Christoph Eberhard (dir.)
Traduire nos responsabilits plantaires.
Recomposer nos paysages juridiques.
Bruxelles, Bruylant, 2008, 764 p.
Notre monde rtrcit. Nous prenons de plus en plus conscience de sa finitude et de sa fragilit. Cette prise de conscience nous renvoie notre propre finitude et notre propre fragilit, aussi bien en tant quÕtres humains individuels, quÕen tant quÕhumanit dans son ensemble. Une question fondamentale surgit : comment tablir un rapport avec cette nouvelle ralit ? Comment, non seulement prendre acte passivement dÕune transformation de nos conditions de vie, mais agir dans ce nouveau cadre ? Comment faire merger une nouvelle thique pour notre action collective ?
Ces dernires dcennies, nos manires dÕorganiser et de penser le vivre-ensemble ont connu des changements sensibles. Que ce soit dans nos approches du politique, du juridique, de lÕconomique, de lÕenvironnement, nous avons commenc nous manciper progressivement dÕun cadre de rfrence moderne. Des approches plus segmentes, plus pyramidales, plus normatives ont petit petit cd leur place des approches plus participatives, plus rticulaires, plus dialogales. La vise de croissance conomique a t remplace par une approche de dveloppement durable qui enjoint dÕquilibrer les ples conomique, social et environnemental. La forme du gouvernement classique a t dtrne et mise en concurrence avec des approches en termes de Ē gouvernance Č. La protection de lÕenvironnement ne se rsume plus la protection de certaines espces, voire de certains sites, mais elle est devenu une proccupation globale.
Ces mutations politico-juridico-conomiques sÕinscrivent dans un horizon plus vaste : celui de la redfinition de nos responsabilits dans un monde globalis qui devient de plus ou plus fragile et incertain. Nous avons dpass le seuil o nous pouvions agir sans trop nous poser de questions. La pression dmographique, les impacts de nos styles de vie sur nos environnements, lÕinterconnexion croissante de nos vies doivent dsormais tre abords de front. Nous devenons responsables non plus uniquement de nos actions passes, mais des effets futurs quÕelles peuvent produire. Nous ne sommes plus simplement responsables de lÕeffet individualis de nos actions, mais nous devons prendre en compte lÕeffet collectif de nos actions individuelles.
La pense moderne tait porteuse dÕhistoire. Elle sÕinscrivait dans une mythologie du progrs infini. LÕge dÕor serait atteint dans le futur par un progrs constant de lÕHistoire avec un grand Ē H Č. Contrairement dÕautres cultures qui interprtent la situation de lÕhumanit dans des termes plus cycliques et dont certaines insistent sur le fait que lÕge dÕor se situe plutt dans le pass, la vision moderne se caractrisait par la foi optimiste que lÕHomo Faber saurait tre lÕagent dÕun monde meilleur. Les progrs technologiques ont dans un premier temps soutenu cet optimisme avant de nous confronter des dfis porteurs dÕune mutation profonde de notre rapport au monde. Comme le rsume fort bien Guillaume de Stexhe (2005 :106),
Ē Cette
imbrication du dveloppement de nos pouvoirs techniques et de
lÕauto-affirmation de la libert sÕest progressivement noue dans une dynamique
dÕappropriation de notre avenir par nous-mmes. En ce sens, on peut
caractriser la modernit par un rapport lÕavenir en tant quÕobjet dÕun
projet. Mais lorsque le dveloppement des pouvoirs techniques et sociaux menace
la possibilit mme dÕun avenir, alors le sens de nos capacits et de notre
rapport lÕavenir sÕinverse. Car de cet avenir devenu fragile mane alors une
rquisition qui convoque liberts et pouvoirs, et les ordonne lÕobligation
de lÕavenir (selon le titre
significatif dÕun moment-cl de lÕouvrage de Jonas. [É] Il y a donc mutation de
sens de ce qui structure au plus profond lÕaventure moderne : le
dveloppement de nos pouvoirs, mus en responsabilits, et le rapport
lÕavenir, qui passe du projet lÕobligation. Č
LÕavenir devient donc une responsabilit qui nous incombe. Si nous la prenons au srieux, cette responsabilit doit se traduire dans nos styles de vie prsents. La question se pose : comment traduire nos responsabilits plantaires ? Et tout dÕabord comment les dfinir ? Comment ne pas tomber dans le pige dÕignorer nos prsents et nos passs en nous focalisant sur le futur ? Comment sÕmanciper du mythe mme dÕun futur ? Peut-tre y en a-t-il autant que de cultures, mme sÕil devient aussi ncessaire de dgager des horizons de comprhension et dÕaction partags ? Le mythe moderne a t souvent implment dÕune manire qui acceptait plus ou moins explicitement, plus ou moins cruellement, que lÕon ne Ē pouvait pas faire dÕomelette sans casser des Ļufs Č, et quÕil tait donc normal que certaines populations, certaines gnrations, certaines expriences humaines soient sacrifies sur lÕautel du dveloppement pour permettre lÕmergence dÕun futur meilleur. Or il semble que ce mythe vacille : le roi est nu. Pour une grande majorit de la population humaine, les promesses de la modernit nÕont pas t tenues. Le temps est peut-tre venu de tenter de dgager des alternatives Š oui, nous disons bien DES alternatives, le pluriel est de mise bien que logiquement il ne devrait y en avoir quÕune.
Car sÕil y a enjeu de Ē responsabilit Č, celui de la traduction y est corollaire plusieurs titres[1]. Tout dÕabord, dans le sens dj indiqu plus haut, supposer que nous puissions dfinir ce en quoi consistent nos nouvelles responsabilits, il faut encore les traduire en institutions, mcanismes, procdures, manires de faire permettant de les actualiser dans notre vivre-ensemble. Mais dans un second sens, lÕide de responsabilit mme renvoie par sa racine tymologique la notion de rpondre. Or toute rponse implique un appel et une rponse cet appel. Elle implique donc un dialogue. Et tout dialogue, sÕil ne se rsume pas la traduction, comporte un enjeu de traduction. Comment comprendre ce qui mÕest adress, comment me faire comprendre mon tour ? Comment dgager ensemble un horizon de sens et dÕaction commun ?
De nos jours, lÕexigence de traduction et de dialogue est mise en exergue, dans des approches qui ne sont plus fragmentaires, mais plutt holistes, a fortiori lorsque nous nous intressons la traduction de nos Ē responsabilits plantaires Č. Le Droit, entendu comme ce qui met en forme et met des formes la reproduction de notre vivre-ensemble[2] est de moins en moins conu comme un ordre qui sÕimpose partir dÕun point de fuite objectif surplombant lÕespace du social, mais davantage comme invention et mise en Ļuvre collective de manires de dire et de faire. Ė cette pluralisation de nos approches, sÕajoute lÕmergence aux niveaux tant globaux que locaux de Ē plurivers Č (voir Eberhard 2008b). Si la globalisation au sens conomique et financier contribue effectivement une certaine homognisation du monde, dÕautres formes de globalisations Š telles les diverses globalisations culturelles et altermondialistes Š font entendre des points de vue qui jusque rcemment nÕavaient pas vraiment voix au chapitre. Il sÕagit donc de sÕengager dans un dialogue avec toutes ces visions du monde qui ont jusquÕici t museles ou ont t mises sous tutelle par la pense moderne, laquelle, si elle ne niait pas carrment leur existence, les construisait au mieux comme survivances du pass, qui ne tarderaient pas disparatre.
Au-del de lÕhorizon thique indispensable que constitue le dialogue, on peut sans doute aussi y voir une occasion, pour ceux dÕentre nous qui sommes marqus par la culture moderne dÕoprer une anthropologie du dtour, qui en nous ouvrant lÕautre, nous fait aussi entrevoir des possibilits insouponnes dans nos propres approches. Des approches vritablement dialogales[3] pourraient bien contribuer nous aider reposer de manire fondamentale la question de la manire dÕtablir un lien avec nos fragilits et finitudes individuelles et collectives. Car si nous sommes conscients Ē que quelque chose ne va pas Č, que des diagnostics pointent de plus en plus clairement les problmes, nous restons nanmoins prisonnier de nos manires fondamentales de poser les questions. Il y a presque vingt ans, Robert Vachon (1990 : 22) de lÕInstitut Interculturel de Montral notait en introduction un ouvrage provocateur sur des alternatives au dveloppement,Š et ses remarques nÕont rien perdu de leur pertinence Š que
[lÕ]Ē On commence
se poser des questions sur sa notion mme, mais cette fois dans son
ensemble : le dveloppement est-il une bonne chose ?Õ ŌFaut-il
refuser le dveloppement ?Õ ŌEst-il un requis universel ?Õ Des livres
et des articles paraissent : La fin du dveloppement, Il tait une fois
le dveloppement, LÕaide qui tue, La victoire des vaincus, Alternatives
lÕconomie, Aprs le dveloppement, quoi ? etc.
Mais il y a comme une sorte de loi de gravitation du dveloppement, trs
difficile surmonter, qui fait en sorte quÕon rpond toujours ces questions,
en disant, tout dpend de quel dveloppement vous parlezÕ. On laisse entendre
quÕil existe un prsuppos qui ne devrait jamais tre remis en question :
le dveloppement. On ne parle plus alors que de dveloppement alternatif :
Ōplus humain, plus authentique, autonome, cologique, endogneÕ, ou encore
Ōtransculturel, interculturel, intgral, globalÕ. On fait alors du dveloppement
un besoin fondamental, non seulement de lÕOccident mais aussi de lÕtre humain
o quÕil soit. Il devient pratiquement impossible de parler dÕalternatives au
dveloppement sans rduire lÕexpression signifier alternatives un
certain dveloppement. Or, ce dont ce livre parle,
cÕest surtout dÕalternatives au dveloppement tout court, toute forme de
dveloppement, et donc au dveloppement alternatif. Le titre est dlibrment
provocateur. Aussi, court-il le risque dÕtre incompris, comme tant oppos
tout dveloppement ou comme lui prconisant un substitut. Ce qui nÕest pas le
cas. Il sÕagit plus prcisment dÕun appel au dialogue entre le dveloppement
alternatif et les alternatives au dveloppement. DÕo le sous-titre :
approches interculturelles la bonne vie et la coopration
internationale. Č
LÕintroduction[4] un ouvrage collectif nÕest certes pas un confessionnal, mais je dois avouer que jÕaurais rv aboutir une telle publication, dialogale au sens profond du terme, ce qui Š cela va en rassurer certains et dcevoir dÕautres Š nÕest pas le cas. LÕtendue des dialogues qui ont men cet ouvrage collectif, la diffrence des topoi o se situaient les diffrents participants, bien quÕallant bien au-del de ce qui se fait gnralement en termes de recherche collective, restent nanmoins assez largement circonscrits lÕintrieur des paradigmes des sciences sociales et humaines modernes, mme si pour certaines dans leurs mutations postmodernes.
Ceci implique des avantages et des inconvnients comme le montrera un bref survol de la dynamique de recherche. Commenons par les derniers.
Cet ouvrage est lÕaboutissement dÕune recherche collective initie aux Facults universitaires Saint Louis Bruxelles en 2004 et qui a donn lieu plusieurs publications collectives, certaines plus globales, dÕautres plus rgionales[5]. Il runit les contributions, retravailles, prsentes lors du colloque international Droit, gouvernance et dveloppement durable. Les nouveaux chemins de la responsabilit, accueilli par les Facults universitaires Saint Louis Bruxelles du 25 au 27 octobre 2007. LÕobjectif initial de la dmarche collective tait de scruter les mtamorphoses du vivre-ensemble contemporain lÕheure de la globalisation en sÕintressant la restructuration des champs de notre agir collectif travers les notions de plus en plus omniprsentes de Ē gouvernance Č et de Ē dveloppement durable Č. SÕil sÕagissait de comprendre, de mettre en lumire des dynamiques mergentes, il paraissait indispensable de ne pas se cantonner dans des analyses purement techniques. Il fallait oser accepter deux enjeux qui bien quÕtant thiques sont au cĻur de la question de la redfinition de lÕorganisation de notre vivre-ensemble : celui de notre agir responsable dans ce monde en mutation et celui du dialogue interculturel, auquel je suis particulirement sensible par mon enracinement dÕanthropologue du Droit. Si le bilan me semble positif quant au premier enjeu, il est beaucoup plus nuanc quant au second. Il sÕest confirm quÕil est en effet trs difficile dÕouvrir nos espaces de rflexion acadmique et les forums de dcision et de pratique politique, juridique et conomique lÕinterculturalit : cette dmarche nÕest pas vraiment prvue dans nos systmes de connaissance et dÕaction et demande un engagement individuel et collectif trop important de la part de personnes dont Ē ce nÕest pas la spcialit Č et dÕun systme qui nÕen peroit pas encore vraiment toute lÕimportance. LÕinterdisciplinarit et le dialogue entre experts provenant dÕhorizons culturels diffrents Š bien que partageant une matrice thorique de sciences sociales et humaines commune Š pose dj des enjeux majeurs de dialogue et de traduction.
Deux tentatives abouties de recherche collective dans le cadre du programme Droit, gouvernance et dveloppement durable que jÕai coordonn sont une illustration de la difficult de sÕouvrir radicalement dÕautres manires de penser le monde et la mise en forme de notre rapport avec lui et nos congnres. La publication collective sur le pluralisme juridique en Inde que nous avons coordonne avec Nidhi Gupta, tout en runissant des chercheurs indiens et internationaux intresss par les enjeux interculturels nÕa finalement dbouch Ē que Č sur un ensemble dÕanalyses sur le pluralisme juridique, lÕarticulation des systmes Ē modernes Č et Ē traditionnels Č, mais sans finalement nous apprendre beaucoup sur ces systmes en tant que tels (Eberhard et Gupta 2005). De mme, la recherche collective sur les enjeux environnementaux et fonciers dans un dialogue afro-indien que jÕavais lanc avec lÕespoir de faire merger des points de vue Ē du Sud Č sur ces questions, tout en apportant de prcieuses contributions sur les enjeux du foncier et de la gestion des ressources naturelles dans des contextes africains et indiens contemporains, ne sÕest finalement pas vraiment mancipe des cadres formels modernes. Le dialogue entre monde francophone et anglophone de la recherche, entre systmes formels englobant de Common Law, ou de tradition civiliste tait en soi un enjeu majeur, qui ne laissait plus beaucoup de place la dcouverte des conceptions autochtones africaines et indienne, Ē non-modernes Č ou Ē non-formelles Č, mais qui restent dÕune vitalit extraordinaire et forment la matrice de la rappropriation par les acteurs des institutions lgues par la colonisation[6]. LÕautre enjeu tant que dans les formes hgmoniques de savoir, ces savoirs, savoir faire et savoir tre ne comptent pas vraiment. Ils peuvent tre intressant pour des ethnologues pour en faire des ethnographies. Ils peuvent tre voqus dans des rapports dÕvaluation de projets pour se donner la bonne conscience, que lÕon a quand mme Ē cout lÕautochtone Č. Mais cela sÕarrte l. Dans notre rflexion et dans lÕlaboration de nos projets de socit supposs participatifs, ces ralits demeurent fondamentalement invisibles et inaudibles. On ne prend aucunement au srieux ces visions du mondeÉ Dans une vision mancipatrice, tout un toilettage pistmologique incluant une sociologie des absences serait un pralable ncessaire des dmarches se voulant vritablement dialogales ou interculturelles[7].
Je ne peux rsister ici, avant de passer aux acquis positifs de notre recherche collective, de faire partager au lecteur lÕexprience vcue par Peter Raine (2001 : 3-4) dans une runion informelle de prparation d'audiences sur un projet de dveloppement contest qui ncessitait des consentements l'attribution de ressources pour la construction d'une centrale gothermique dans le nord de la Nouvelle Zlande et qui regroupait promoteurs du projet, gologues, acteurs intresses de la socit civile et porte-parole de la tribu maorie locale, les Ngapuhi[8]. Son tmoignage, reproduit dans lÕencadr ci-dessous, condense toute la problmatique du dialogue interculturel dans la formulation et la mise en ouvre de projets de vivre-ensemble dÕune faon trs vivante, et par cela bien plus parlante quÕun simple rsum analytique ou conceptuel. Elle met par ailleurs en exergue les enjeux de la participation, de nos approches environnementales et conomiques que nous retrouverons tout au long de cet ouvrage.
LÕextrait est long par rapport aux standards habituels de citation. Mais cette longueur me parat justifie. En effet, la construction des Ē silences Č, laquelle nous nous sommes rfr plus haut, se fait dans une large mesure de manire implicite. Tout discours sÕinscrivant dans un paradigme, ceux qui sont lÕaise dans le paradigme pourront exprimer leur pense de manire trs succincte : leurs mots seront trs denses, chargs de sens et dÕimplications car ils portent en eux toute lÕpaisseur que leur a donne une communaut interprtative[9]. En revanche, pour dire des choses diffrentes, il est ncessaire non seulement de dire, mais, dans toute la mesure du possible, de livrer de surcrot, les clefs dÕinterprtation. Ce qui signifie quÕil est ncessaire de placer davantage ce que lÕon a dire dans son contexte Š tout en sachant que lÕon aboutira au mieux une traduction imparfaite de notre vision travers le cadre interprtatif diffrent de Ē lÕautre Č. Cette ncessit de formats diffrents dans la communication nÕest gnralement pas reconnue. Il en rsulte que ce qui ne fait pas partie du systme a beaucoup du mal sÕy faire entendre. CÕest pourquoi tout au long de cette introduction, je recourrai lÕinsertion de certains encadrs qui aideront mettre en perspective nos analyses occidentales par des tmoignages qui sÕenracinent dans des univers de sens diffrent. Ceci me parat dÕautant plus important que ces visions culturelles diffrentes, avec lesquelles il faudra bien apprendre dialoguer pour ouvrir les horizons contemporains dÕun agir collectif responsable, sont pour ainsi dire totalement absentes de nos rflexions juridiques, politiques et conomiques sur la gouvernance, le dveloppement durable et les approches responsables de la globalisation. Bien entendu, il faudrait, afin de dgager de vritables horizons communs dÕaction responsable, sÕatteler des dialogues approfondis avec chacune de ces expriences, ce quÕil nÕest pas possible de faire ici. JÕespre nanmoins que ces perspectives Ē interpelleront Č le lecteur, veilleront sa conscience des horizons dÕaction insouponns, le rendront peut-tre mme curieux dÕen savoir plus, voire lÕinciteront sÕinterroger sur les implications de leur prise au srieux pour lÕlaboration de nos projets de socit contemporains[10].
Voici donc lÕexprience de Peter Raine (2001 : 3-4) :
Ē Le principal point litigieux tait l'impact
ngatif que le projet risquait d'avoir sur un ensemble de sources chaudes
naturelles qui prsentaient un intrt curatif et rcratif, mais taient aussi
considres comme des lieux sacrs par certains ans ngapuhi. La proposition impliquait le forage de puits
profonds pour le captage du fluide gothermique sous pression et surchauff.
Spar de la surface par une paisse couche de roche, ce fluide tait en plus
fortement toxique, comme l'avaient montr les forages d'essai. Ceux-ci avaient
dj affect le rgime de pression, entranant des modifications dans les
sources chaudes; un panchement avait totalement dtruit la vgtation native
aux alentours du site d'essai.
Les gologues l'emploi des promoteurs donnrent leur
description du champ gothermique selon les principes scientifiques,
prsentrent un expos raisonn et logique de la situation. Un an ngapuhi (ou kaumatua) expliqua ensuite ce que ce champ, connu sous le nom
de ngawha (lieu chaud), reprsentait
pour son peuple. Pour les Ngapuhi, les sources chaudes n'taient qu'une petite
partie du volcanisme plus large affectant la rgion ; chaque endroit chaud, cne de cendre ou
rhyolite, avait reu un nom en rapport avec un taniwha (tre ayant la nature d'un esprit)
souterrain. L'existence des sources chaudes tait due au fait que l'pine
dorsale du taniwha perait
la surface cet endroit. Le champ gothermique plus vaste tant pour les Ngapuhi entirement li au paysage environnant, le kaumatua considrait que le forage de puits dans la
terre cet endroit Š outre les dangers inhrents de telles activits Š
allait porter atteinte aux sources chaudes, mais aussi perturber l'harmonie de
toute la rgion.
Le groupe de scientifiques, promoteurs, amnagistes et
citoyens d'origine europenne continua de dbattre de questions pratiques, sans
prendre srieusement en considration l'intervention du kaumatua. On prenait acte du bout des lvres de la
vision des Ngapuhi, alors
que c'tait une description de la situation tout aussi cohrente, quoique
totalement diffrente. Le problme, c'tait que les deux parties, tout en
parlant de la mme rgion gothermique, offraient des explications radicalement
diffrentes de sa constitution et de ses origines. Si diffrentes qu'il n'y eut
en fait aucun dialogue, l'intelligibilit intrinsque de la vision des Ngapuhi tant, en l'occurrence, rejete par les
scientifiques et les autres qui, sans s'en rendre compte, jugeaient seule
valable leur propre description de la ralit.
Ce que cette situation avait de frappant, c'est que
chaque description, selon son propre ensemble de critres, prsentait une
vision du monde entirement lgitime, mais que la perspective scientifique
occidentale tait entrine, tandis que celle des Ngapuhi tait relgue dans le domaine du
Ē mythe Č. Loin de marquer une pause pour questionner la validit de
leur propre expos par rapport celui de l'an ngapuhi, les No-Zlandais non maoris ne mettaient
srieusement en question aucune de leurs hypothses, aucun de leurs
prsupposs. Dans la vision du monde occidentale, les faits primaient sur les
prsentations dites Ē mythologiques Č.
Lorsque des questions d'environnement sont abordes
dans la conversation gnrale, comme dans le cas que l'on vient de voir, le
questionnement s'y rapportant est essentiellement de nature statique. Les gens
ont tendance centrer leur attention sur ce qui se produit sur la scne
environnementale, c'est--dire les faits concrets de l'affaire ou du problme
en cause. On se demandera occasionnellement pourquoi la dgradation de
l'environnement se poursuit sans relche, mais il est rare que de srieuses
tentatives soient faites pour suggrer comment Ē nous Č allons rsoudre le
problme. Par Ē nous Č, j'entends n'importe quel Ē nous Č, car il n'est plus de
mise de laisser entendre qu'un groupe de gens appartenant une culture
particulire, ou un certain mode de perception de la ralit, pourra apporter
les solutions des problmes environnementaux complexes. La question du comment
soulve celle de la communication interculturelle, car bien que tous les
peuples habitent la mme Terre, tous ne la dcrivent pas, ou n'entretiennent
pas des relations avec elle, de la mme faon. Tandis que certains peuples
considrent leur environnement comme sacr, d'autres y voient une source
d'inspiration philosophique ; pour d'autres encore, c'est une question de
faits scientifiques ou une source de matires premires ayant une valeur
conomique.
Ces diverses affirmations mnent une trs importante
question : qui sera responsable de prserver des nuisances notre Terre
dispensatrice de vie ? CÕest l, videmment, une question
transformationnelle, car elle peut mener en dfinitive une interrogation
profonde sur la faon qu'on a de percevoir la ralit. Cela signifie que nous
pourrons avoir mettre en question nos propres hypothses et prsupposs
fondamentaux. Il a t longtemps admis que la rationalit de type occidental
tait l'unique critre pour discerner la vrit sur toute question donne; or,
il devient de plus en plus vident qu'il y a diffrentes faons de percevoir la
ralit, dont beaucoup peuvent tre incommensurables entre elles. La question
du comment nous amne examiner les fondements de l'intelligibilit qui
servent d'horizon l'laboration des diverses visions du monde, y compris la
ntre. Avant que de modernes gardiens de l'environnement puissent merger, il
faudra entreprendre un dialogue entre visions du monde diffrentes, de manire
dterminer ceux qui sont capables de parler et d'agir pour les lieux qui sont
les leurs, ainsi que les questions qui les concernent. Il n'est plus acceptable
de soutenir qu'un groupe, une culture ou une nation puisse dcider comment les
autres pourront tablir leur relation au monde naturel, et moins encore
d'attendre des autres qu'ils suivent l'exemple occidental. Ė l'poque moderne,
la science, la technologie et l'conomie se sont combines pour devenir une
force globalisante qui a men beaucoup de gens croire au concept idologique
de Ē village plantaire Č o tous les peuples seraient unis pour le bien de
toute l'humanit. [É]
Les mthodes occidentales de dialogue acceptes de nos
jours ont tendance chouer lorsque des gens reprsentant des visions du monde
radicalement diffrentes essaient de communiquer. Ce n'est pas une question de
diffrence de langues et d'expression culturelle seulement, mais plutt une
question d'horizons d'intelligibilit diffrents. Ces horizons
d'intelligibilit, et les dlimitations de chacune des visions du monde qui en
sont issues, prsentent une barrire apparemment insurmontable. Pour surmonter
l'cart entre visions du monde, il nous faut un nouveau Ē modle Č, un
Ē modle Č qui puisse dpasser et traverser les topoi, c'est--dire les lieux situs entre ces
visions du monde, o l'on peut trouver un terrain commun. Pour russir, un tel
Ē modle Č ne devrait pas seulement surmonter l'argumentation et la
dialectique, mais aussi faciliter l'change de sagesse, afin que le rsultat ne
soit pas une simple conversion de l'un l'autre, mais un enrichissement
mutuel. Č
La limite de notre projet collectif consiste dans le fait que nous ne sommes pas vraiment sortis, sauf petites ouvertures occasionnelles, de notre matrice de sciences sociales et humaines modernes. Mais quel en est lÕavantage ?
Il me semble que le souci continu de maintenir tout au long de notre effort collectif un vritable souci de dialogue, dÕouverture, de curiosit et de remise en question, a permis dÕouvrir plus grandement notre fentre occidentale. Pour reprendre une image dÕun texte clbre de Raimon Panikkar (1984b : 5) sur les droits de lÕhomme dans le dialogue interculturel afin de dcrire la situation pluraliste dans laquelle nous nous trouvons, notre monde nÕest pas uniquement le Ē monde objectif Č, qui serait entirement connaissable travers les lumires de la Raison. CÕest un monde que nous partageons mais dont font partie aussi les diffrentes perspectives que nous portons sur lui. Le monde est compos dÕune multitude de fentres. Et si le dialogue est dialogue entre ces fentres, il implique dÕune part dÕoser sauter de fentre en fentre pour pouvoir voir les choses diffremment, mais il implique aussi de traduire dÕune fentre lÕautre Š et ce faisant on ouvre plus grandement sa fentre dÕorigine car toute traduction rvle aussi les potentialits latentes de notre cadre de rfrence et permet ainsi dÕen tendre les bornes.
Notre travail collectif, en insistant sur lÕimportance dÕune dmarche diatopique, cÕest--dire consciente de la ncessit dÕenraciner continuellement nos discours et analyses dans leur cadre, leur topos, a permis de faire merger les problmes du dialogue. Comme le montrent de nombreuses contributions cet ouvrage, les termes de Ē responsabilit Č, de Ē gouvernance Č, de Ē participation Č, de Ē dveloppement durable Č, de Ē droit Č, pour nÕen citer que quelques-uns, tout en dvoilant des problmatiques semblables, sont abords de manires assez diffrentes selon les enracinements disciplinaires et culturels des chercheurs et praticiens. Lorsque lÕon demeure un niveau de dialogue superficiel, on peut avoir lÕimpression de parler de la mme chose, mais ds que lÕon creuse un peu on se rend compte, de tous les non-dits qui ont permis ce malentendu lequel entrine dans ce cas Š ce qui peut paratre paradoxal Š non pas un dsaccord, mais un accord[11]. Or ces non-dits ont des implications importantes qui deviennent rapidement visibles quand on passe de la discussion la mise en Ļuvre Š selon que la responsabilit laquelle on se rfre est moule principalement dans une conception politique, juridique, conomique ou thique, ses traductions dans lÕaction collective en seront fort diffrentes.
Ainsi la dmarche dialogale a permis de mettre jour des diffrences dÕapproche tout en soulignant la ncessit de prendre en compte ces diffrences non pas dans une logique dÕexclusion des contraires, mais dans la mesure du possible, dans une logique de complmentarit des diffrences.
Le caractre occidental, limite de notre recherche collective, me semble par ailleurs une chance. Tout dÕabord, on sÕaperoit que mme en travaillant sur les mutations juridico-politico-conomico-sociales dans un cadre occidental, lÕexigence de dialogue sÕaccrot. Aborder lÕaltrit, se soucier de dgager les diffrentes logiques, visions du monde qui informent les discours, pratiques et stratgies des parties prenantes (stakeholders) une problmatique particulire apparat de plus en plus comme une exigence incontournable. Ainsi lÕaltrit ne se trouve plus relgue dans le champ de Ē lÕexotique Č, du Ē lointain Č. Ce nÕest plus tellement un objet de recherche, mais une sensibilit qui doit tre introduite dans toute recherche, et dans toute action collective[12]. Cette prise de conscience invite sÕouvrir naturellement des dialogues de plus en plus inclusifs avec des visions de traditions de savoir enracins dans des matrices culturelles diffrentes. Mais on aura dpass ainsi le pige culturaliste, consistant se laisser fasciner par la diffrence, et y enfermer Ē lÕautre Č.CÕest ainsi que jÕai sciemment dcid dans cette publication de ne pas regrouper dans une partie spcifique les contributions touchant aux peuples autochtones et aux visions non-occidentales des questions du droit, de la gouvernance et du dveloppement durable, mais de les insrer dans les parties au dbat desquelles elles participent. Le lecteur sÕapercevra que finalement les enjeux de base se retrouvent partout, incluant bien sr lÕenjeu sous-jacent de mthode qui est de rester constamment vigilant sur les questions de traduction et de dialogue. Il nÕy a donc pas lieu de poser des distinctions a priori entre Ē nous Č et les Ē autres Č.
En outre, le fait dÕavoir travaill dans le cadre hgmonique et dÕavoir analys ses mutations, nous a confront une certaine exigence de pragmatisme. Ou, disons que nous nÕavons cess dÕtre confront un principe de ralit. En effet, sÕil me semble indispensable de commencer prparer des horizons dÕaction et de rflexion dpassant le cadre hgmonique actuel, il nÕen demeure pas moins que les transformations doivent se faire petit petit et en prenant appui sur le systme existant. Reprer les blocages, mais aussi les potentialits mergentes, dgager leurs implications dans les mondes du droit, de lÕconomie, de la politique est une tape quÕon ne peut sauter, si Ē traduire nos responsabilits plantaires Č nous tient cĻur. Les transformations de nos modes de vie, de nos institutions, de nos manires dÕorganiser lÕagir collectif et le vivre-ensemble ne peuvent que se faire pas pas. Il est tentant de Ē sÕchapper Č, de se complaire dans la contemplation Ē dÕavenirs qui chantent Č en construisant des utopies par dfinition atopiques. SÕil est ncessaire dÕoser imaginer des futurs possibles, et par l de renouer avec la tradition dÕutopie, lÕenjeu corollaire est de le faire en approfondissant nos investigations sur les possibles qui existent dj, comme nous y invite Boaventura de Sousa Santos pour qui nos utopies contemporaines devraient prendre la forme dÕhtrotopies, de dplacement des centres du savoir hgmonique vers ses marges Š ce qui fera merger nos yeux un nouveau monde, que jÕaborde pour ma part en termes de Ē plurivers Č[13]. Cette orientation pragmatique nous conduit aussi vers les questions dÕune mise en Ļuvre de la reconnaissance dÕaltrits et de leur mise en dialogue. Le dialogue nÕest pas quÕun enjeu philosophique ou thorique, cÕest une ncessit pratique. Cette constante rfrence au terrain souligne lÕimportance de toujours relier nos rflexions des terrains concrets Š ce qui permet dÕviter certaines impasses thoriques qui nÕexistent que dans le cadre de la thorisation pure, mais disparaissent ds lors que lÕon se situe dans une perspective de comprhension restant relie aux expriences concrtes[14].
Ces prliminaires tablis, il est temps maintenant de procder une introduction des contributions cet ouvrage. Comme lÕaura not le lecteur curieux en consultant le sommaire, nous procderons un voyage de dcouvertes en cinq parties. Tout dÕabord nous clairerons certains des pralables notre interrogation : quels sont les enjeux contemporains de la responsabilit et de la traduction ? Puis, nous voyagerons dans divers terrains relevant du champ Ē Droit, gouvernance et dveloppement durable Č. Je les ai regroups en trois parties qui reprennent les trois piliers que lÕon assigne au dveloppement durable : le pilier social, le pilier conomique et le pilier environnemental. Ainsi, la deuxime partie nous introduira plus particulirement aux enjeux de la prise en compte de la socit civile et de sa participation la Ē bonne gouvernance Č et au Ē dveloppement durable Č. La troisime partie illustrera les mutations relevant plutt de la sphre conomique travers les mouvements de responsabilit sociale des entreprises et de commerce quitable. La quatrime partie illustrera les dfis environnementaux. Enfin, la cinquime et dernire partie regroupent des contributions caractre plus Ē prospectif Č qui sÕinterrogent de front sur les mutations juridico-politiques contemporaines et leurs enjeux. On peut noter quÕactuellement lÕUNESCO prpare un rapport sur la diversit culturelle qui devrait paratre la fin de lÕanne. On envisage dÕy introduire la culture comme un quatrime pilier du dveloppement durable. Comme je mÕen suis expliqu plus haut, il me parat pour lÕinstant plus sage dÕintroduire de manire gnrale une sensibilit culturelle dans toutes nos analyses, ce qui a conduit ne pas attribuer de partie spcifique cette perspective. Le lecteur gardera lÕesprit que, bien videmment, tous ces piliers sont interconnects, et que certaines contributions auraient trs bien pu tre places dans des parties diffrentes. Par ailleurs, soucieux de mettre en vidence lÕarticulation des contributions qui tout en multipliant les terrains et les approches suivent un fil rouge, leur prsentation dans les pages suivantes mettra en exergue des passages reprsentatifs. JÕespre que la prsentation choisie semblera tout aussi logique et pdagogique au lecteur, quÕ leur humble serviteur et quÕil lui fera partager dans une certaine mesure lÕatmosphre dialogale dans laquelle sÕest construit cet ouvrage collectif. Prsentons en donc les parties, en dgageant chaque fois des acquis, en soulignant les enjeux et en proposant une remise en perspective interculturelle qui permettra de pallier quelque peu lÕinsuffisance de la sensibilit interculturelle du reste de lÕouvrage.
Sommaire
Introduction
Christoph Eberhard : Traduire nos responsabilits plantaires, recomposer nos paysages juridiques. Une introduction
Premire
Partie : Pralables : Enjeux de la responsabilit et de la traduction
Franois Ost : La septime cit : la traduction.
Xavier Thunis : La responsabilit : succs dÕun malentendu.
Guido Gorgoni : La responsabilit comme projet. Rflexions sur une responsabilit juridique Ē prospective Č.
Daniel Dumont : Responsabilisation et droits sociaux : en de ou au-del de lÕtat-providence ?
Yannick Rumpala : Le Ē dveloppement durable Č comme systmatisation dÕune gestion des consquences. Nouvelles responsabilits et traductions institutionnelles.
Daniel de Beer : Le brevet et lÕaccs aux mdicaments essentiels: le pas de danse des juristes, ou la difficult de la mise en responsabilit.
D. Parthasarathy : The Antinomies of Modernity and Sustainability? Developing an Indian perspective on Governance and Responsibility.
Deuxime
Partie : Le pilier social : La socit civile et les enjeux de la
participation
Laurence Blsin : Mouvements mergents et action collective. Apports du pragmatisme la notion de Ē citoyennet active Č.
Andre Lajoie et Pierre Noreau : Dveloppement durable et gouvernance autochtone.
Geoffroy Filoche : Le droit coutumier au service du dveloppement durable ? Enjeux et problmes de lÕarticulation et de lÕhybridation des normativits autochtones et tatiques.
Akuavi Adonon: Jeux de responsabilits et enjeux de gouvernances. Populations indignes et grands projets dÕinfrastructure tatique au Mexique.
Caroline Planon : Concertation et
responsabilit dans lÕlaboration des politiques publiques.
LÕexemple de la rforme foncire au Sngal.
Jean-Paul Segihobe : La responsabilit des partenaires au dveloppement dans le Bassin du Congo lÕpreuve de la Ē verdure Č du droit ? Envisager le droit autrement.
Sarah Kuen : La Participation du public en droit environnemental chinois.
Jim Dratwa : Public Action and Collective Experimentation. What Europe Through Proof?
Troisime
Partie : Le pilier conomique : Les mouvements de responsabilit
sociale des entreprises et de commerce quitable
Thomas Berns et Galle Jeanmart : La responsabilit qui sÕimpose : le cas de la responsabilit sociale des entreprises.
Marie-Andre Caron et Michle
Charbonneau : Pour une traduction multiple de la responsabilit :
engagement et action au pluriel.
Ivan Tchotourian : La compagnie, instrument futur dÕun Ē capitalisme stakeholder Č? La perception nouvelle du concept dÕĒ intrt social Č en droit nord-amricain et europen au service dÕun management en charge dÕmes.
Virginie Diaz Pedregal et Nil Ozcaglar-Toulouse : LÕinstitutionnalisation du commerce quitable : lÕmergence dÕune lgislation relative un commerce Ē diffrent Č.
Walid Abdelgawad : Le commerce quitable et la fabrique dÕun droit alternatif par les acteurs de la socit civile internationale.
Quatrime
Partie : Le pilier environnemental : Les dfis environnementaux
Delphine
Misonne : La loi et la protection de lÕenvironnement, une alliance qui
reste ncessaire?
Retour sur un vieux dbat.
Amarpal Singh : Community Participation and Environmental Management: An Indian Experience.
Bertrand Hamaide : Biodiversit et cration de rserves naturelles : croisement entre les analyses biologiques, conomiques et mathmatiques.
Marie Bonnin et Estienne Rodary : Gouvernance et connectivit cologique. Vers une responsabilit partage de la conservation de la nature.
Jovita L. De Loatch : A Sustainable ŌMiddle WayÕ to Economic
Responsibility in Environmental Governance: The Case of EC Salmon Aquaculture.
Cinquime Partie : Prospectives :
Recompositions de nos paysages juridiques, politiques et conomiques
Matthieu Galey : Gestion patrimoniale et thique de surintendance (stewardship) : parents, complmentarits, inadquations.
tienne Le Roy : Les gouvernances patrimoniales et la responsabilisation des acteurs du dveloppement durable.
Frdric
Bouscaut : Le principe de prcaution Š vers un changement de paradigme
juridique ?
Vincent Le Coq : Le projet de dveloppement durable de la ville. Recul du droit public ou mutation de la normativit juridique?
Marcia Bernardes : Slave Labor in Brazil: Is Globalization
Recreating Old Problems
or Making Possible New Forms of Responsibility?
Benjamin Denis : LÕinternationalisation de lÕaction publique et la transformation des relations de responsabilit : lÕexemple du mcanisme pour un dveloppement propre.
Alain Papaux : Dveloppement durable, Jus cogens et justice internationale.
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[1] Voir dans ce contexte, les dfis et enjeux
de La grammaire de la responsabilit (Genard 1999).
[2] Vision anthropologique, laquelle je
rfrerai tout au long de cette introduction lorsque jÕcrirai
Ē Droit Č avec un Ē D Č majuscule.
[3] Voir sur une possible mthode dialogale
Panikkar 1984 et 2008, et pour son application dans le domaine juridique
Eberhard 2002a : 98 ss.
[4] Le lecteur sera certainement surpris par la forme de cette introduction Š longue, oscillant entre Ē lÕintroduction Č, Ē lÕarticle de recherche Č, Ē le document pdagogique Č, Ē lÕhistorique de projet de recherche Č, Ē le confessionnal ČÉ CÕest quÕelle se veut lÕimage de la dmarche dialogale mise en Ļuvre. Elle propose au lecteur un menu. Mais si ce dernier lui parat trop copieux en premire lecture, il pourra choisir la carte : en se contentant par exemple de lÕintroduction gnrale lÕouvrage, en se reportant plus particulirement la prsentation de la partie qui lÕintresse, en sautant les encadrs Š ou au contraire en ne lisant quÕeuxÉ Il lui sera toujours loisible de revenir ce quÕil aura laiss de ct, si sa lecture des diverses contributions le met en apptit. Au-del de lÕintroduction cet ouvrage, elle se veut une introduction possible ou plutt une invitation au dialogue sur un vivre ensemble responsable dans le monde contemporain.
[5] Le lecteur intress par les origines de
cette rflexion que lÕon peut retracer assez directement jusquÕau dbut des
annes 1980, se reportera lÕintroduction, Ē Redfinir nos
responsabilits entre globalits et localits. Dialogues introductifs Č du
premier ouvrage collectif, balise de mi-parcours, de cette dynamique, Droit,
gouvernance et dveloppement durable (Eberhard 2005a : 9 ss).
[6] Le lecteur intress par les difficults et
les enjeux rencontrs dans ces dialogues se reportera mon introduction dans
Eberhard 2008 (surtout 35 ss)
[7] Sur lÕimportance dÕune sociologie des
absences dans les dbats contemporains sur la globalisation voir de Sousa
Santos 2006 : 15ss. Pour des tentatives dÕĒ interculturaliser Č
nos approches du Droit et de la globalisation voir Eberhard 2002a (une seconde
dition est en voie de prparation) et 2006. La difficult se reflte aussi a
contrario dans un rcent
ouvrage dÕanthropologie du Droit en honneur dÕtienne Le Roy (Eberhard et
Vernicos 2006). Aucune contribution (sauf une trs partiellement) sur une bonne
trentaine nÕinvite le lecteur la dcouverte dÕun monde juridique diffrent.
[8] Cette exprience lÕa pouss rdiger une
thse de doctorat Who guards the guardians ? Theoretical and practical
criteria for environmental guardianship dont des extraits ont t publis dans la revue Interculture (Raine 2001).
[9] Pour se rendre compte de lÕpaisseur
smantique des concepts structurant le Ē monde du dveloppement Č, on
se reportera au Development Dictionary coordonn par Wolfgang Sachs (1997) et qui explicite
les origines, les dveloppements, les implications et les enjeux de concepts
cls tels que Ē dveloppement Č, Ē environnement Č,
Ē aider Č, Ē march Č, Ē besoins Č,
Ē participation Č, Ē pauvret Č, Ē progrs Č,
Ē science Č, Ē niveau de vie Č, Ē tat Č. On se
reportera aussi avec bnfice lÕannexe 3 Ē Le champ smantique de
lÕconomie Č de lÕouvrage Justice sans limites. Le dfi de lÕthique
dans une conomie mondialise
de Serge Latouche (2003 : 339 ss).
[10] Sur lÕambigut du concept mme de
Ē projet de socit Č dans un contexte de dialogue interculturel voir
Eberhard 1999.
[11] Notons lÕimportance de Ē malentendus
productifs Č - lÕidologie dominante prne la transparence et
lÕintercomprhension parfaite. Or, dans un monde o existent des perspectives
radicalement diffrentes, des zones dÕombre, dÕincomprhension peuvent jouer le
rle primordial Ē dÕamortisseur Č entre univers de sens.
LÕincomprhension initiale non-consciente rduit le choc culturel et le rend
supportable. Et ce nÕest que petit petit dans un patient travail de
comprhension mutuelle quÕmergeront certaines de nos diffrences radicalesÉ
mais dont lÕacceptation sera devenu plus simple car la familiarisation
progressive avec elles aura aussi soulign nos fonds communs et aura contribu
rvler Ē lÕautre en nous Č, rendant ainsi lÕexprience plus
libratrice que douloureuse.
[12] On notera que lÕanthropologie, science
sociale de lÕaltrit par excellence, a elle-mme vcu cette transformation. Si
lÕorigine elle se caractrisait surtout par ses objets Ē autres Č,
les peuples Ē primitifs Č, les socits Ē exotiques Č,
aujourdÕhui cÕest son regard imprgn par une sensibilit lÕaltrit qui est
son signe diacritique. Cette sensibilit continue tre dvelopp par ce qui
reste pour lÕinstant de manire encore assez gnrale un passage oblig de la
formation de lÕanthropologue par un terrain dans une culture ne partageant pas
sa matrice culturelle et dclencheur de Ē choc culturel Č, ou
Ē choc de lÕaltrit Č. Voir sur ces questions le chapitre Ē Le
regard de lÕanthropologue du Droit Č dans Eberhard 2006.
[13] Voir sur ces questions, la quatrime partie
Ē Utopia, Emancipations and Subjectivities Č dans Santos 2005 (475 ss) et
Eberhard 2008b.
[14] Dans le domaine des droits de lÕhomme par
exemple, la rorientation des questionnements du cadre Ē universalisme /
relativisme Č vers celui du Ē global / local Č, en lÕmancipant
dÕune approche idaliste marque par une logique dÕopposition des contraires
par une rorientation vers lÕobservation pragmatique de processus sociaux a
ainsi permis de sortir de lÕimpasse universalit des droits de lÕhomme versus
diversit des cultures. Voir par exemple Eberhard 2002a ; Goodale and
Merry 2007 ; Merry 2006. Voir aussi sur cette volution de manire plus
gnrale Eberhard 2008b.
į Le lecteur pardonnera deux Ē dsquilibres Č de cette bibliographie. Les nombreuses autocitations ne sont pas le fruit dÕun vain dsir de se mettre en vidence, mais doivent tre comprises permettant de mieux cerner une dynamique collective dont je suis le porte parole. Le dsquilibre dans le renvoi certains auteurs provient du fait que sÕils paraissent essentiels pour la dmarche mise en Ļuvre, leurs Ļuvres sont gnralement mconnus dans le domaine de la thorie du droit, mme entendu dans son sens le plus large.