Nicolas TEINDAS, La démocratisation du Malawi, Paris : L’Harmattan, 2004

 

 

 

Le Malawi, petit pays d’Afrique australe, a connu dans l’ombre de l’Afrique du Sud une transition démocratique en 1994. Ce passage à la démocratie a mis fin à plus de trente années de dictature du « Président à vie » Hastings Kamuzu Banda. Ce pouvoir autocratique s’est érigé sur des mythes fondateurs de la nation malawienne, très habilement orchestrés par le pouvoir. Le pays, malgré une dictature sévère, a connu une stabilité sans précédent et un degré de corruption exceptionnellement bas en Afrique. Il a constitué à bien des égards un anti-modèle en Afrique australe.

 

Ce sont les Eglises malawiennes qui dénoncent les premières les affres du régime peu démocratique de Banda. Une fronde est alors menée à partir de 1993 par ces dernières, déstabilisant le pouvoir. Les Malawiens, qui n’avaient jamais connu d’élections libres depuis 1964, ont voté pour le rétablissement du multipartisme lors d’un référendum organisé par le pouvoir. Ils ont ensuite élu un Président musulman, Bakili Muluzi, lors d’élections démocratiques qui se sont déroulées dans la transparence. Une Constitution nouvelle est instaurée, considérée comme l’une des plus libérales du continent africain et consacre l’Etat de droit. La presse, muselée sous Banda, s’efforce de former un contre-pouvoir efficace et les partis politiques fleurissent.

 

Malgré tout, à l’aune de la problématique de la consolidation démocratique, le Malawi post-transitionnel se heurte au problème lancinant du non-renouvellement des élites, à l’instar du premier Président démocratiquement élu, Bakili Muluzi, transfuge de l’ex-parti unique. Le multipartisme, présenté comme la panacée de la démocratie, masque souvent une vacuité idéologique flagrante. Les votes en fonction des ethnies des candidats, et non des idées qu’ils pourraient apporter, sont alors révélés au grand jour.

 

Enfin, le nouveau régime n’a pas remis en cause son caractère présidentiel, qui ouvre la porte à de nombreux abus. Il retrouve alors parfois des pratiques exercées sous l’ancien régime, comme le démontre « l’affaire du troisième mandat ». Le caractère néopatrimonial du régime reste très visible, avec des pratiques de corruption solidement ancrées dans les plus hautes sphères de l’Etat, malgré des efforts affichés pour faire respecter l’Etat de droit.

 

 

 

 

 

TABLE DES MATIERES

 

Introduction

Chapitre préliminaire

A/ Brève présentation du Malawi

1/ Quelques données historiques

2/ Données géographiques

3/ La situation économique

4/ Autres données

B/ Le destin d’Hastings Kamuzu Banda, un autocrate anglomane.

1/ Le poids d’un destin hors du commun

2/ Le retour de l’enfant du pays

C/ … et le « système Kamuzu », un anti-modèle en Afrique Australe

Paragraphe 1 : Les mythes fondateurs et leurs contradictions

1/ Contexte d’émergence des mythes

2/ les mythes de la nation malawienne

3/ … repris par Banda à des fins dictatoriales

Paragraphe 2 :  Enjeux des mécanismes autoritaires : l’anti-modèle

1/ Kamuzu et la « force tranquille » : les instruments de la stabilité

2/ Les particularismes de la politique étrangère du Malawi : enjeux géopolitiques et économiques

Chapitre 1

A/ Un contexte favorable à une transition démocratique « de velours »

1/ Environnement international et pressions diplomatiques

2/ La fronde des Eglises et la castration symbolique du pouvoir de Banda

B/ … conduit à un ébranlement institutionnel

1/ Les changements institutionnels de fait : une transition « spasmodique »

2/ La fin de la transition par la mise en place de la nouvelle Constitution

1/ La prolifération des partis politiques

2/ Le défoulement de la parole médiatique

3/ L’armée malawienne garante de la transition démocratique « de velours »

4/ Nouvelles pratiques ?

Chapitre 2

A/ Ambivalence des acteurs : le non-recyclage des élites dans la vie politique au Malawi et le règne des leaders-caméléons

1/ Symptômes du faible renouvellement des acteurs : des changements dans la continuité ?

2/ Des partis politiques sclérosés

B/ Le multipartisme comme cache-misère

1/ Où la défense de la démocratie ne saurait constituer une idéologie

2/ Conséquence : les élections pluripartites ne sont que le reflet des clivages ethnico-régionaux

C/ Les dangers d’un régime présidentiel

1/ La réalité d’un parti unique de fait

2/ Le détournement des discours à la mode au profit de l’UDF ou la corruption bien comprise

3/ La difficulté réelle d’expurger les nouvelles institutions des pratiques néopatrimoniales

Conclusion