pour lĠenvironnement. Le Mali a
adopt dans sa lgislation foncire la solution de laisser au juge le soin de
dcouvrir par lui-mme les rgles coutumires qui souvent baignent dans une
totale confusion due aux particularismes locaux et lĠinterprtation du droit
traditionnel. La coutume ne peut prvaloir dans les matires non rgles par
les textes que si elle est constante et bien tablie, comme lĠaffirmait
Portalis au cours des travaux prparatoires du Code civil franais :
Ç Ë dfaut dĠun texte prcis sur chaque matire, un usage ancien, constant
et bien tabli, une suite non interrompue de dcisions semblables, une opinion
ou une maxime reue tiennent lieu de loi È (Roland et Boyer,
1993 : 333). Pour Maurice Kamto, il faudrait insrer dans les lgislations
modernes une Ç clause de prfrence coutumire È disposant que
Ç chaque fois quĠune rgle du droit coutumier ou une pratique
traditionnelle prouve est plus protectrice de lĠenvironnement quĠune rgle du
droit moderne, la premire doit prvaloir È (Kamto, 1996 : 94).
Le principe de hirarchie des normes ne peut que confrer
un pouvoir suppltif aux droits locaux. Cependant, la considration simultane
des deux rgimes juxtaposs risque fort de les contenir dans une opposition
chronique, o la coutume est souvent contra legem. Le Mali vit cette situation, qui ne
pourra pas tre modifie par le processus de dcentralisation. LĠapproche
foncire environnementale se prsente dĠautant plus comme un rgime alternatif
quĠune gestion patrimoniale de lĠenvironnement rpond aux aspirations des
communauts lignagres.
LĠinnovation
du rgime des matrises foncires environnementales ne rside pas dans la
proposition dĠun droit radicalement neuf, mais dans celle dĠun systme
juridique nouveau, issu dĠune approche fonde sur lĠendognit. La diversit
culturelle ainsi que celle des systmes dĠexploitation en prsence (ne
serait-ce que dans le cadre du delta intrieur du Niger) rfutent lĠide dĠune
uniformisation juridique.
LĠtat
ne peut pas se dgager de ses responsabilits de puissance publique qui le contraignent
veiller lĠintrt gnral, notamment l'gard de lĠenvironnement. Les
tats ne cessent dĠailleurs dĠaffirmer leur souverainet dans les conventions
internationales sur les ressources naturelles et lĠenvironnement. La convention
du 2 fvrier 1971 (Ramsar) relative aux zones humides d'importance
internationale, particulirement comme habitat des oiseaux d'eau, spcifie dj
que lĠinscription dĠun site dans la liste des zones humides dĠimportance
internationale ne porte pas prjudice la souverainet de lĠtat
(article 2). Ce respect de la souverainet nationale sera notamment
ritr dans la convention de lĠUnesco sur la protection du patrimoine mondial,
culturel et naturel (Paris, le 23 novembre 1972, dans son article 6).
Selon lĠAgenda 21 de la confrence des Nations unies sur l'environnement
et le dveloppement (Rio de Janeiro, 3-14 juin 1992), la biodiversit
et lĠexploitation des ressources sont places sous la souverainet des tats
qui ont Ç [...] le droit souverain d'exploiter leurs propres ressources
biologiques conformment leurs propres politiques environnementales ainsi que
la responsabilit de prserver ces ressources et d'en assurer l'utilisation
durable [...] È (chapitre 15). Ce principe de souverainet est
galement rappel dans la dclaration relative aux forts dans les termes
suivants : Ç Les tats ont le droit souverain et inalinable
d'utiliser, de grer et d'exploiter leurs forts conformment leurs besoins
en matire de dveloppement et leur niveau de dveloppement conomique et
social, ainsi qu' des politiques nationales compatibles avec le dveloppement
durable et leur lgislation, y compris la conversion de zones forestires
d'autres usages dans le cadre du plan gnral de dveloppement conomique et
social et sur la base de politiques rationnelles d'utilisation des
terres È (principe nĦ2-a, Rio de Janeiro, 3-14 juin 1992, dclaration
de principes, non juridiquement contraignante mais faisant autorit, pour un
consensus mondial sur la gestion, la conservation et l'exploitation
cologiquement viable de tous les types de forts).
Ce
principe de souverainet sur lĠenvironnement des territoires nationaux se
traduit souvent en Afrique par une appropriation publique du milieu naturel, en
domaine public naturel et domaine priv forestier. Cependant, lĠexprience
montre que lĠtat propritaire ne parvient pas assumer ses responsabilits de
gestionnaire et les auteurs sont unanimes sur ce point. CĠest ainsi que Maurice
Kamto constate que gnralement Ç lĠtat est un propritaire absent et
ngligent, peu proccup par le sort du patrimoine dont il a la charge È (Kamto, 1996 : 92). Plutt quĠune
appropriation publique du milieu, il serait souhaitable de confrer aux
personnes publiques une matrise intentionnelle les intgrant dans une
dynamique dĠensemble de gestion de lĠenvironnement. Il devient donc ncessaire
de repenser la proprit publique, qui est d'ailleurs trop aligne sur la
proprit prive, pour une domanialit environnementale.
Le
monopole foncier de lĠtat sur les espaces naturels s'exerce au moyen de la
domanialit ou de la nationalisation, en excluant les populations de leurs
droits sur la terre et sur les ressources naturelles renouvelables quĠelle
supporte. De ce fait, il ne peut donner lieu une protection efficace de
lĠenvironnement. DĠabord, parce quĠune rglementation restrictive et rpressive
reste moins le gage dĠune gestion que dĠun acte de police. Ensuite, lĠtat nĠa
pas les moyens financiers, techniques, matriels, etc. pour mener bien une
gestion environnementale lui tout seul sans le concours des populations
locales, quelle que soit la planification adopte. La gestion environnementale
fait lĠobjet dĠune stratgie, dans laquelle on ne peut occulter aucun des
acteurs. LĠobjectif est dĠinfluencer les comportements de chacun dĠeux en les
guidant vers la conservation
des milieux.
Ë
cette fin, le rapport de pouvoir de la puissance publique sur lĠenvironnement
ne peut plus rester un niveau dĠappropriation, il doit tre repens en termes
de patrimoine. LĠtat et les collectivits territoriales dcentralises
disposeraient dĠune gestion intentionnelle sur ce patrimoine naturel commun de
la nation. Celui-ci pourrait
sĠexprimer dans une Ç domanialit environnementale È se superposant
aux espaces-ressources qui constituent le patrimoine des communauts
lignagres.
LĠintrt
gnral de protection de lĠenvironnement pourrait faire lĠobjet dĠun
tablissement public de gestion de lĠenvironnement (pour la conservation des
ressources naturelles et la prservation de la biodiversit), personne morale
de droit public place sous la tutelle de la rgion (collectivit territoriale
dcentralise). La matrise intentionnelle exerce sur le domaine environnemental
se traduirait par des procds conventionnels, incitatifs et dissuasifs tels que :
organiser des forums paritaires locaux dans lĠobjectif dĠarriver des
consensus dbouchant sur des chartes de gestion de lĠenvironnement, pouvant
consister dans des codes de bonne conduite permettant de concilier les
comportements avec une prservation du milieu;
dvelopper les campagnes de sensibilisation, dĠinformations sur
lĠenvironnement, en faisant la promotion de lĠauto-surveillance ;
initier des programmes dĠco-dveloppement (reboisement, lutte anti-rosive,
etc.) intgrs dans des projets financs par des bailleurs de fonds ;
tablir des rseaux de conciliation de conflits ;
raliser des conventions de gestion sur des zones particulires (limitation de
la pression anthropique exploitations, prlvements , mise en place dĠun
systme de surveillance, etc. ;
laborer, adopter et suivre la planification de la gestion environnementale de
la rgion ;
mettre en application les lgislations nationales sur les ressources
renouvelables et la protection des cosystmes.
La
fiscalit environnementale, incitative ou dissuasive selon les activits,
pourrait constituer un moyen de pression non ngligeable. LĠtude dĠimpact des
projets de dveloppement est galement du ressort de la comptence de la
matrise intentionnelle telle que nous lĠavons dfinie.
Les
personnes publiques ont donc un rle jouer dans la gestion environnementale.
Ce rle ne correspond pas lĠexercice dĠun monopole, mais consiste plutt orienter
vers une rationalit cologique des activits, des actes et des actions des
hommes sur le milieu. Les effets de cette gestion intentionnelle se rpercutent
sur les utilisateurs directs du milieu qui, eux, ont un rle dterminant
jouer dans la conservation de leur ressource renouvelable et la prservation de
la biodiversit.
Devant lĠchec de la gestion tatique de lĠenvironnement
et avec le dveloppement de la dmocratie participative, le rle des
populations locales est appel prendre de lĠimportance afin que celles-ci
assument elles-mmes la gestion de lĠenvironnement. Le principe de
participation, entrin au sommet de la terre Rio en 1992, rpond ce
besoin, qui justifie lĠadoption dĠun rgime juridique adapt.
Le
principe de participation est lĠorigine de la responsabilisation des
populations locales la gestion viable long terme de leur environnement.
LĠide gnrale dĠassocier les populations vient de la prise de conscience de
leurs mthodes et de leurs connaissances sur lĠenvironnement. Celles-ci leur
permettent effectivement de tirer profit du milieu, en lui maintenant en
principe sa capacit de rgnration et en prservant la biodiversit. Ë cette
fin, les acteurs locaux doivent tre associs aux processus de dcision et
bnficier dĠune scurisation foncire et environnementale, cĠest--dire de
droits sur la terre et vis--vis de lĠexploitation des ressources naturelles
renouvelables et de la conservation des cosystmes.
LĠassociation
des populations la protection de lĠenvironnement contribue dvelopper
lĠide dĠune gestion participative, qui ne cesse dĠtre affirme dans les
confrences et textes internationaux. Ds 1977, la confrence des Nations unies
sur la dsertification (Nairobi, 29 aot 9 septembre) recommande
expressment cette participation locale comme Ç partie intgrante des
mesures de prvention et de lutte contre la dsertification È
(recommandation nĦ 3). La Stratgie mondiale de la conservation de 1980
considre avec force que le soutien la conservation doit tre assur par la
participation des populations rurales (section nĦ 13). CĠest Rio que le
principe de participation a t raffirm et vritablement consacr :
Ç La meilleure faon de traiter les questions d'environnement est
d'assurer la participation de tous les citoyens concerns, au niveau qui
convient [...] È (principe nĦ 10). Cette participation concerne les
femmes (principe nĦ 20), les jeunes (principe nĦ 21) aussi bien que
les populations et communauts autochtones : Ç Les populations et
communauts autochtones et les autres collectivits locales ont un rle vital
jouer dans la gestion de l'environnement et le dveloppement du fait de leurs
connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles. Les tats
devraient reconnatre leur identit, leur culture et leurs intrts, leur
accorder tout l'appui ncessaire et leur permettre de participer efficacement
la ralisation d'un dveloppement durable È (principe nĦ 22,
principes de la dclaration de Rio sur lĠenvironnement et le dveloppement, Rio
de Janeiro, 3-14 juin 1992).
La gestion effectue par les
populations, dont l'existence dpend du milieu, se justifie par les mthodes et
les connaissances traditionnelles, voire par la Ç sagesse populaire È
(confrence sur la dsertification en 1977, dans la recommandation nĦ 3),
qui sont gnralement susceptibles dĠtre conservatrices : Ç [...]
Les gouvernements devraient reconnatre et encourager les mthodes
traditionnelles et les connaissances des populations autochtones et de leurs
collectivits [...] pour assurer la prservation de la diversit biologique et
l'utilisation durable des ressources biologiques [...] È (chapitre 15
de lĠAgenda 21). Le rapport troit de lĠhomme avec son environnement cre un capital de
connaissance, source dĠune gestion viable long terme : Ç Les
populations autochtones et leurs communauts ont un lien historique avec leurs
terres et sont gnralement les descendants des habitants originaux de ces
terres [...)] Elles ont dvelopp au cours des gnrations une connaissance
scientifique traditionnelle et holistique de leurs terres, de leurs ressources
naturelles et de leur environnement È (chapitre 26 de
lĠAgenda 21).
La
convention sur la diversit biologique (Rio de Janeiro, le 5 juin 1992)
insiste bien sur cette dpendance (prambule) qui doit impliquer une
intgration des populations dans le processus dcisionnel national pour aboutir
une conservation intgre. La participation des populations et
particulirement celle des collectivits locales est sollicite ds
lĠlaboration de programmes nationaux, rgionaux et sous-rgionaux, afin de les
rendre effectifs localement : Ç Les programmes d'action nationaux
prcisent le rle revenant respectivement l'tat, aux collectivits locales
et aux exploitants des terres ainsi que les ressources disponibles et
ncessaires. Ils doivent, entre autres : [...] f) prvoir la participation
effective aux niveaux local, national et rgional d'organisations non
gouvernementales et des populations locales, et en particulier des utilisateurs
des ressources, notamment des cultivateurs et des pasteurs et des organisations
qui les reprsentent, en faisant une place aussi large aux femmes qu'aux
hommes, la planification des politiques, la prise des dcisions ainsi qu'
la mise en Ïuvre et l'examen des programmes d'action nationaux; [...] È
(article 10-2 de la convention sur la dsertification, Paris, le
17 juin 1994). La mme convention encourage ainsi une politique de dcentralisation
active Ç ayant pour objet de transfrer aux autorits locales la
responsabilit de la gestion et de la prise de dcisions, d'inciter les
collectivits locales prendre des initiatives et assumer des
responsabilits, et de favoriser la mise en place de structures locales È
(article 8-3 de lĠannexe 1). LĠimportance accorde aux collectivits
locales est fortement souligne par lĠAgenda 21 qui recommande quĠelles
suivent la planification des besoins, fixent les orientations et la rglementation
locale et concourent lĠapplication des politiques adoptes aux chelons
national et infra-national (principe nĦ 28-1).
LĠintrt
conomique des populations est imbriqu dans l'intrt dĠune exploitation
rationnelle et conservatrice. Celle-ci aboutit lĠide dĠune gestion dans
laquelle les activits humaines sur le milieu sont intgres. Il est donc
ncessaire de Ç [...] donner ces groupes la possibilit de tirer profit
des avantages conomiques et commerciaux provenant de l'utilisation de ces
mthodes et connaissances traditionnelles È (chapitre 15 de
lĠAgenda 21). Plus spcifiquement, la dclaration de principes relatifs
aux forts prconise dans la mme optique lĠapport de conditions appropries
pour Ç leur permettre d'tre conomiquement intresss l'exploitation
des forts, de mener des activits rentables, de raliser et conserver leur
identit culturelle et leur organisation sociale propres et de jouir de moyens
d'existence et d'un niveau de vie adquats, notamment grce des rgimes
fonciers incitant une gestion cologiquement viable des forts È
(principe nĦ5-a).
Le
principe de participation induit que
lĠtat reconnaisse des droits aux utilisateurs locaux du milieu. Cet
aspect dcoule logiquement des prcdents. Les textes expriment le besoin dĠune
scurisation foncire et environnementale. La confrence de Rio affirme
l'importance premire de mettre en place un cadre juridique qui soit efficace
pour l'application des politiques de l'environnement et du dveloppement :
Ç Tous les pays sont certes dans la ncessit de procder en permanence
des rformes juridiques, mais de nombreux pays en dveloppement, en
particulier, ont souffert des insuffisances de leurs lois et rglementation. Si
l'on veut que les questions d'environnement soient vritablement intgres
l'action de dveloppement dans les politiques et dans la pratique de chaque
pays, il est indispensable d'laborer et d'appliquer des lois et
rglementations intgres, efficaces, que l'on puisse faire respecter et qui
s'appuient sur de bons principes sociaux, cologiques, conomiques et
scientifiques È (chapitre 8 de lĠAgenda 21). On comprendra
lĠintrt dĠune telle conviction travers le besoin de dvelopper un droit de
lĠenvironnement adapt aux contextes locaux et rellement effectif. Dans cet objectif, dj en 1977, il
tait demand aux tats dĠassurer une scurisation foncire aux pasteurs en
tablissant Ç [...] de meilleurs systmes d'occupation des terres et de
droits d'eau qui conduisent une gestion intgre des terrains de parcours.
Protger les droits de pacage des pasteurs par les moyens suivants : i)
Planification de l'utilisation des terres et des ressources et amlioration des
systmes d'occupation des terres, appuyes par une lgislation, une information
et une ducation appropries ; ii) Rglementation des autres utilisations
possibles des terres et des ressources [...] È (recommandation nĦ 6
de la confrence des Nations unies sur la dsertification). LĠAgenda 21
considre que les populations ne peuvent assumer les responsabilits dĠun
dveloppement durable quĠ la condition de rformes foncires et juridiques afin Ç dĠassurer la population
rurale, en particulier aux femmes, aux petits exploitants, aux sans-terre et
aux populations autochtones un accs quitable la terre, l'eau et aux
ressources forestires [...] Mettre en Ïuvre des politiques visant modifier
de manire positive les droits patrimoniaux et le rgime foncier en tenant
dment compte de la taille minimale requise pour les exploitations en vue de
maintenir la production et d'empcher tout nouveau morcellement [...] Renforcer
et dvelopper la gestion et les capacits internes des organisations populaires
rurales et des services de vulgarisation et dcentraliser au maximum la prise
de dcisions [...]. Assigner clairement les titres, les droits et les
responsabilits en ce qui concerne la terre ainsi que les individus ou les
collectivits afin d'encourager l'investissement dans les ressources
foncires È (chapitre 14). Cet appel la scurisation des droits des
exploitants sur la terre est repris par la convention sur la dsertification,
qui demande lĠadaptation du cadre institutionnel et rglementaire Ç dans
lequel s'inscrit la gestion des ressources naturelles afin que les populations
locales bnficient de la garantie d'occupation des terres È
(article 8-3c de l'annexe 1).
Mais
de faon plus spcifique, les droits fonciers et environnementaux des
populations autochtones font lĠobjet dĠun texte (la convention 169 de
lĠOrganisation internationale du travail, du 7 juin 1989) qui revendique un
droit de conservation des ressources renouvelables, en quelque sorte une
scurisation foncire environnementale : Ç Les droits des peuples
intresss sur les ressources naturelles dont sont dotes leurs terres doivent
tre spcialement sauvegards. Ces droits comprennent celui, pour ces peuples,
de participer l'utilisation, la gestion et la conservation de ces
ressources È (article 15-1). Cette mme convention reconnat les modes
endognes dĠaccs la terre et le droit maintenir une endo-transmissibilit
(art. 17).
La
problmatique foncire relve dĠun questionnement juridique qui lui-mme va
dpendre dĠun contexte politique, local, rgional et national, auquel participent
les systmes dĠautorit. Ainsi la politique foncire relve autant
dĠenjeux locaux que nationaux et se traduit par une construction juridique
faite de systmes crits et oraux.
LĠimportance
la fois cologique et conomique du delta intrieur du fleuve Niger se situe
aux chelles rgionale, nationale et internationale. Qui plus est, les enjeux
fonciers environnementaux de cette zone humide expriment pleinement lĠinterface
socits/nature laquelle sĠintresse le droit de lĠenvironnement pour lĠadministration
dĠun espace multifonctionnel par nature. Nous pourrions mme crire
Ç des È espaces car la socialisation de la nature ne se rduit pas
des usages mais sĠouvre sur des constructions mentales, territoriales en raison
des types de rapports entretenus entre lĠhomme et le milieu dans lequel il vit.
En effet, les socits crent des espaces de liens, de flux et de territoires
dans lesquels sĠorganisent les rapports de pouvoirs. LĠusage tir de
lĠenvironnement nĠest pas en soi une finalit mais davantage lĠexpression dĠune
occupation. LĠaffectation dĠun usage un espace ne signifie pas pour autant
quĠon se lĠapproprie. DĠabord, parce quĠun espace peut supporter plusieurs
usages, de telle sorte que plusieurs usagers seraient susceptibles de sĠapproprier
le mme fonds, ce qui sĠoppose la nature mme de lĠappropriation, exclusive
et absolue. Ensuite, le systme culturel exerce une influence sur le rapport
juridique au milieu et peut ainsi ne considrer lĠespace que comme un contenant
de droits, uniquement susceptible de faire lĠobjet de formes de
territorialisations.
Ds
le dpart, nous avons effectu le choix dĠune approche oprant des ruptures
pistmologiques et une remise en cause dĠune vision ethnocentrique. Ce choix
nous a conduit une lecture plus endogne et plus fine des rapports fonciers.
On a trop voulu considrer que les populations rurales se comportaient, face leur environnement, comme de simples Ç usagers È. Or ce n'est pas le cas des pasteurs, des agriculteurs, ni des pcheurs du Sahel, qui se dfinissent chacun comme des acteurs d'un systme dĠexploitation o l'on est loin du simple prlvement. Le monopole tatique qui ne les considre pas comme partenaires dĠune gestion effective peut difficilement concevoir la ralit dĠune vritable protection environnementale. Ce cas peut tre rapproch du rgime des communaux franais, qui peut se superposer une appropriation trangre du fonds. Si celle-ci est tatique, les populations sont relgues au statut dĠusager, au sens de lĠarticle 630 du Code civil franais, qui dispose que Ç celui qui a lĠusage des fruits dĠun fonds, ne peut en exiger quĠautant quĠil lui en faut pour ses besoins et ceux de sa famille È.
Afin dĠviter cette situation, qui
nĠoffre pas les conditions aptes gnrer une participation efficace des
populations la gestion conservatrice des ressources naturelles et des
cosystmes, il semble ncessaire de rpartir les droits et les devoirs de
gestion environnementale entre lĠtat et les populations. Le droit de souverainet
des tats sur lĠenvironnement naturel de leur territoire pourrait se combiner
avec un droit des populations locales sur leur milieu. La redfinition de la
domanialit en termes de patrimoine national circonscrirait le rle le lĠtat
dans une fonction dĠacteur environnemental bnficiant dĠune matrise
intentionnelle plutt que dans celui de propritaire. On pourrait ainsi mettre
en application le principe de participation par la rpartition des droits sur
lĠenvironnement et adopter lĠalternative dĠune gestion patrimoniale excluant
dans ce cas un rgime de droits de proprits.
La
relecture des rapports fonciers par une analyse environnementale peut aboutir
pour le delta intrieur du Niger la formulation dĠun schma juridique et
institutionnel de gestion qui sorte de la logique de la coercition, qui cre un
lien avec les gnrations futures et qui dpasse une relation contractuelle
pour atteindre un consensus social.
Les fondements dĠun schma
juridique et institutionnel de gestion pour le delta
LĠobjet dĠun schma juridique et institutionnel de
gestion du delta intrieur du Niger est dĠaboutir une construction qui serait
lgitime par tous les acteurs, et o la place et la fonction de chacun
seraient reconnues en fixant les rgles du jeu foncier dans le cadre dĠune
dcentralisation effective.
Les analyses de terrain concluent la ncessit de
penser le droit dans sa pluralit, en tenant compte de sa dimension spatiale,
qui est constitutive dĠun ordre provisoire car dans le champ social, le droit
est un phnomne dynamique. Il se prsente comme un cadre, mais ce dernier,
Ç sitt quĠon en fixe les bords, se dissout en brumes È (Assier-Andrieu, 1996 : 23). Dans
cet esprit dĠabsence de rigidit du cadre juridique, nous pensons que la
politique foncire dans le delta devrait promouvoir une articulation des droits
au sein dĠun rgime de scurisation lĠaccs aux ressources renouvelables, qui
soit patrimonial et qui repose sur une dynamique de ngociation.
Dpasser
la logique de la coercition [3e niveau de titre]
Il est difficile de btir une gestion viable long terme des ressources et de lĠenvironnement sur le fondement dĠun rapport de police entre lĠtat et les populations rurales. Les interdictions, les obligations de faire ou de ne pas faire de telle faon ainsi que les sanctions dfinissent davantage une forme dĠexclusion des hommes par rapport au milieu dans lequel ils vivent que leur participation sa gestion. La question qui se pose aujourdĠhui est de savoir comment sortir de cette logique de coercition, puisquĠil ne sĠagit plus maintenant uniquement de conserver le milieu pour le milieu, mais de trouver les moyens de parvenir une gestion conservatrice du milieu allant de pair avec un dveloppement conomique durable. La vision obsolte des hommes exclus de leur environnement est remplace par celle de la recherche dĠune harmonie dĠexistence avec leur espace de vie. Dans ce cadre-l, le lgislateur doit faire preuve dĠinnovations pour mettre pleinement en application le principe de participation. SĠil peut tre rapide dĠlaborer un instrument juridique coercitif sur la base de modles trangers ou historiques, travailler sur un droit rpondant une gestion dcentralise de lĠenvironnement, impliquant pleinement les populations locales, constitue un dfi beaucoup plus grand.
La dmarche que nous proposons relve de la reconnaissance dĠune capacit de gestion aux populations. Nous entendons ainsi sortir du schma qui consiste accorder ces dernires un Ç droit dĠusage È, les excluant de toutes autres formes de reconnaissance juridique sur le milieu. La prise en compte de la gestion effective et dĠune gestion intentionnelle nous a conduits un rgime dĠaffectation de droits de contrle et dĠaccs o tous les acteurs intervenant des chelles diffrentes ont une place inscrite dans la gestion de lĠenvironnement. De cette manire, le schma est bien intgr par lĠtat mais des niveaux de fonction et dĠimplication qui nĠentravent pas la responsabilisation des populations locales.
Penser
le lien avec les gnrations futures [3e niv. titre]
La
prise en compte de la reproduction sociale dans une perspective long terme
sĠintgre dans la construction juridique sous la forme dĠune reconnaissance
explicite de lĠexistence dĠune personne juridique venir, qui nĠexiste pas
encore. Cet cueil pourrait tre contourn si le lgislateur ou mieux, le
constituant, posait le principe dĠun droit des gnrations venir, sur la base
du concept de patrimonialit contenu dans le droit international et lĠAgenda 21.
Au nom du droit des gnrations futures, une gestion intentionnelle pourrait se
justifier lorsque la conduite collective et de chacun serait conditionne par
le long terme.
La
considration dĠune patrimonialit commune un groupe, une nation ou
lĠhumanit a forcment des consquences sur les rapports juridiques lĠespace
et lĠenvironnement. En effet, le fait de devoir transmettre quelque chose
appelle une gestion prcautionneuse, une prise en compte dĠun terme loign
dpassant lĠexistence de celui qui en a la jouissance. Ce dernier ne peut donc
en disposer librement, ce qui aboutit au fait que les gnrations futures ont
des droits sur lĠenvironnement actuel dont elles vont avoir besoin pour assurer
leur propre subsistance et ainsi perptrer la reproduction sociale en ayant
elles-mmes lĠobligation de transmettre un espace viable.
Dans
ce contexte de gestion patrimoniale, il est difficilement concevable de
prtendre la proprit dĠespaces, cĠest--dire de les faire siens, donc dĠen
disposer librement, en raison du lien intergnrationnel qui fixe la gestion
dans le long terme. L, lĠesprit du Ç bon pre de famille È du Code
napolonien se trouve largement dpass, car nous ne sommes plus dans la sphre
du patrimoine individuel, mais bien dans celle du patrimoine commun. Le milieu
dans lequel les hommes vivent repose sur un hritage qui dpend du prsent pour
son avenir. Ils ne sĠapproprient donc pas un espace, mais en assurent un
contrle, une gestion intentionnelle qui va conditionner les droits dĠaccs et
dĠexploitation des ressources renouvelables.
Passer
du contrat une consensualit sociale [un consensus social ?] [3e niv.]
Le
contrat est un accord de volont destin produire un effet de droit ou une
convention donnant lieu des obligations. LĠinstauration de rapports
contractuels entre les populations et lĠtat ayant pour objet lĠenvironnement
est fortement discutable comme fondement de gestion du milieu. En effet,
lĠtat, en sĠarrogeant la proprit de lĠenvironnement, nie dĠabord les droits patrimoniaux des populations sur ce dernier dont elles
dpendent absolument pour leur existence. Ensuite, la nature des rapports donne
lieu un contrat administratif, assorti dĠun cahier des charges, qui est par
essence ingalitaire. Pourquoi les populations seraient-elles toujours en
situation dĠinfriorit, alors quĠen retour la politique publique de gestion de
lĠenvironnement sĠavre particulirement catastrophique ? Une gestion
viable long terme de lĠenvironnement ne peut sĠoprer efficacement de faon
verticale, du haut vers le bas, mais gagnerait impliquer les populations de
faon horizontale en tablissant des rapports consensuels entre les diffrents
niveaux dcisionnels et en rassemblant chaque chelle de gestion les diffrents
acteurs dans des espaces de ngociation. LĠobjectif du droit est justement
dĠarticuler ces divers rouages et de contenir les marges de manÏuvre des
stratgies de chacun, pour clarifier et lgitimer les rgles du jeu foncier
environnemental auprs de tous.
TABLE DES MATIéRES
Sommaire
Glossaire
Problmatique
juridique de la gestion dĠune vaste zone humide au Sahel
Des
enjeux fonciers environnementaux en zone humide
1
Un espace pastoral rgul
1
1 Le jowro, souverain du leydi ou simple
Ò matre des pturages Ó ?
1
La dsignation du jowro
Le
jowro,
un gestionnaire de pturages et un vendeur d'herbe
1
1 3
Le jowro, un souverain terrien
1.2 Un patrimoine
foncier pastoral
1 2 1 Le pturage lignager
1 2 2 Le pturage villageois : le hariima
1.3 Un troupeau
infod son pturage
1
3 1 Un accs rglement
aux pturages
1.4
Une
diversit de leyde
2
Un
espace agraire en expansion
2
1
Des zones agricoles dtermines
2
1 1 Les champs ouverts et les jachres
2
1 3 Les casiers rizicoles
2.2 LĠespace
pastoral en question
2
2 1 La rduction des bourgoutires
2 2 2 La violation des hariima et le
non-respect des infrastructures pastorales
2.2.3 La destruction d'un cosystme
2 2 4Une pression pastorale croissante
2.2.5 Une dgradation des pturages
3
Un espace halieutique en mutation
3.1.
Un contrle saisonnier de lĠespace
3.2. L'enjeu de l'espace exclusif
4
Un
espace deltaque multifonctionnel
4.1.
Un
espace multifonctionnel exploit
4.2.
Un
espace multifonctionnel Ò marqu Ó
4.3.
Un
espace multifonctionnel patrimonialis
4
3. 1 Le sol, support communautaire
4.
3. 2. Ò LĠespace-ressource Ó, patrimoine commun
4.
3. 3. La qualification des choses par le droit
4.
3. 4.La pluralit des notions de patrimoine
Des hommes confronts la gestion de leur
environnement,
lĠexemple du leydi Wuro
Neema
1. Une mosaque
de communautes villageoises et de
rapports lĠenvironnement
1.1.
La
construction historique du leydi Wuro Neema
1.1.1.
Les
pripties du pass
1.1.2.
Les
groupes humains
1.2.
Une
dmographie htrogne et fluctuante
1.3.
Structures
socio-politiques villageoises et
rapports lĠenvironnement
1.3.1.
Les
villages peuls-rimaybe dirigs par des Peuls Feroo'be
1
3 1 1 Les conflits entre autochtones et Peuls Fulinkriyabe et les stratgies de
rsolution
1.3 1 2 Le
problme de la dgradation des sols lie la dsertification
1
3 1 3 Les rivalits Peuls-Malinke et Peuls-Bozo
1.3.2.
Les
villages dirigs par une chefferie rimaybe
1.3.3.
Les
villages dirigs par des Peuls Ò trangers Ó
1
3 5 1 Les problmes de dgradation
du sol
1
3 5 2 Le
manque dĠorganisation et dĠentente au sein des villages
1.3.6.
Les
villages bozo
1
3 6 1 La matrise des techniques dĠirrigation
1
3 6 2 Une concurrence avec les pasteurs et les agriculteurs gnre par la
pluri-activit
1
3 7 Entre
attentes et initiatives pour l'environnement
2.
Savoirs
locaux et reprsentations culturelles de lĠenvironnement
3. 1 Savoirs et
sensibilit cologique chez les adultes
2
1 1 Des arbres prserver
2
1 2 Des espces vgtales investies de reprsentations culturelles
2 1 3
Transmission d'un savoir spcialis chez le jowro
2
2 La transmission du savoir aux jeunes : contenu et modalits
2
2 1 LĠintrt pour les arbres
2
2 2 Les axes privilgis de transmission du savoir
3 Convictions
religieuses et gestion de lĠenvironnement
3 1 Une
nature ptrie de religieux
3 1 1 Les pactes avec l'invisible
3
1 2 Alliance tutlaire entre hommes et
animaux
3
2 Un sacr islamique transcendant
3
2 1 La toute-puissance divine
3
2 2 La scheresse voulue par Dieu
Des
conflits fonciers environnementaux
1. Les
caractristiques des conflits dans le
delta
1.4. Les
poques des conflits
1.5. Les modes de
rsolution des conflits
2.1
Une pluralit de droits en prsence
2 2 Un droit
Ò prtorien Ó entre deux systmes juridiques
3.
Le fondement des
conflits : reprsentations et stratgies
antagonistes
3.1.
Les
pratiques conflictuelles de l'espace
3
1 1 Les pratiques contradictoires de l'espace agraire
3
1 2
Les pratiques antagonistes de l'espace halieutique
3
1 3
Les pratiques incompatibles de l'espace pastoral
3.2.
Pratiques conflictuelles et dysfonctionnements de la socit
3.2.1. De l'empitement la
revendication : lĠexpression dĠun dsir de pouvoir
3.2.2. Des
instances d'arbitrage dfaillantes
3
2 2
1 Conflits et perturbations sociales l'chelle villageoise
3
2 2 2 Conflits et drglements sociaux au
sein du leydi
3
2 2 3 Conflits fonciers et tensions sociales l'chelle deltaque
3
2 2 4 Conclusion
4.
Les tentatives de maintien d'un quilibre
4
1 LĠorganisation de lĠaccs aux espaces pastoraux
4
2 Le bornage des zones pastorales
4
3
L'officialisation des hariima
4
4
La gestion de l'entre et de la sortie des animaux
du delta
4
5 L'chec de l'Odem
4.
6 La confrence rgionale sur les bourgoutires
4
6 1 Les contentieux autour des taxes de traverse des fleuves
4
6 2 Les
interventions la confrence de 1994
Partie 2
Un droit foncier environnemental construire
1. LĠappropriation
tatique de lĠenvironnement
1
1 Une domanialit foncire
1 2 Une domanialit environnementale
2. LĠabsence
de scurisation foncire
2.1. La
terre, support de droits
2 1 1 La concession rurale, une logique
tatique no-librale
2 1 2 L'immatriculation, instrument de
cration de la proprit foncire
2.2. La purge
du droit traditionnel
2.4. Une gestion normative et rpressive de
la fort
2 4 1 Une protection normative
2
4 2 Une obligation de surveillance et de protection de l'environnement
2 4 3 Des droits d'usage strictement
rglements
2 4 4 Une exploitation commerciale soumise
autorisation
2 4 5 Une rglementation rpressive
2
4 6 Un droit forestier repenser
2
4 6 1 Une lgislation forestire restrictive, exclusive et rpressive
2
4 6 2 Du Code forestier la ralit
2.5. La
conservation normative de la faune et de son habitat
2 5 1 La prservation de la faune
2 5 2 La rglementation de l'activit
cyngtique
2.6. La
rglementation de l'activit halieutique : de la loi aux conventions locales
2 6 1 Le contrle des engins de pche et la
riverainet halieutique
2 6 2 Le dcret de 1975 : le droit de
pche appartient l'tat
2 6 3 La loi de 1986 : des aires
protges et des permis
2 6 4 L'apport des conventions locales
3.
Des tentatives de gestion locale des ressources pastorales
3.1.
Un projet de Code pastoral non retenu
3.2. Domaine
pastoral et units agropastorales : des propositions avortes
3.3. La
protection et l'exploitation du burgu : une rglementation inapplique
1. Une
gestion conomique des ressources forestires
1. 1. 1. La fort, un milieu exploiter
1 1 2 La fort, un milieu conserver
1 1 3 La fort, un bien appropri
1
3 Un espace immatricul
1.4. Un espace soumis un contrle rpressif
2. La gestion
de la faune sauvage et de son habitat
2.1. La
conservation d'un Ò habitat Ó
2
1 2 Le Ò domaine faunique national Ó
2.2. La
rglementation de l'accs la ressource cyngtique
2 2 1 Une proccupation touristique
2 2 2 Une activit soumise un contrle
rpressif
3. La gestion de la pche et de la
pisciculture
4
La gestion du domaine des collectivits territoriales dcentralises
4.1. Une
division de l'espace en domaines
4.2. La
gestion des ressources par les collectivits territoriales dcentralises
La matrise foncire environnementale, un outil
de
gestion de lĠenvironnement
1. Un mode de lecture des rapports
fonciers : approche dĠun foncier de lĠenvironnement
1.1. La ncessit dĠune lecture juridique endogne
1
1 1 Quel droit foncier ?
1
1 2 Une lecture juridique des rapports fonciers environnementaux
1.2. Une superposition de lgitimits
1.3. La matrice foncire environnementale du
delta
2. Proposition dĠun rgime juridique pour une
gestion patrimoniale
2 1 Des contraintes cristallises dans un
faisceau de matrises
2 2 Les
matrises foncires environnementales, rouages de la coviabilit des systmes
sociaux et cologiques
2.
3 Une thorie des matrises foncires
3.
lments pour lĠeffectivit dĠune gestion locale
long terme
3.1. Des pouvoirs lgitimes
intgrer dans la gestion locale
3.2. Le besoin de scurisation juridique sur
les espaces et les ressources
3
2 1 L'preuve de la variabilit
hydro-gographique de Ò l'espace-ressource Ó
3
2 2 Le dfi de la dlimitation de
l'espace-ressource
3.3. Des situations auxquelles le droit doit
rpondre
4.
Proposition
de lĠorganisation dĠune cogestion environnementale
De la lgitimit la lgalit pour une gestion
patrimoniale de la diversit deltaque
Bibliographie
Annexes
Rsum
Summary
Table
des illustrations
Table
des annexes
Table
des matires