
Christoph Eberhard (dir.)
Enjeux fonciers et
environnementaux : Dialogues afro-indiens
Pondichery, Institut Franais de Pondichry, 2007, 549 p
(peut tre command : library@ifpindia.org)
Enjeux fonciers
et environnementaux :
une introduction
Christoph
Eberhard
QuÕest-ce que le foncier ?
Les questions foncires et environnementales nous
plongent au cĻur de la vie de lÕHomme[1].
Elles nous invitent rflchir sur les manires dont celui-ci construit ses
rapports avec son environnement, comment il sÕadapte ses contraintes, comment
il le modle. Mais cette interaction nÕest pas uniquement celle dÕun sujet,
lÕHomme, et dÕun objet, la Nature, voire lÕaction du premier sur le secondÉ
comme pourrait le suggrer une lecture en termes cartsiens o lÕHomme apparat
surtout comme celui qui devrait soumettre la nature travers sa volont,
volont laquelle cette dernire rsisterait par son Ē inertie Č.
Sans entrer dans des considrations de deep ecology et sans adhrer la
thorie gaa, celle dÕune terre vivante, anime par une me et ce titre elle aussi
sujet[2],
et tout en restant inscrit dans une vision anthropocentre caractristique des
sciences sociales issues de la modernit occidentale[3], il apparat
de manire de plus en plus vidente que lÕaction de lÕhomme sur son
environnement est mdi par ses reprsentations, par sa manire dÕenvisager sa
place au monde, par son rapport avec celui-ci et par les relations quÕil doit
tablir paralllement avec ses congnaires. La question foncire se pose car
nous ne sommes pas des Robinson Cruso vivant solitairement sur notre le, mais
des tres humains devant partager des espaces de vie et les ressources quÕils
reclent[4].
tienne Le Roy qui conoit le juridique comme profondment marqu par nos
imaginaires et qui considre que Ē [le] rapport foncier est [É] une
relation ŌimagineÕ entre les hommes propos de lÕespace et qui nÕexiste que
selon les conventions qui sÕinscrivent dans les systmes dÕides avant dÕtre
matrialises dans lÕespace social Č (Le Bris, Le Roy, Matthieu
1991 : 12), propose une dfinition qui rsume les lments que nous venons
dÕvoquer. Pour cet auteur, Ē [É] le foncier est lÕensemble particulier de
rapports sociaux ayant pour support la terre ou lÕespace territorial. Ces
rapports sociaux sont principalement dtermins par les facteurs conomiques
(accumulation primitive de capital et extraction de rente), juridiques (normes
dÕappropriation et modalits de rglement des conflits) puis par les techniques
dÕamnagement pouvant matrialiser et caractriser ces rapports sociaux en
autant de rgimes distincts. Č Il ajoute, et cette remarque est
primordiale dans nos contextes de recherche contemporains que Ē [É] plus
substantiellement, cÕest le politique qui influe sur la manire de poser et de
traiter la problmatique foncire, la sensibilit du foncier au politique tant
augmente par la concurrence ou la contradiction des choix pouvant merger aux
chelles internationale, nationale et locale. Č (Le Roy in Le Bris, Le
Roy, Matthieu 1991 : 13-14).
Du foncier au
Ē foncier-environnement Č
Aux
lments de lÕanalyse dgags ci-dessus sÕajoute depuis une bonne dcennie un
lment nouveau. Aprs sÕtre principalement intresss la scurit foncire
des acteurs humains, les travaux scientifiques sur le foncier se sont
progressivement ouverts des considrations plus cologiques et intgrent
davantage les enjeux environnementaux dans leurs analyses. Il apparat de plus
en plus insatisfaisant de ne rflchir lÕenvironnement quÕen termes de son
exploitation par lÕhomme et en se proccupant principalement de lÕorganisation
des systmes de gestion et dÕexploitation visant scuriser les acteurs
concerns. La dmographie mondiale exerce une pression toute nouvelle sur notre
plante et nos modes de vie contemporains ont un impact important et parfois
irrversible sur la nature. Nous comprenons petit petit que lÕenvironnement
nÕest pas uniquement un espace qui nous entoure et quÕil nous est loisible
dÕexploiter. CÕest le milieu dans lequel nous nous inscrivons[5].
Nous avons la responsabilit de le prserver, ne serait-ce que pour assurer
notre seule survie et celle de nos enfants. Il convient de raliser un
Ē juste milieu Č, une approche permettant de concilier les besoins
humains et la sauvegarde de la plante et de ses cosystmes (Ost 1995). Cette
prise de conscience se reflte aux niveaux de lÕaction politique, conomique et
juridique. En tmoigne la place croissante que prend le Ē dveloppement
durable Č dans les discours et montages institutionnels aux niveaux tant
internationaux que nationaux, voire locaux. Il est suppos dÕune part
quilibrer les piliers conomiques, sociaux et environnementaux et dÕautre part
permettre aux gnrations prsentes de rpondre leurs besoins tout en
prservant la capacit des gnrations futures en faire autant selon la
clbre formule du rapport Brundtland (La Commission mondiale sur
lÕenvironnement et le dveloppement 1988 : 51). En tmoigne aussi, dans le
contexte francophone, le dveloppement dÕune recherche qui essaye dÕmanciper
le foncier du cadre propritariste et de lÕouvrir des approches en termes de
Ē patrimoine Č, faisant ainsi cho lÕintroduction de la notion dans
le droit de lÕenvironnement (voir Klemm 1996)[6]. On est bien
face au dfi dÕun Ē droit inventer Č comme le soulignent Olivier et
Catherine Barrire (2002 : 15-16) pour qui Ē [se] reprsenter le
foncier comme tant assign au seul rapport la terre reflterait
insuffisamment la porte relle des actions des hommes sur le milieu,
indispensable intgrer dans la recherche dÕune gestion environnementale. Il
est ncessaire de considrer en mme temps le rapport de lÕhomme la ressource
et lÕespace. LÕtude de la conjonction du fonds, en tant que support, et de
la ŌsuperficieÕ permet dÕaboutir une combinaison de droits portant sur
lÕespace, la ressource et lÕcosystme. Sur cette base, il est possible de
rflchir un rgime qui ne repose pas sur lÕappropriation du fonds mais qui
est contenu dans une dualit espace/milieu. Cette approche dfinit une forme de
gestion patrimoniale de lÕenvironnement, dsigne par le nologisme
Ōfoncier-environnementÕ. Nous entendons par l dpasser une vision ruraliste du
foncier, qui restreint son analyse aux rapports dÕaccs aux ressources et
leur distribution entre les diffrents acteurs car elle occulte la prise en
compte des processus cologiques et de tous les lments naturels. Le foncier
ne peut plus se dfinir uniquement en termes de rgles affrentes aux ressources
renouvelables ou en termes de construction dÕespaces ; il doit intgrer
une dimension environnementale. Č[7]
Foncier-environnement et foncier urbain
Si
lÕapproche du foncier-environnement semble se confirmer, il faut souligner
lÕmergence dÕun autre enjeu majeur qui fait vaciller les approches
traditionnelles ruralistes du foncier : lÕexplosion urbaine. LÕhumanit
vient en effet de franchir un cap historique. Dsormais, la majorit de la
population mondiale habite en ville et cette tendance lÕurbanisation nÕest
pas prte de sÕarrter (Delcourt 2007 : 7)[8]. En outre,
cette urbanisation qui va de pair avec une pauprisation des populations
urbaines prend une forme indite. Ė lÕexode rural classique, sÕajoute
maintenant une colonisation du monde rural par les villes. Ē Partout, ces
villes mergentes et ces mgapoles ne cessent de sÕtaler horizontalement,
grignotent et empitent de plus en plus sur les territoires alentours. De fait,
le monde rural sÕurbanise in situ. CÕest maintenant non plus les paysans qui
vont la ville, mais la ville qui va aux paysans. Par de complexes processus
de Ōco-urbanisationÕ, les villes repoussent aussi loin que possible leurs
frontires ; tablissent entre elles de nouveaux nĻuds ; contournent
les bourgades ; encerclent et enferment les villages. Et se dessinent de
vastes zones polycentriques, entrecoupes dÕespaces hybrides semi-ruraux,
semi-urbains. Č (Delcourt 2007 : 10). Cette volution ne manque pas
dÕinterpeller la recherche foncire qui est confronte lÕeffacement dÕune
distinction fondatrice entre monde rural et monde urbain qui sÕest traduite
jusque rcemment par une sparation entre les approches du foncier rural et du
foncier urbain que ce soit au niveau scientifique ou politique. Tout en
reconnaissant les ruptures et les discontinuits entre foncier rural et urbain,
il est de plus en plus invitable dÕarticuler ces deux champs et de commencer
identifier les continuits et les dynamiques communes (Durand-Lasserve 2007).
Le foncier-environnement dans le cadre dÕune globalisation de la
Ē gouvernance Č et du Ē dveloppement durable Č
La
prise en compte croissante de notre Ē milieu Č qui oblige de croiser
les regards et les disciplines, dpasser des dcoupages disciplinaires qui ne
font plus sens et aborder les problmatiques de manire plus holiste,
sÕinscrit par ailleurs dans un contexte de modification importante de nos
reprsentations politiques, juridiques, conomiques et scientifiques qui elles
aussi complexifient nos Ē jeux modernes Č. Nous sommes dans une transition
paradigmatique o les formes de perception et dÕorganisation du rel issues de
la modernit sont partiellement remises en question et compltes par de
nouvelles approches (de Sousa Santos 1995 ; Arnaud 1998). Ainsi, la
segmentation, la compartimentation voire le cloisonnement caractrisant
lÕapproche scientifique moderne, de mme que nos manires modernes de penser le
politique, le juridique et lÕconomique se trouvent remis en cause. En science,
on ne croit plus la sparation radicale entre lÕobservateur et lÕobserv et
on reconnat lÕimportance dÕinscrire les deux dans un tout. Du ct de la
Ē gestion Č de nos socits, il apparat de moins en moins raliste
de sparer des champs comme lÕconomique, le social et lÕenvironnemental comme
en tmoigne le concept de dveloppement durable. La ralit est complexe et
pour aborder les dfis quÕelle nous pose, il apparat ncessaire de sÕouvrir
lÕinterdisciplinarit, lÕintersectorialit, des approches permettant de
faire participer tous les acteurs concerns, croiser les points de vue ainsi
quÕ articuler des besoins, logiques et enjeux qui peuvent a priori sembler sÕexclure
(voir par exemple Calame 2003). Cette volution nous mancipe des grands
partages de la modernit qui ont t explicits par Bruno Latour (1997 :
132 ss) entre Ē eux Č et Ē nous Č et entre
Ē humains Č et Ē non-humains Č qui peuvent se dcliner par
la suite de multiples manires : entre science et politique, entre
profanes et experts, entre administrateurs et administrs, entre administrateurs
des hommes (politiques) et administrateurs des choses (scientifiques). Au
niveau politico-juridique, cette transition du Ē simple Č, du
Ē pur Č, du Ē segment Č au Ē complexe Č et
Ē lÕhybride Č[9]
se manifeste par un passage de formes classiques de Ē gouvernement Č
de nouvelles formes de Ē gouvernance Č qui fait cho une
transition du juridique que certains ont analyse dans les termes dÕune
possible transition de la Ē pyramide Č au Ē rseau Č (Ost
& van de Kerchove 2002) et qui serait le passage oblig vers une
Ē dmocratie dialogique Č (Callon, Lascoumes, Barthes 2001).
Mais si
Ē gouvernance Č et Ē dveloppement durable Č sont devenus
des termes clefs dans le champ smantique tel quÕil se redessine lÕheure de
la globalisation, et quÕils apparaissent souvent comme les deux faces dÕune
mme ralit quÕil sÕagirait de promouvoir dans lÕintrt de la survie de notre
espce et de notre plante, il est important de ne pas se perdre dans des
approches idologiques et dconnectes des ralits Ē de terrain Č.
De telles approches peuvent se rvler non seulement inefficaces, mais mme
hautement contreproductives au point dÕaboutir de vritables catastrophes
humaines et naturelles[10].
Et lÕenjeu est dÕautant plus crucial que ces termes, outre le flou qui les
caractrisent et qui contribue probablement leur donner une apparence
dÕuniversalit, sont tout autant utiliss comme Ē concepts Č[11]
scientifiques que comme mots dÕordre idologiques[12].
Il est donc primordial
dÕalimenter les grands dbats thoriques sur la prise en charge de notre
prsent et de notre futur commun travers des tudes de terrains qui
permettent dÕillustrer et par l de comprendre les mcanismes et processus en
jeu. Ė travers lÕattention porte divers terrains et problmatiques
dimension plus locale ou globale se dgagent aussi les enjeux de traduction
dÕune chelle une autre, dÕun monde un autre, voire dÕun domaine dÕaction
sur un autre[13].
La reconnaissance de cet enjeu de la traduction participe plus profondment
la prise de conscience de lÕimportance du dialogue interculturel autour des
questions de gouvernance et de dveloppement durable[14].
Les origines dÕune dynamique de recherche collective. Ses enjeux et
les difficults du dialogue
Cet
ouvrage est issu dÕune dynamique de recherche collective visant prendre
bras le corps les dfis que nous venons dÕexposer. Il sÕagissait de
sÕinterroger sur les enjeux et les perspectives du foncier dans le contexte
actuel. Ce dernier est caractris, entre autres, par la globalisation, une
pression de plus en plus insoutenable de lÕHomme sur son milieu, une
rorientation des approches politiques et juridiques en termes de gouvernement
et de croissance vers des approches en termes de gouvernance et de
dveloppement durable. On peut y ajouter lÕmergence dÕune exigence de plus en
plus incontournable de dialogue interculturel, cette dernire entranant dans
son sillage toute une srie de problmatiques lies la traduction. Ė un
niveau plus humble, il sÕagissait dans la prsente dynamique de faire se
rencontrer plus particulirement des chercheurs africains ou africanistes et
indiens ou indianistes en vue dÕengager des dialogues sur les enjeux fonciers
et environnementaux tels quÕils pouvaient apparatre partir de ces deux
contextes[15].
LÕenjeu paraissait dÕautant plus important quÕil semblait y avoir un intrt
rciproque de connaissance, mais que souvent ces mondes sÕignorent É car la
recherche indienne est majoritairement anglophone tandis que la recherche dans
une grande partie de lÕAfrique (notamment dans les rgions tudis
principalement par des chercheurs francophones) est francophone.
CÕest ainsi que ce projet
se cristallisa dans le creuset de plusieurs institutions et dynamiques quÕil
faut mentionner ici et sans la participation active desquelles nos envies de
dialogue nÕauraient pas pu aboutir, dÕabord sous la forme de lÕorganisation
dÕun colloque Pondichry en mars 2006, puis sous celle de cette publication.
Il sÕagit, par ordre alphabtique, de lÕAssociation Francophone dÕAnthropologie
du Droit (AFAD) dont un certain nombre de chercheurs travaillent depuis de
nombreuses annes sur la problmatique foncire, mais surtout dans des
contextes francophones (voir CAD 2002), du Dr. Ambedkar College of Law de
Pondichry trs intress par une recherche comparative entre approches
francophones et anglophones, africaines et indiennes, de la dynamique
Ē Droit, gouvernance et dveloppement durable Č coordonne partir
des Facults universitaires Saint Louis Bruxelles (FUSL), de lÕInstitut
Franais de Pondichry (IFP), fentre de la France Š et de plus en plus de
lÕEurope Š sur lÕInde et inversement de lÕInde sur lÕEurope et la France, dÕun
rseau informel de chercheurs indiens qui sÕest constitu autour de la question
du pluralisme juridique aprs une premire publication collective sur le
pluralisme juridique en Inde (Eberhard & Gupta 2005) et qui a maintenant
cr une structure plus officielle la Asian Initiative on Legal Pluralism (AILP) et enfin la
Socit de Droit Compar de Pondichry qui ne pouvait pas rester indiffrente
cette recherche comparative, mme si elle dbordait le cadre strict du droit[16].
Runir des chercheurs de
disciplines diffrentes est en soi dj une entreprise difficile si lÕon veut
dpasser la simple juxtaposition de discours et tenter de sÕorienter de la
multi- vers une vritable interdisciplinarit (voir Kothari 1990 : 23
ss ; Ost & van de Kerchove 1987 : 25 ss). Or nous avons pouss
ici encore plus loin le dfi : dÕune part, le colloque tait non seulement
ouvert des chercheurs de disciplines diverses mais aussi des praticiens[17] ;
et dÕautre part, il se droulait en deux langues, en anglais et en franais. Le
travail collectif a vite fait apparatre que derrire ces deux langues se
cachaient aussi deux visions diffrentes du droit et du monde et que tout
nÕtait pas toujours traductible. En effet, avant mme de pntrer les mondes
africains et indiens, on tait dj confront deux manires fort diffrentes
de penser le droit officiel tatique, lÕune civiliste pour la plupart des pays
africains abords et lÕautre de Common Law en ce qui concerne lÕInde[18].
SÕil fallait se mfier des
faux amis tels que Ē proprit Č / Ē property Č et veiller
traduire la Ē proprit prive Č du Code civil plutt par le
Ē ownership Č anglais, on se rendait vite compte que derrire
les mots se dissimulaient des manires trs diffrentes de dcouper les champs
juridiques et de nouer les problmatiques foncires et environnementales[19].
Le Ē foncier Č franais lui-mme se transforma en anglais en Ē Land
Law and Natural Ressources Management Č et on sÕaperut vite
quÕainsi toute la problmatique sÕen trouva transforme. Si la majorit des
contributions francophones sÕinscrivent dans une approche du foncier peru
avant tout comme la scurit foncire des terres surtout agricoles, les auteurs
indiens dlimitaient beaucoup plus largement le champ de leurs rflexions en y
incluant la gestion de lÕeau, la pisciculture, les activits de minageÉ Par
ailleurs, dans le contexte francophone, Ē [le] terme Foncier renvoie de
multiples enveloppes juridiques, correspondant autant de statuts, sinon de
procdures, dites domaniales ou foncires, qui gnralement, aujourdÕhui, sont
toutes conues pour tre situes au regard du droit de proprit. Č comme
le rappelle Alain Rochegude (2002 : 20). Ainsi, si pour les auteurs
franais ouvrir les approches dÕun foncier pens avant tout en relation un
droit tatique organisant la proprit de manire stricte et ouvrir la
rflexion vers les nouveaux enjeux de la gouvernance constituaient des enjeux
importants, il nÕen tait pas tout fait de mme pour les auteurs indiens.
Ceux-ci, enracins dans un systme hrit de la Common Law, semblaient
beaucoup plus naturellement croiser leurs analyses avec des approches en termes
de gouvernance et de dveloppement durable. Ceci semble sÕexpliquer de manire
gnrale par une attitude plus pragmatique de la Common Law qui Ē ne
privilgie [É] pas les valeurs de gnralisation et dÕuniformisation
quÕautorise la voie commune du commandement lgislatif, mais bien
lÕindividualisation et la particularisation Č (Legrand 1999 : 97) ce
qui conduit nouer plus facilement des approches perues comme distinctes
partir dÕun contexte de droit civiliste. En effet, dÕun point de vue de Common
Law,
Ē Ōles arguments fonds sur la cohrence sont susceptibles dÕinduire en
erreurÕ, puisque la grande richesse du Common Law reste son Ōcaractre
pratiqueÕ qui lui permet de ŌsÕadapter la riche diversit de la vie humaineÕ.
Aussi Ōle fait quÕune doctrine donne ne sÕaccorde pas logiquement avec une ou
plusieurs autres nÕest pas un motif pouvant fonder son rejetÕ. Č (Legrand
1999 : 75). On peut ensuite relever le dcoupage beaucoup plus large du
champ de recherche par les auteurs indiens et le fait que le rgime de la
Ē property Č de la Common Law renvoie ds le dpart un
Ē bundle of rights Č, qui de surcrot est assorti de certaines
responsabilits comme lÕillustrent les institutions du trust et du stewardship. Ainsi, il nÕtait
par exemple pas toujours vident de faire comprendre la pertinence dÕune
approche patrimoniale pour sÕmanciper du Ē tout proprit Č des
interlocuteurs o le problme dÕune catgorie absolue et ferme de proprit ne
se posait pas puisque la Ē property Č renvoie un bundle of
rights et contient aussi des devoirs qui peuvent tre mobiliss dans le souci
dÕune prise en compte plus large des enjeux environnementaux voire sociaux. En
retour, les discussions nÕont pas manqu dÕinterpeller le chercheur francophone
quant lÕidologie de la proprit prive promue par les agences de
dveloppement qui sÕinscrivent dans une vision anglo-saxonne Š il se pourrait
que, replac dans son contexte dÕorigine, le systme promu se rvlerait plus
nuanc que ne le laisse entendre la rfrence implicite au droit de proprit
compris la franaise et que ne manquera pas dÕeffectuer le francophoneÉ
LÕexercice de dialogue bien
que difficile fut nanmoins salutaire. Il permit de prendre conscience des
enjeux normes de la traduction entre diffrents univers linguistiques,
juridiques et mentaux et de la ncessit de ne jamais perdre de vue quÕil ne
saurait jamais y avoir de traduction parfaite É malgr lÕillusion que peut
crer la traduction simultane lors des grands sommets internationauxÉ CÕest
lÕexigence de respecter les topoi des uns et des autres qui nous a finalement
convaincu de la pertinence de publier cet ouvrage en anglais et en franais et
de ne pas opter pour le choix dÕune traduction de tous les textes en anglais en
privilgiant ainsi la plus grande audience. En effet, si lÕessence des
problmatiques a sans conteste pu tre communique dans les deux langues, il
reste nanmoins que les prsentations en tant que telles ne font vraiment sens
que dans leur langue dÕorigine et replaces dans leur contexte culturel et
scientifique. Pour ceux qui ne sont pas bilingues, nous avons dcid de faire
prcder chaque contribution dÕun rsum largi de deux pages permettant au
lecteur de saisir lÕessentiel de la problmatique des articles crits dans la
langue quÕil ne matrise pas. Enfin, cette prise de conscience de la difficult
de dialogue entre deux langues et deux systmes de droit dÕorigine europenne
soulignent les enjeux normes de la prise en compte des langues et visions du
monde et du droit qui existent Ē lÕombre Č des droits tatiques
dans les tats africains ou en Inde. De nombreuses contributions de cet ouvrage
pointent vers ces ralits, sans malheureusement les approfondir dans toute
leur originalit. Ce sera lÕenjeu pour une prochaine recherche.
Une dernire remarque
importante. Si nous avons essay de respecter les topoi de tous les
intervenants, il est clair que la dynamique de recherche gnrale tait
oriente partir dÕun topos particulier. LÕinitiative ayant t prise par lÕAFAD
et par la dynamique Ē Droit, gouvernance et dveloppement durable Č
des FUSL, cÕest lÕapproche francophone, et par surcrot une approche fortement
inspire par le point de vue de lÕanthropologie du Droit qui fournit en quelque
sorte la perspective organisant lÕensemble de la dmarche, comme en tmoigne
cette introduction. JÕespre que le lecteur ne verra pas ceci comme un dfaut,
mais comme une limite caractristique intrinsque de tout dialogue : il
faut bien commencer partir dÕun topos donn É mme si celui-ci
influe ensuite forcment sur la suite du dialogue et sur la restitution de ce
quoi il a abouti. Comme le rappelle Pierre Legrand (1999 : 64) propos de
toute dmarche comparative force de sÕouvrir au dialogue avec dÕautres
univers, Ē [le] comparatiste apprhende une culture juridique dÕun lieu
qui nÕest jamais cette culture juridique mme et qui se trouve toujours, ds
lors, tout le moins un peu Ōhors-elleÕ. Aussi reste-t-il en lutte contre la
difficult dÕarticuler une relation avec lÕautre qui ne peut tre
quÕasymtrique et doit-il constater que son activit critique demeure
assujettie ce dilemme. Č
Les fondements pistmologiques de la recherche
Aprs
avoir bross une image impressionniste du champ de la recherche et avoir
clair certains enjeux majeurs, il convient maintenant de prsenter brivement
les contributions afin que le lecteur dispose dÕune carte permettant de se
reprer au fil de ses lectures.
Il a sembl pertinent de
prolonger cette introduction gnrale par deux autres textes caractre
introductif qui permettront au lecteur de profiter pleinement du voyage de
dcouvertes qui lui est propos travers les multiples terrains africains et
indiens prsents par la suite. Le premier texte repose les termes des enjeux
actuels autour du foncier face lÕidologie dominante de la Ē proprit
prive Č. tienne Le Roy y soulve un certain nombre dÕenjeux transversaux
du foncier contemporain tels que lÕmancipation ncessaire du cadre idologique
de la proprit prive promue par les institutions de dveloppement et la
ncessit de complter les approches top down par des approches bottom
up
qui prennent en compte les ralits quotidiennes des acteurs concerns. Malgr les discours dominants, et dÕautant plus dans des contextes o lÕautorit
cense garantir ce droit est dfaillante Š comme cÕest le cas dans de nombreux tats des Ē Suds Č - la scurit foncire ne tient que
secondairement la dtention de titres et au caractre plus ou moins absolu du
droit ainsi reconnu. Une approche en termes de Ē proprit Code
civil Č nÕest pertinente que dans des contextes o existent un tat de Droit et un march gnralis. Avec un tat
dfaillant, lÕautorit reprsentative de lÕintrt gnral apte garantir la
proprit disparat. Et lorsque le march nÕest pas gnralis mais que lÕon
observe des situations de marchandisation imparfaite de la terre, ce qui est
caractristique de la majorit des contextes des Ē Suds Č, la
proprit prive peut se rvler non seulement inefficace, mais aussi dangereuse
: Ē un marteau-pilon pour craser une noix Č. La contribution dÕtienne Le Roy souligne la ncessit dÕune approche plus pragmatique, sensible
aux ralits de terrain et tentant de rendre conciliables et oprationnels les
dispositifs juridiques tatiques et les processus endognes qui concourent la
stabilit des changes et la pacification de la socit. Le concept de
patrimoine et la gestion patrimoniale lui semblent fournir des outils prcieux
pour aborder les problmatiques de dveloppement durable qui pourraient offrir
des solutions la hauteur des enjeux contemporains en sortant des oeillres de
lÕidologie de la mondialisation de la proprit prive.
Matthieu Galey, met en
perspective cette approche en analysant Ē lÕadapteur cognitif Č que
reprsente la classification des systmes de proprit labore par
lÕconomiste Charles Reinold Noyes. Si les rflexions dÕtienne Le Roy
renvoient des problmatiques que le lecteur retrouvera tout au long de
lÕouvrage, elles sÕinscrivent nanmoins dans une vision civiliste du droit. La
prsentation de Matthieu Galey met en lumire cette spcificit et permet de
saisir lÕimportance des diffrences formelles par lesquelles il est possible
dÕopposer la manire dont lÕappropriation du sol est juridiquement organise
dans les traditions juridiques de Common Law et les traditions
romano-germaniques ou civilistes. Loin dÕtre de simples clauses de styles,
elles recouvrent des diffrences institutionnelles substantielles quÕil est
possible de caractriser partir dÕune modlisation de la structure des
systmes de proprit, conus comme systmes de relations entre personnes
propos dÕun bien immeuble. Cette modlisation constitue un outil prcieux pour
naviguer entre mondes juridiques civiliste et de Common Law et pour prparer
le lecteur une transition en douceur entre les mondes africains explors dans
la premire partie, en grande majorit inscrits dans un systme civiliste et
les mondes indiens explors dans la deuxime partie qui sÕinscrivent dans un univers
juridique marqu par la Common law.
Points de vue dÕAfrique
Alain
Karsenty nous introduit la problmatique foncire en Afrique en croisant les
acquis de terrains au Maghreb, en Afrique noire et Madagascar. Sa
prsentation souligne la ncessit dÕapproches interdisciplinaires dans le
domaine et explore les contraintes et enjeux mthodologiques des recherches sur
le foncier. La difficult ne consiste pas seulement parvenir Ē penser
ensemble Č les niveaux d'analyse (voir la fois les stratgies
individuelles et les choix collectifs rsultants de lÕhistoire et de la
culture, par exemple), mais aussi de Ē faire penser ensemble Č des
chercheurs provenant de disciplines scientifiques ou de cultures
institutionnelles diffrentes. Les catgories analytiques proposes par les
diffrentes disciplines thoriques mobilises pour comprendre les problmes
fonciers, si elles constituent dÕindispensables faisceaux lumineux pour
clairer diffrents angles des phnomnes sociaux, peuvent galement produire
des effets dÕinintelligibilit quand elles sont employes de manire exclusive
pour saisir Ē lÕessence Č (et le sens) des phnomnes dont on entend
Ē rendre raison Č. On peut illustrer ce phnomne travers
Ē lÕinvention de la tradition Č par le chercheur qui ne distingue pas
soigneusement entre les donnes de terrain et la modlisation quÕil en tire.
Dans son analyse diachronique de lÕconomie politique des rformes foncires en
Cte dÕIvoire, et plus particulirement la loi de 1998 sur les droits fonciers coutumiers
qui redessine le rgime de transfert de droits entre Ē autochtones Č
et Ē trangers Č, Jean-Pierre Chauveau souligne lÕimpor-tance de ne
pas essentialiser les phnomnes observs mais de veiller les inscrire dans
un contexte historique et politique plus large. Les discours sur la
dcentralisation et sur le dveloppement participatif qui redcouvrent
Ē le local Č et les Ē savoirs endognes Č ont tendance
essentialiser ces derniers. Ils approchent ces ralits comme si elles taient
anhistoriques et non-inscrites dans des luttes de pouvoir, de domination et de
rsistance. LÕtude de Jean-Pierre Chauveau constitue une mise en garde envers
de telles approches idalistes dÕune gouvernance ou dÕun dveloppement durable
participatifs quÕil faudrait avoir lÕesprit lorsquÕon sÕimmergera dans
dÕautres contributions qui soulignent moins ces pesanteurs.
La dcouverte des
situations africaines se poursuit ensuite avec cinq contributions qui, chacune
leur faon, mettent en vidence lÕimportance, mais aussi les limites, dÕune
gestion participative du foncier et des ressources naturelles. Ē Local
is lekker. Č, Ē le local, cÕest bon Č, lance Renaud Lapeyre dans le titre
de sa contribution sur la mise en place dÕune gestion participative de parcs
naturels en Namibie. Sa rflexion porte sur le rle du secteur priv dans le
dveloppement endogne. Alors quÕune rforme foncire plus profonde apparat
comme incontournable, si lÕtat namibien souhaite promouvoir efficacement le
dveloppement rural durable, on voit actuellement merger un nouveau paradigme
et une nouvelle forme institutionnelle face aux limites des structures
communautaires : les contrats de joint-ventures qui lient les
communauts locales au secteur priv pour la mise en valeur des actifs naturels
des territoires. Si ces contrats locaux bass sur une scurisation des droits
fonciers des communauts permettent une redistribution de la rente touristique
vers les populations rurales, la situation reste nanmoins instable puisque
cette structure institutionnelle est source de conflits et marginalise encore
trop les conservancies. Les enjeux de la participation du
Ē local Č et de la prise en compte des logiques et pratiques
endognes continuent ensuite tre clairs par Robinson Tchapmgni et
Christian Adonis Milol qui nous introduisent la ralit foncire du Cameroun,
en quelque sorte par les deux bouts de la lorgnette. Robinson Tchapmgni, juge,
expose les difficults provenant dÕune dconnexion, qui semble sÕexacerber,
entre un droit de la proprit foncire tatique et les rgimes de
Ē proprit traditionnelle Č qui constituent une ralit bien vivante
bien quÕils ne soient pas reconnus lgalement. Christian Adonis Milol, quant
lui, sÕintresse aux jeux et enjeux fonciers travers lÕtude de la mise en
place dÕun ambitieux programme de rforme de la politique forestire et de
gestion durable des ressources forestires renouvelables entrepris par le
Cameroun depuis 1994. Cette rforme qui sÕest traduite dans les faits par la
promotion de la gestion participative et dÕune foresterie sociale avec
lÕinstitution dÕune nouvelle catgorie de forts (les forts communautaires) et
dÕespaces (territoires de chasse communautaire) donne lieu une analyse qui se
place explicitement dans lÕentre-deux entre institutions tatiques et
communauts locales. Il apparat que les mcanismes de gestion
participative/communautaire proposs reposent en dernire analyse la plupart du
temps sur un modle occidental prtabli qui sÕinspire peu des modles
autochtones lesquels pourtant fonctionnent dj. Les populations dsabuses
commenceraient mme rsister aujourdÕhui aux pratiques de gouvernance locale
dans lesquelles elles ne se retrouveraient pasÉ LÕexprience malgache relate
par Mustapha Omrane confirme la vitalit des modes non-tatiques de gestion de
la terre, mais aussi la revendication croissante pour une scurisation foncire
formelle de la part des paysans dont la mise en Ļuvre ne pourra faire
lÕconomie dÕune reconnaissance des pratiques actuelles des exploitants ruraux
en la matire. Sigrid Aubert et Manuela Lesage concluent cette srie dÕtudes
sur le foncier rural par une tude de terrain La Runion, lÕun des
dpartements dÕOutre-mer franais. Le constat de la dfaillance du droit
tatique y a conduit la tentative de mettre en Ļuvre des approches plus
participatives, articules autour de lÕinstitution dÕune mdiation foncire.
Cette dernire pourrait bien contenir en germe une approche renouvele du droit
foncier lÕouvrant vers une gestion plus participative.
Nada Auzary-Schmaltz et
Jellal Abdelkafi concluent cette partie par une exploration du foncier
tunisien. Nada Auzary Schmaltz retrace lÕvolution de la lgislation foncire
tunisienne depuis son origine dans la promulgation de la loi foncire de 1885.
Cette loi exogne inscrite dans le contexte de la colonisation nÕaurait pu tre
quÕune lgislation de circonstance vite emporte par les vicissitudes de
lÕhistoire. Or, elle sÕest retrouve leve au rang de prototype peu de temps
aprs sa promulgation inspirant dÕautres lgislations. Elle a ensuite perdur
au prix de rformes ncessites par lÕvolution de la Tunisie et a constitu le
socle du droit positif foncier postrieur lÕindpendance en 1956. Aprs
avoir t pendant longtemps la dynamique dÕextension des surfaces agricoles,
lÕenjeu actuel du foncier tunisien semble de plus en plus tre la gestion du
foncier urbain. Jellal Abdelkafi montre lÕimbrication des phnomnes de
lÕurbanisation dans le processus de dveloppement dÕune part et dans la
construction juridique et institutionnelle de la Rpublique tunisienne dÕautre
part. En un demi-sicle, la pression des hommes et la concentration de leurs
activits sur le littoral ont modifi les territoires et les socits, parfois
de faon radicale. Elles ont bouscul les rapports traditionnels des
gouvernants et des gouverns et ont inaugur une tension exceptionnelle sur le
double front de la cration dÕemplois et de la production de logements. En ce
dbut de XXIe sicle, il sÕavre que la structuration juridique et
institutionnelle, incluant lÕimmatriculation de la proprit et lÕinscription
au livre foncier, reste inacheve et en partie alatoire. La dmocratisation
des institutions locales et la participation des citadins la planification
semblent ici aussi un lment dcisif pour affronter les dfis dÕune
urbanisation qui va se poursuivre avec intensit pour encore au moins un
demi-sicle.
Points de vue dÕInde
Faisant cho la rflexion de Jean-Pierre
Chauveau, la contribution introductive cette seconde partie explore
lÕconomie politique des relations entre environnement et dveloppement dÕune
part et la reconnaissance des droits des adivasi, ou populations indignes,
de lÕautre. Ajit Menon dmontre travers une analyse diachronique que dÕune
faon gnrale les droits des adivasi ont t faonns par les
priorits du Ē dveloppement Č et de Ē lÕenvironnement Č.
On ne peut nier ni les avances relles ni lÕimportance du champ du droit comme
forum de luttes o les activistes peuvent faire avancer lÕagenda de la
reconnaissance des droits. Mais lÕarticle souligne les limites du droit dans un
contexte politique o le dveloppement constitue la proccupation hgmonique
et o les reprsentations de lÕenvironnement qui ont voix au dbat sont surtout
celles des classes moyennes et urbaines et non pas celles des adivasi. Si la
reconnaissance des adivasi par le systme juridique tatique travers la
reconnaissance des droits coutumiers demeure un objectif important, cette
dynamique ne doit pas occulter les enjeux dÕune lutte plus large qui ose
affronter lÕide et les postulats mmes du
dveloppement. Les dveloppements de D. Parthasarathy compltent cette
analyse travers lÕtude de lÕexploitation des ressources minires qui sont
principalement localises dans des zones forestires habites par les adivasi, ou dans des zones
rurales dpendant largement de lÕagriculture comme source principale de revenu.
LÕauteur sÕinterroge sur les enjeux dÕune scurisation de lÕexploitation
minire artisanale traditionnelle et / ou informelle qui est la base de survie
pour de nombreux adivasi et dÕautres larges sections pauvres de la socit
indienne. Comment faire participer ces Ē exclus Č aux bnfices de
lÕexploitation minire et non pas seulement leur faire supporter ses externalits
qui se manifestent par exemple sous forme de dplacements forcs de populations
en vue dÕune exploitation minire industrielle de leur territoire ? La
reconnaissance et lÕarticulation dÕune pluralit des rfrents juridiques et
politiques semblent indispensables. Si le passage du gouvernement la
gouvernance, tel quÕil est promu par un ensemble dÕagences de dveloppement
nationales autant quÕinternationales dans leurs agendas de Ē bonne
gouvernance Č, est problmatique quant son contenu idologique, il ouvre
nanmoins des espaces susceptibles dÕaccrotre la participation authentique des
adivasi dans les processus de dveloppement et de gouvernance des ressources
naturelles. Lucie Dejouhanet, boucle cette premire vague de textes relatifs
aux droits des adivasi avec une tude plus gographique que politique sur
les droits dÕusage et de contrle des produits forestiers non ligneux de la
fort keralaise lesquels sont surtout exploits par des collecteurs adivasi pour alimenter
lÕindustrie pharmaceutique ayurvdique dvoreuse de plantes mdicinales. Les
cueilleurs se trouvent au centre dÕun jeu de rivalits auquel ils se plient et
auquel ils sÕadaptent en dveloppant des flux parallles ou en profitant des
brches dans les structures qui les encadrent. Ė lÕinstar des autres
contributeurs de cet ouvrage, lÕauteur ne manque pas de noter que malgr la
promotion dÕun discours de Ē participation Č la fort reste rgie de
lÕextrieur et les cueilleurs nÕont quÕun rle trs faible dans lÕorganisation
de leur activit. Si les cueilleurs bnficient dÕun droit dÕusage et sÕils
peuvent rcolter les produits, ils doivent faire confiance aux institutions ou
contourner le contrle des autorits en investissant des marchs parallles
pour sortir les produits de lÕespace de la fort. On constate aujourdÕhui une
politisation croissante des adivasi et un meilleur accs des
cueilleurs aux informations sur leurs droits et les diffrents dbouchs pour
les produits de leur cueillette. Cette situation pourrait mener lÕirruption
de la Ē socit civile Č dans le dbat autour de la gestion de
lÕexploitation des ressources.
Les deux contributions
suivantes de J. B. Rajan & T. P. Haribabu et dÕIgnatius Prabhakar, qui
quittent la problmatique des adivasi, nous prsentent deux autres
facettes de la Ē participation Č des acteurs de terrain leur propre
dveloppement, lÕune en partant du secteur Ē formel Č, lÕautre de
Ē lÕinformel Č. J. B. Rajan et T. P. Haribabu dcrivent la rforme
radicale de la dcentralisation au Krala qui attribue une grande autonomie aux
institutions de Panchayati Raj (Panchayati Raj Institutions Š PRI) dans le
domaine de la planification et de la mise en Ļuvre de projets de dveloppement
adapts lÕenvironnement local. Leur analyse se focalise plus particulirement
sur les pcheries maritimes et leur impact sur les cosystmes ctiers. La
gestion dcentralise du Panchayati Raj qui organise une autonomie
de dcision jusquÕau niveau des villages pousse trs loin la dcentralisation
et lÕessai dÕune mise en place dÕune dmocratie participative. Cette
architecture ne permet cependant pas de compltement rpondre aux besoins
locaux ni reflter les jeux politiques, conomiques, juridiques qui
sÕobservent sur les terrains. Ignatius Prabhakar approfondit cet enseignement
travers une exploration de lÕagriculture illgale dans les tangs-rservoirs
servant lÕirrigation au Sud de lÕInde, et plus particulirement au Tamil Nadu
et Pondichry. LÕempitement des populations locales sur les
tangs-rservoirs, bien quÕillgal et constituant une menace lÕexistence de
telles rserves dÕeau, est nanmoins largement rpandu et semble peru comme
une Ē infraction lgitime Č. La multitude de pratiques illgales et
stigmatises comme immorales Ē petite chelle Č forment nanmoins,
dans leur ensemble, une pratique dÕempitement des tangs-rservoirs qui semble
jouir dÕune lgitimit certaine puisquÕelle nÕest vritablement remise en cause
par personne. LÕauteur, qui privilgie une approche anthropologique, insiste
sur lÕimportance du politique local, sur les jeux et enjeux de pouvoir entre
les stakeholders locaux. Le Ē local Č qui sÕorganise de manire semi-autonome[20]
face aux institutions officielles nÕest pas un champ homogne[21].
Il constitue au contraire une arne o sÕaffrontent de multiples acteurs et
stratgies[22].
La cration dÕassociations dÕusagers dÕeau qui est promue depuis peu par le
gouvernement et les organismes non gouvernementaux dans une optique de bonne
gouvernance et de dveloppement participatif complexifient encore la situation.
Le transfert de la gestion et de lÕentretien des tang-rservoirs du
gouvernement aux associations sÕinscrit en effet dans une idologie qui peroit
le local comme un vacuum remplir et nie lÕexistence de structures et de
pratiques de gestion de lÕeau dj existantes.
Philippe Cullet introduit
un changement dÕchelle en se penchant sur la question des rformes du secteur
de lÕeau au niveau national. Leur ncessit sÕest affirme au cours des trois
dernires dcennies. Mais les rformes de lÕeau
proposes sont bases sur un nombre limit de principes considrs comme LA
solution approprie pour tous les pays en dveloppement. Elles sont centres
autour de lÕide que lÕeau doit tre considre avant tout comme un bien
conomique en vacuant toute autre perspective sociale. Le discours de la
participation et de la responsabilisation des acteurs qui les accompagne perd
ainsi en crdibilit. La formation dÕassociations dÕusagers, cense donner aux
usagers directs dÕeau dÕirrigation de surface un contrle plus important sur
lÕeau quÕils reoivent sous couvert de dcentralisation et de participation, ne donne pas dans
les faits, un contrle effectif aux agriculteurs sur lÕeau dÕirrigation. La Ē participation Č leur impose surtout la prise en charge de
la gestion des projets au niveau local. Elle lgitime un transfert des
responsabilits financires du gouvernement vers les agriculteurs. Si les
rformes actuelles sont importantes et redfinissent le cadre juridique du
droit de lÕeau pour les dcennies venir, elles ne sont cependant pas
satisfaisantes parce quÕelles ne prennent pas suffisamment en compte la
priorit qui doit tre accorde au droit de lÕhomme lÕeau et aux autres
aspects sociaux de lÕeau.
V. Balaji conclut cette
seconde partie en inscrivant la problmatique dÕun dveloppement durable en
Inde devant prendre en compte non seulement la croissance conomique mais aussi
la prservation de lÕenvironnement et la prise en charge de ses aspects sociaux
dans le contexte plus large des droits de lÕhomme. Comme la jouissance
effective des droits de lÕhomme implique la garantie dÕun environnement viable,
elle peut son tour concourir dvelopper une sensibilit plus grande aux
enjeux environnementaux. Aprs un rappel du contexte international, lÕauteur
retrace les volutions du droit indien dans lesquelles la jurisprudence de la
Cour Suprme joue un rle primordial. Une jurisprudence environnementale fonde
sur la reconnaissance des droits lÕeau potable, une atmosphre non pollue,
un environnement sain etc. sÕest dveloppe. Elle est fonde sur une
interprtation extensive de lÕarticle 21 de la Constitution indienne par la
Cour Suprme selon laquelle le droit fondamental la vie qui est reconnu dans
cet article comprend le droit un environnement qui puisse permettre une vie
saine. En Inde, le droit de lÕenvironnement qui rgule la gestion des forts,
de la pche et de lÕeau et qui a un impact considrable sur la vie et les
moyens de subsistance de nombreuses communauts se trouve par ce biais de plus
en plus coupl une approche des droits de lÕhomme.
Conclusions et ouvertures
Les
contributions cet ouvrage mettent en vidence la richesse des terrains et la
complexit de la question foncire qui est encore exacerbe par la prise en compte,
incontournable, des proccupations environnementales. Elles soulignent la
ncessit dÕenlever les Ļillres que constituent les approches idologiques,
quÕelles soient nolibrales ou autres, pour tre capable de prendre en compte
les contraintes et potentialits concrtes quÕil faudra apprendre articuler.
Deux enjeux abords dans la
recherche collective qui semblent bnficier dÕun contexte actuel (tout au
moins discursif) favorable leur approfondissement et qui dpassent la
question foncire et environnementale au sens strict, me paraissent
particulirement importants. Il sÕagit de lÕenjeu de la
Ē participation Č et de lÕenjeu de la Ē traduction Č et du
Ē dialogue Č qui lui est li.
De nombreuses contributions
ont soulign le potentiel mancipateur mais aussi les contraintes, les limites,
voire les effets pervers dÕapproches en termes de participation.
Ē LÕidologie de la participation Č promue par les agendas de
Ē bonne gouvernance Č et de Ē dveloppement durable Č ouvre
une fentre bienvenue la prise en compte des Ē ralits locales Č
tout autant en ce qui concerne la prservation de lÕenvironnement que la prise
en compte des besoins de survie des populations locales. CÕest en termes de
prise en compte de la complexit des situations qui ne se rsume pas la
vision que peuvent en avoir des experts du dveloppement et de la gouvernance
inscrits dans des logiques institutionnelles nationales et internationales
quÕil faut aborder ses enjeux. Le Ē local Č pur nÕexiste pas plus
quÕun Ē national Č ou un Ē global Č pur. Les diffrentes
chelles et les diffrents rseaux dÕacteurs et leurs actions sÕenchevtrent
chaque niveau. Or cette complexit reste souvent ignore dans des approches top
down
caractristiques de lÕaction politique, juridique et conomique et de plus
soumis la plupart du temps des points de vue sectoriels[23]. Si
approfondir les enjeux de la participation est bienvenu, il faut cependant
veiller ce que la rptition incantatoire du mantra de la participation ne
rende pas inaudible la diversit des logiques et des points de vue. Jean-Pierre
Olivier de Sardan (1995 : 189) rappelle les malentendus dans le dialogue
entre chercheurs en sciences sociales et oprateurs du dveloppement en
sÕinterrogeant sur la notion dÕenqute ncessaire la prise en compte des
ralits locales qui ne se rsume pas une attitude bienveillante une
thique de lÕouverture de la part des Ē dveloppeurs Č. Dire que lÕon
est Ē sensible au terrain Č nÕimplique pas forcment quÕon lÕest, si
lÕon ne se donne pas les moyens de lÕtre et que lÕon accepte de tenir
effectivement compte des enseignements dans son action. Aborder la complexit
des problmatiques foncires et environnementales dans des terrains donns
exige un travail rigoureux de recherche coupl une attitude dialogale qui
permet au chercheur de prendre conscience de la diversit et de lÕoriginalit
des visions du monde, logiques, pratiques, stratgies et enjeux impliqus,
prise de conscience qui doit ensuite tre traduite pour devenir accessible aux
acteurs institutionnels de la gouvernance et du dveloppement durable. Au-del
de lÕenjeu de ne pas la rduire la pure et simple dlgation
hirarchique de responsabilits aux excutants dÕun projet dcid ailleurs
et niant la participation lÕlaboration du projet lui-mme[24],
promouvoir la participation oblige sÕatteler la mise en place dÕespaces de
dialogue la hauteur des forums hybrides qui en sont la condition et o les
enjeux de la traduction sont centraux (voir Callon, Lascoumes, Barthe
2001 : 209 ss).
SÕengager sur les voies du
dialogue, ce qui est inhrent toute approche se voulant vritablement
participative, veille ainsi graduellement nos consciences lÕhorizon dÕun
pluralisme de visions du monde qui pourrait se rvler bien plus profond que ne
le suggrent les dveloppements de cet ouvrage[25]. Tout en
jetant un regard critique sur la gestion foncire et environnementale et tout
en dgageant un certain nombre dÕenjeux importants, cette recherche collective
ne sÕest cependant pas vraiment mancipe dÕun point de vue inform par le
vocabulaire et la grammaire dominants des sciences sociales et humaines, du
politique et du droit. Tel nÕtait pas son objectif. Mais la dynamique a tout
de mme contribu aiguiser nos sensibilits lÕaltrit et a dmontr quÕun
dialogue entre disciplines et cultures diffrentes tait possible et pouvait
aller au-del dÕune simple juxtaposition de discours comme en tmoignent dans
cet ouvrage les enrichissements mutuels qui ont rsult des changes et qui se
sont cristalliss dans les contributions de certains des renvois explicites
aux ides de leurs collgues.
JÕespre quÕau-del de
lÕapprofondissement des questions foncires et environnementales, cet ouvrage
en promouvant un dialogue Ē Sud / Sud Č participera un dcentrement
de regards sur la gouvernance et le dveloppement durable qui restent domins
par les Ē Nords Č, mme si le croisement de points de vue africains
et indiens nÕtait pas uniquement le fait dÕIndiens et dÕAfricains, mais plus
largement de personnes travaillant sur ces rgions et sensibles leurs
situations. Un tel dcentrement permettra peut-tre de repenser autrement un
certain nombre de nos questions afin de dgager des modes de vie respectueux de
lÕHomme et de son milieu[26].
tant donn que ce livre
est le fruit dÕune dynamique de travail collective qui a t accueillie en Inde
en 2006, il semble appropri de conclure cette introduction par une
interpellation indienne, un appel de Rajni Kothari (1990 : 49-50, 63-64 ),
lÕun des importants politilogues indiens du sicle dernier pour qui :
Ē Increasingly, such a
quest for alternative systems of thought and being is making intellectuals turn
to non-Western cultures known for long standing humanist traditions and for
integrated perspectives on the human condition. What is the role of the Third
World in such a quest ? (É) It would be a real tragedy if cultures strong
in speculative thought and deductive logic were to fall prey to the lure of
positivist science, imported from the West at a time when the world was in fact
crying out for new worldviews and meaning and value systems. (É) First,
modernity is not something that can be wished away. Both as a doctrine of life
and a guide to prudence, and as a framework for attending to the affairs of
society, it has shaped our world in a fundamental manner, so fundamental,
indeed, that we so often call it the Ōmodern worldÕ. Modernity is not just
Western or Occidental ; it is part of us all. (É) Secondly, it is incumbent
upon us all Š in the West and in other regions Š to relate this presently
dominant tradition to other civilisational traditions and meaning systems, and
to evolve a process of critical interaction between them. (É)
To the western mind,
science, like all knowledge, is an instrument of secular power for creating a
good social order. We must reject this as at once inadequate and dangerous. It is
dangerous because power as the end of knowledge usually degenerates into power
of the few over the many. It is inadequate because creation of a good social
order can be no more than a means, the end being the liberation and
self-realisation of each being. We come here to the Oriental conception of
knowledge as a means of seeking truth which, in turn, is a means of liberating
the self. (In Oriental thought truth is not an end in itself.) This harmonises
perfectly with the conceptions of diversity and decentralization. But GandhiÕs
basic principle must be borne in mind, namely, that such liberation is to be of
all individuals, not only of the educated and the better-off. Such a conception
rejects the dualism inherent in the Western paradigm and seeks the ends of
individuals as well as of society in a composite philosophy of nature. With
this also, incidentally, the discord between development and ecology disappears. Č
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[1] Entendu comme Ē tre humain Č.
[2] Pour une
prsentation de ces approches de la Ē nature sujet Č et sur les
problmes quÕelles soulvent pour penser un droit de lÕenvironnement, voir Ost 1995.
[3] Notons que les
prmisses naturalistes sous-jacentes cette approche sont fondes sur le grand
partage entre Nature et Culture ne vont pas de soi et ne sont en rien
universelles. Philippe Descola (2005 : 127-128) sÕinterroge ainsi : Ē Est-il
encore plausible de ranger parmi les universaux une opposition entre la nature
et la culture dont lÕantiquit ne remonte gure au-del dÕun sicle ?
Faut-il (É) conserver un dcoupage du monde aussi historiquement dtermin pour
rendre compte des cosmologies dont maintes civilisations nous offrent encore le
vivant tmoignage ou qui, consignes dans les rayons de nos bibliothques,
nÕattendent que notre curiosit pour revivre ? Č Il y rpond par la
ngative et son appel une approche Ē par-del nature et culture Č
permettant de Ē rflchir la diversit des usages du monde sans cder
la fascination du singulier ni lÕanathme contre les sciences
positives Č nous parat important dans le contexte actuel.
[4] Et mme en tant
seuls faudrait-il encore inventer un mode de relation notre environnement.
Lire dans ce contexte la rflexion de Franois Ost (2004 : 205 ss) sur le
roman de Daniel Defoe et sur le mode de relation au monde en termes
dÕappropriation quÕil vhicule.
[5] Sur le passage
de la notion Ē dÕenvironnement Č celle de Ē milieu Č voir
par exemple Ost 1995, Papaux 2007.
[6] Voir aussi les
dveloppements sur Ē Le patrimoine, un statut juridique pour le
milieu Č dans Ost 1995 : 306 ss.
[7] Voir aussi sur
cette approche Barrire 2005.
[8] Sur les enjeux
de lÕexplosion urbaine et la mondialisation, se reporter au Volume 14 2007/2 dÕAlternatives
Sud
entirement ddi cette thmatique.
[9] Voir ce sujet
les analyses de Callon, Lascoumes et Barthe (2001) sur lÕmergence des forums
hybrides et des enjeux dont ceux-ci sont porteurs. Les rapports dialogiques et
lÕimportance du paradigme de la traduction branlent en effet profondment nos
approches modernes de la science et du politique. Voir aussi plus
particulirement sur les rapports entre les sciences et le droit de
lÕenvironnement Gutwirth 1996.
[10] Lire comme
illustration de ce point par exemple, lÕanalyse critique que fait Joseph
Stieglitz (2002) des programmes dÕajustement structurels quÕa imposs le Fonds
Montaire International de nombreux pays les menant ainsi au dsastre. Selon
lÕauteur, lÕaveuglement du FMI face certaines ralits rsulterait du fait
que son action, plutt que dÕtre base sur une analyse conomique et
financire Ē neutre Č, sÕinscrit dans une idologie qui ne souffre
pas la contradiction.
[11] Sur les
ambiguts du concept de gouvernance voir par exemple, Arnaud 2003 : 330
ss & Baron 2003.
[12] Voir sur cette
ambigut entre science et idologie et sur les enjeux dÕun travail de terrain
dans le domaine du foncier
chappant la chape idologique, la rflexion de Frank Muttenzer (2002) sur
lÕintrouvable gouvernance de la biodiversit Madagascar. Voir aussi de
manire plus gnrale, sur lÕidologisation de la Ē gouvernance Č
travers la promotion de la Ē bonne gouvernance Č Arnaud 2003.
[13] Comme par
exemple, les enjeux de croiser logiques et attentes environnementales,
conomiques et sociales des chelles locale, nationale, rgionale et
mondiale.
[14] Une publication
rcente de la dynamique de recherche internationale Ē Droit, gouvernance
et dveloppement durable Č coordonn par les Facults universitaires Saint
Louis Bruxelles (voir Eberhard 2005 et 2006), coorganisatrice de la prsente
recherche en est une illustration, ainsi que la recherche sur la
Ē traduction Č qui est actuellement mene au sein de son Sminaire
Interdisciplinaire dÕtudes Juridiques.
[15] Dans le cadre de
la dynamique Ē Droit, gouvernance et dveloppement durable Č il est
prvu de mener un travail comparable entre chercheurs indiens et chinois. Par
ailleurs, un colloque international Ē Droit, gouvernance et dveloppement
durable. Les nouveaux chemins de la responsabilit Č qui se tiendra
Bruxelles en octobre 2007 runira des chercheurs des cinq continents.
[16] Outre les
membres du Comit consultatif dont la liste figure en dbut dÕouvrage, T. V. Kamalambal
qui sÕest occupe de la mise en page finale de lÕouvrage, Tai Walker qui a relu
les textes anglais, N. Ravichandran qui a ralis la couverture, lÕIFP, Alain
Karsenty, Manuela Lesage et Jean-Pierre Muller qui ont mis notre disposition
les photos pour la couverture et tous ceux qui ont particip de prs ou de loin
lÕorganisation de cette dynamique de recherche, jÕaimerais remercier plus
particulirement pour leur soutien dans cette entreprise collective David
Annoussamy (AFAD / Socit de droit compar), Kandasamy Chandrasegaran (Dr.
Ambedkar Government Law College, Pondicherry), Marie-Claire Foblets (AFAD),
Abdul Razak Kaffur Khan (Dr. Ambedkar Government Law College, Pondicherry),
tienne Le Roy (AFAD), Jean-Pierre Muller (IFP) et Laurent Pordi (IFP).
[17] Les participants
taient anthropologues, conomistes, gographes, juristes, politistes, juges et
urbanistes. Ceci explique la non-uniformit du langage employ dans les
diverses contributions pour renvoyer des phnomnes similaires. Pour une
synthse des diffrentes approches politique, conomique, juridique,
anthropologique autour de la property et sur les dangers et
enjeux dÕune dmarche interdisciplinaire qui court toujours le risque de ne
devenir quÕun cherry picking slectif par une discipline dans dÕautres pour
enrichir son argument voir von Benda Beckmann & Wiber 2006 : 4ss. Sur
les requis mthodologiques dÕune approche interdisciplinaire du foncier voir
par exemple Le Roy, Karsenty, Bertrand 1996, plus spcialement p 185 ss.
[18] Pour une prsentation du droit indien
moderne et de ses enjeux voir par exemple Annoussamy 2001, Galanter 1992,
Menski 2003. Voir aussi Menski 2006.
[19] Sur ces
questions le lecteur se rapportera avec intrt aux travaux de Pierre Legrand
(voir par exemple Legrand 1999) qui met en vidence les enjeux lis la
traduction juridique et un droit compar sensible lÕaltrit et qui les
illustre travers une comparaison entre traditions civilistes et Common Law. Voir aussi sur
le dfi de lÕaltrit en Droit, Eberhard 2003.
[20] Voir dans ce
contexte les importantes rflexions de Sally Falk Moore sur les champs sociaux
semi-autonomes quÕelle dveloppe et illustre de manire approfondie dans Moore
1983.
[21] et certainement
pas un ensemble de coexistance harmonieuse tel que se le reprsente une
certaine idologie du Ē small is beautiful Č ou Ē local
is beautiful Č qui semble imprgner une bonne partie des discours sur la
Ē participation Č.
[22] Voir sur ce
point les rflexions sur les arnes et groupes stratgiques en jeu dans le
dveloppement local dans Olivier de Sardan 1995 : 173 ss.
[23] Notons sans
lÕapprofondir et en reconnaissant que nous pchons ici nous-mmes par lÕemploi
de ce vocabulaire, que les analyses Ē global / local Č, Ē top
down / bottom up Č contribuent entretenir un dualisme dans
lÕorganisation des donnes et de nos discours qui est problmatique et quÕon
essaye dÕailleurs de dpasser travers de nouveaux concepts comme
Ē glocal Č (Arnaud 1998), Ē study through Č (Randeria 2002).
Ces divisions reproduisent les grands partages voqus plus haut entre nous et
les autres, les sujets et les objets, lÕuniversel et le particuler, la thorie
et la pratique etc. et nous inscrivent par ailleurs dans le principe de
lÕenglobement du contraire dgag par Louis Dumont et dont jÕai explicit
quelques implications dans nos manires dÕaborder le Droit dans Eberhard 2002
et 2003.
[24] Voir sur ces
questions par exemple Campbell 1997, Eberhard 2006 : 145 ss, Eberhard
2007, Rahnema 1997.
[25] Voir sur ces
horizons pluralistes par exemple Eberhard 2002, Panikkar 1982 & 1990,
Vachon 1990, 1997 & 1998.
[26] Voir dj dans
cette optique Eberhard 2005 et 2006.